PREUVE DIALECTIQUE DE L'EXISTENCE DE DIKU
Une Iclle inlerprétfllion île PlnUm est la né^ïnlioii du [ilakuiisme hii-ni('me. Cependant elle a ^Lè soiilL-mit' par lin (le nos plus savianls critiques, Th. -H. Martin. D'irne port, il ne veut pas admelire que les Idées suienl le Rien et que le Bien soil Dieu. D'autre paît, il n'admet pns davantaiçe qu'il y ait pour Platon des degrés dans la nature divine el comme des hypostases. Mais alors qu'est-ce que le Bien, si le Bien n'est pas Dieu ; et que sont les Idées, et que peut (Hre Dieu lui-même? Si Platon avait professé cette mythologie ininlelhgihSe, il n'y aurait point dans toute l'hisloire de la philosophie un second exemple (l'une pareille contradiction.
Mais oublions un instant l'esprit qui anime Platon, sa tendance excessive à l'unité, son admiration pour Parménide, dont la doctrine lui semblait comme un flot toujours prêt à rengloutir ' ; et étudions le sens des textes mêmes.
Th. -H. Martin ne cite qu'un seul texte positif à l'apimi de son interprétation. • Platon, dit-il, déclare nettement dans le Thnée que les Idées existent mi elies-mémes et qu'elles ne peuvent exister dans aucun autre ÊTniî. Cet endroit du Timée confirme ce qu'Aristole a dit de l'existeiice complètement séparée et indépendante, attrihuée aux Idées par Platon. » Remarquons d'aliord cette interprétation inexacte du tè x^^fiisTév, dont le sens est pourtant de la plus grande clarté. Platon entend par là une existence séparée du monde semible, et non du Bien. C'est aussi oe qu'entend Aristole : « Socrate, dit-il, ne séparait pas les universaux des objets sensibles; Platon les sépara (àtepiptii)*. > Et ailleurs : « Platon admettait trois sortes de nombres, parmi lesquels les nombres idéaux, séparés des objets sensibles (/wpi(ix>.l îBidi). > C'est ce qu'entendait toute l'antiquité. XwpitrTi ti fifn, % Èv ToTç aîiÔTjToîç, disait Pui'phyre, en posant la quesl on des universaux.
1. Études sur le Tmiifi, t. It, p. nS; M., noie 22, §2. 8. mt., t, V, vt, 98S; !(>., VI (Vit), ii, iO:î'<.
Voici mainlcnant l'expression du T'.me.* sur laquelle on s'appuie : xo xa'rît Taùtit tt$o; l/ov iytvtr,xi't xat «IvcdXtOpov, où3à eU iauTi ivSe/dtxsvov âXXo dEXXoOev, ouTe i!nh tU ètXXo icoi lôv '... € L'Idée toujours la niAme, dit Cousin, qui n'a pas commencé et ne flnira pas, ne recevant en elle rien d'étranger et ne sortant pas d'ellemême. > Th. -H. Martin entend par là ' que les Idées ne peuvent exister dans aucun autre être. — Traduction infidèle; les mots exister et être sont ajoutés ici pour le besoin de la cause. Platon dit simplement que ridée ne reçoit pas en elle-même autre chose (Tailleurs, et qu'elle-même ne va pas dans autre chose. C'est-àdire que les Idées ne reçoivent pas en elles d'éléments étrangers, comme il arrive pour les objets sensibles. Dans le monde des sens, la beauté reçoit en elle la laideur; l'égalité reçoit l'inégalité, ou devient inégalité, sortant ainsi d'elle-même par l'effet du changement. Mais, dans le monde intelligible, les Idées ne reçoivent point leurs contraires ; leur essence est pure * ; il n'y a ni mouvement, ni phénomène, ni devenir, ni génération dans ridée. Comment conclure de là que les Idées n'ont pas leur principe en Dieu?
Th. -H. Martin ajoute que, dans le Timée, Dieu contemple les Idées d'après lesquelles il tait le monde. Mais cette image est toute naturelle pour exprimer l'acte de la Pensée divine qui contemple le modèle éternel. Reste à savoir si ce n'est pas en elle-même qu'elle le contemple. — Platon ne le dit pas positivement, objecte-t-OM. — Soit. Accordons-le provisoirement ; toujours est-il que Platon ne dit pas le contraire, et le texte cité plus haut est le seul sur lequel Th.-H. Martin s'appuie.
— Platon aurait dû le dire, et l'aurait dit, ajoute Th.-H.