‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 162 sur 318 · Confessitmum lib. IV, cap. xi · texte numérisé non relu

Confessitmum lib. IV, cap. xi

soiii'ce de \'ie qui est en Yous-môme;, afin qu'en étant arrosés awtant que nousen étions capables, nouspussions en quelque manière comprendre une si grande chose.

Et comme notre discours se terminait à cette considération : que lapins grande volupté des sens dans le plus grand éclat de beauté et de splendeur qui se puisse imaginer parmi les créatures corporelles , non-seulement n'était pas digne d'entrer en comparaison avec cette vie toute divine, mais ne méritait pas même d'être nommée, nous nous élevâmes vers cette im» muable félicité par les mouvements d'une affection violente : nous traversâmes l'un après l'autre tous les êtres corporels, et ce ciel même d'où le soleil, la lune et les étoiles répandent leur lumière sur la terre : nous allâmes encore plus avant, en vous considérant, en parlant de vous, eten admirant vos ouvrages : nous entrâmes dans nos âmes, et passâmes outre pour arriver à l'abondance inépuisable de cette heureuse région, où la vérité est l'aliment incorruptible dont vous repaissez éternellement vos saints et vos élus, et où la vie est cette sagesse quia fait tout ce que nous voyons, tout ce qui a été, et tout ce qui sera jamais, cette sagesse qui n'est point créée, mais qui est telle qu'elle a toujours été et qu'elle sera toujours, ou pour mieux dire qui n'a point été et qui ne sera point, mais qui est simplement, parce qu'elle est éternelle ; car ce n'est pas être éternel que d'avoir été et de devoir être.

Eii parlant ainsi de cette vie si heureuse, et en la recherchant avec ardeur , nous parvînmes jusqu'à la sentir et à la goûter en quelque sorte par un prompt élancement de notre cœur : puis soupirant de n'en

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pouvoir encore jouir autant que nous eussions voulu, il ne nous resta qu'à y demeurer unis par cet esprit dont nous avons reçu les prémices, notre propre faiblesse nous forçant bientôt de retourner aux paroles extérieures, et au son de cette voix qui se forme dans cette bouche. Et qu'y a-t-il en cela de semblable à votre parole éternelle, mon Dieu, laquelle en demeurant immuable ne vieillit jamais et donne à toutes choses une face nouvelle ?

C'est pourquoi nous disions : S'il se trouvait une ame en qui fissent silence les impressions tumultueuses de la chair ; en qui fissent silence les fantômes de la terre, et des eaux, et de l'air ; en qui les cieux fissent silence, et qui, se faisant silence à soi-même, sans penser à soi passât hors de soi ; en qui enfin fissent silence les songes et les images qui remplissent l'imagination, toutes les voix, tous les signes, tout ce qui passe ; car si quelqu'un écoule ces choses , elles lui diront toutes : Nous ne nous sommes pas faites nousmêmes, mais nous tenons l'être de celui qui subsiste éternellement ; si donc toutes ces choses se taisaient après nous avoir ainsi parlé, et nous avoir rendus attentifs à écouter celui de qui elles tiennent l'être, et que lui seul nous parlât, non plus par elles, mais par lui-même, en sorte que nous entendissions sa parole, non par une langue mortelle, ni par la voix d'un ange, ni par le bruit du tonnerre, ni par l'énigme d\ine parabole ; mais que lui-même que nous aimons en elles nous parlât sans elles ; comme à présent notre âme s'élève par le vol impétueux de sa pensée jusqu'à cette sagesse éternelle, qui possède un être immuable au-dessus de tout.

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si cette sublime contemplation continuait , et que , toutes les autres vues de l'esprit qui sont d'une nature entièrement différente ayant cessé , celle-là seule absorbât l'âme, et la comblât d'une joie intérieure, et que la Tie éternelle ressemblât à ce ravissement en Dieu que nous venons d'éprouver pour un moment, et après lequel notre âme soupire encore ; ne serait-ce pas là l'accomplissement de cette parole de l'Écriture : a Entrez dans la joie de votre Seigneur' ? »

Quelles connaissances, dès lors, comparer à cette connaissance de la destinée de l'âme , surtout quand elle est confirmée par la religion? 11 est, à coup sur, bien préférable de savoir que l'âme , qui est née une seconde fois et qui a été renouvelée dans le Christ , est appelée à un bonheur éternel, que d'apprendre tout ce que nous ignorons de la mémoire, de l'intelligence, de la volonté. Augustin, d'autre part, affirme que ce qu'il y a de principal et d'excellent dans cette connaissance nous échapperait^, si nous ne croyions aux divines Écritures^. Éclairé par cette lumière, il ajoute que s'il y a des degrés dans la sanctification comme dans la damnation , il y a aussi, avec un souverain bien un souverain mal, lequel sera éternel. Vainement voudrait-on mitiger cette doctrine et y voir beaucoup plus une menace qu'une vérité. Si le malheur des méchants doit finir, pourquoi la féUcité des bons n'aurait-elle pas un terme? Tout ce qu'il est permis d'accorder, si l'on veut, c'est qu'il y ait des adoucissements et comme des répits

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