‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 154 sur 318 · Sermo (ICXLI, rap. iv, v · texte numérisé non relu

Sermo (ICXLI, rap. iv, v

DE LA FIN DE l'aME. 237

teiit un séjour de paix et rentrent dans un lieu de tumulte? Et quelle en est la cause, dites-moi? C'est, répondez-vous, qu'elles oublient. Mais si elles oublient tous les maux, elles oublient aussi la délectation de la chair... Elles reviennent, et pourquoi? Parce qu'elles aiment à habiter de nouveau des corps. Mais comment Taimeraient-elles, si elles ne se souvenaient d'avoir autrefois habité des corps *? ))

(( Virgile combat avec raison ce sentiment. Lors de h descente d'Enée aux enfers, quand Ancbise lui annonce que les âmes des Romains illustres retourneront dans des corps, quelle n'est pas la douloureuse stupéfaction du héros!

(( Quel furieux désir de revoir le jour, s'écrie-t-il, s'empare du cœur de ces malheureux! [Enéide^ liv. YJ, vers 719-721.) »

Le fils, à coup sûr, parlait plus sagement que le père, il blâme le désir des âmes qui veulent revenir dans des corps. Il appelle ce désir furieux, il appelle ces âmes misérables, et n'est point retenu par un faux respect. Yoilà pourtant, philosophes, où conduisent vos enseignements. Yous voulez que les âmes se purifient , qu'elles parviennent à une extrême pureté, et que par cette pureté mémo elles oublient tout, et que par cet oubli de leurs misères elles reviennent aux misères du corps! Dites-moi, je vous prie, si ces choses mêmes étaient vraies, ne vaudrait-il pas mieux les ignorer? Oui, si elles étaient vraies aussi bien qu'elles sont fausses, parce qu'elles sont honteuses, ne vaudrait-il pas mieux

Page 1