‹ La philosophie de PlatonChapitre 6 sur 260 · Hippias, p. 298, gqq · texte numérisé non relu

Hippias, p. 298, gqq

2. Ce n'est pas une raison pour prétendre, avec beaucoup de critiques, y compris Grote, que Platon prend plaisir k détruire de ses propres mains toutes les théories de ses autres dialogues. Nous venons de voir qiie la contradiction prétendue tient A une diiTérence de questions marquée par Platon même» En vain ce dernier prévient le lecteur qu'il cherche non ce qtU ett beau (comme l'utile, le convenable, l'agréable), mais le beau en toi qui orne et embelUt toutet choses; ce sont des paroles perdues pour les critiques, qui ne veulent voir dans les dialogues que des exercices de gymnastique intellectuelle. Platon, loin d'être indilTérent aux systèmes, est tellement systématique qu'il établit une distinction profonde entre le point de vuâ transcendant du beau absolu identique au bien, et le point de vue immanent et socratique des choses belles (convenables, ntiles, agréables, etc.). C'est donc encore aux Mies que tend le' Premier Hippiat, comme presque tous les dialogues de Platon,' quoi qu'en dise Grote. Notons en outre que, parmi les définitions du beau, il en est une qui n'est pas attaquée dans l'Hippiat, mais que Platon au contraire laisse entrevoir. N'a-t-il pas montré que le bien devait être principe et fin du Beau, et non e/fetf Encore une fois, la plupart des contradictions et des incohérences qu'on croit voir dans Platon tiennent & l'inatt«ntion des critiques ou & leur myopie.

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autre chose, si ce n'ç4( dans l'âme seule, le plaisir fût le seul bien de celle âme? (M»i8ïv iyaôàv iTvjd |ji.Ti8i xbXôv, (xi^Tt è» acdjxavi, [xt^tï iv TtoXXoTç d(ÀXoi; it^v Iv "jnix,^ '..■•) » L'âme est le principe de l'activité et de la vie ; la beauté est donc quelque chose de vivant et de fécond. C'est son premier caractère.

Mais toute âme n'est pas belle, et la vie à elle seule, dans le développement de ses puissances multiples, ne constitue pas la beauté. U faut ajouter un élément nouveau, l'unité et l'ordre. Dans le THmée, Platon nous dit que Dieu fit un seul monde, afin que le monde fût beau et parfait *. U considère donc l'unité comme essentielle au beau, parce que l'unité, en s'ajoutant au multiple, produit l'harmonie et l'ordre. < Rien n'est beau sans harmonie ', » dit Platon dans le Timie. » 4"» toutes choses, la mesure et la proportion constituent la beauté comme la vertu ((letptÔTTiî xal (rujxuwtpi'a) *. » Mais c'est encore là un point de vue tout immanent, quoique très supérieur à ceux qui précèdent.

C'est de rinlelligence que viennent l'ordre et l'unité dans les choses. S'il en est ainsi, ne faudrait-il point dire que le beau est l'objet môme de l'intelligence : la vérité? — Telle est l'opinion prêtée à Platon par eeux quj lui attribuent la définition célèbre : Le beau est la splendeur du vrai.

Cette définition, outre qu'elle n'est justifiée par aucun texte, n'est point l'expression exacte de la doctrine platonicienne. Sans doute, la vérité et la science sont au nombre des choses les plus belles ; elles sont même voisines de la beauté absolue et paraissent d'abord se confondre avec elle. Mais Platon dit formellement dans la République qu'il y a une chose plus belle encore que la

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