J)e Anima et ejvs origine, lib. IV, cap. xrv
se sert uniquement du regard de l'esprit ^ Certes, autre chose est l'âme, autre chose sont les organes du corps. C'est ce qui résulte des faits les plus familiers. Que l'âme soit plongée dans la méditation, et les objets les plus divers frapperont inutilement les yeux du corps; elle n'en aura aucune connaissance. Que si cette méditation est très-intense, nous nous arrêterons tout à coup en marchant, et l'âme distraite cessera de donner l'ordre nécessaire pour que les pieds se mettent en mouvement^. Dira-t-on que si l'âme n'est pas le corps, elle est du moins l'harmonie, ou si l'on veut le tempérament du corps? c( Quiconque, encore une fois, s'est considéré attentivement soi-même, n'a-t-il pas éprouvé qu'il avait une intelligence d'autant plus pure de la vérité, qu'il pouvait davantage arracher, soustraire son esprit aux sens du corps? Indubitablement, cela ne pourrait pas être, si l'âme était le tempérament du corps. Une chose, en effet, sans nature propre, et qui ne serait pas une substance, mais qui aurait, de même que la forme ou la couleur, le corps pour inséparable sujet, ne s'efforcerait aucunement de se détourner de ce même corps, afin de percevoir l'intelligible, et de se rendre par cette perception d'autant meilleure et plus excellente qu'elle serait parvenue par un dégagement plus complet à de plus claires idées. En effet, la forme ou la couleur, ou même le tempérament du corps, lequel est un certain mélange des quatre natures en quoi consiste le corps, ne peut aucunement se détourner de
1. De Genesi ad Liiteram , lib. Vil, cap. xiv, "2. Ibid. ibid., cap. xx.
DE LA NATURE DE l'aME. 175
cela même, qui est son inséparable sujet. Ajoutez que les intelligibles auxquels s'élève l'âme quandelle se détourne du corps, ne sont assurément point corporels ; et cependant ils sont, et ce sont surtout eux qui sont, puisqu'ils sont toujours les mêmes. Car il n'y a rien de plus absurde que d'affirmer l'être de ce que nous voyons par les yeux, et le néant de ce que nous percevons par Tintelligence ; n'y ayant qu'un insensé qui doute que l'intelligence soit incomparablement supérieure aux yeux. Or, lorsqu'elle contemple ces intelligibles immuables, l'âme montre assez qu'elle leur est unie d'une manière merveilleuse et incorporelle, c'est-à-dire non locale. Effectivement, ou ils sont en elle, ou elle est en eux. Et dans les deux hypothèses, ou l'âme et l'intelligible se trouvent dans un rapport d'attribut à substance, ou l'âme et l'intelligible sont substances. Suppose-t-on un rapport d'attribut à substance; le corps n'est pas le sujet de l'âme, de même qu'il l'est de la couleur et de la forme, puisque ou l'âme elle-même est substance, ou elle se trouve dans une autre substance qui n'est pas le corps, comme dans son sujet. Admet-on que l'âme et Tintelligible sont substances, l'âme n'a donc pas le corps pour sujet, de même que la couleur, puisque l'âme est substance. Or, le tempérament du corps a le corps pour sujet, de même que la couleur; l'âme n'est donc pas le tempérament du corps '. »
Septièmement, l'âme raisonnable est incorporelle, car ni la faculté même qui juge, ni la sagesse, ou la vérité que contemple la sagesse, n'offrent de linéaments cor-