Cf. Solilo'jiiwrum lib. I, cap. lii
VE LA NATUHE l'K DIEU. 27,^
que nous avons aussi une science quelconque, une connaissance positive de Dieu.
Par conséquent, il est utile de s'appliquer à l'étude de la nature de Dieu. Un Dieu indéterminé serait un Dieu abstrait, et pour ainsi dire un néant de Dieu.
Cette détermination requiert d'ailleurs une méthode appropriée. Quelle sera cette méthode? Évidemment, les attributs de Dieu sont ineffables et on ne peut rien dire de Dieu qui soit digne de Dieu. Néanmoins, il faut exprimeras choses de Dieu par des mots humains, tout en écartant de ces mots les imperfections qu'ils impliquent. En effet, « ce serait parler indignement de Dieu, que de croire avoir trouvé des paroles dignes de lui. Son indéfectible vertu et sa divinité dépassent à un point merveilleux toute espèce de langage humain, et jusque dans notre infirmité toute humaine, nous sommes avertis que tout ce qu'on dit humainement de Dieu, paraît méprisable morne à l'humanité ^ Et pourtant, malgré l'abîme qui sépare les choses divines et les choses humaines, ce n'est point sans profit que les mêmes dénominations sont appliquées aux unes et aux autres. Car les connaissances qui résultent de l'habitude journalière et qui sont le fruit d'expériences accoutumées, nous ouvrent comme une voie vers les subhmes conceptions qui conviennent à Dieu. Ainsi;, que j'ôte à la science humaine sa mobilité, que je supprime ces passages d'une pensée à une autre pensée, ces retours que nous faisons pour nous remettre dans l'esprit ce que un peu auparavant nous avions conçu , si bien que nous
1, De Divemis Qusestionibus nd Siyriplicianum, liji. li, -j'iaest. il.
n'entendons rien que partiellement et à l'aide de nombreux actes de souvenir ; que je supprime , dis -je, ces imperfections, pour ne plus considérer que la vivacité de la substantielle et inébranlable vérité, qui d'un seul et éternel regard embrasse l'universalité des choses; et j'aurai de cette manière quelque idée de la science de Dieu \ De même, que j'ote à la colère humaine ses turbulentes émotions, pour n'y laisser que la force d'une légitime vengeance, et, dans une certaine mesure, je concevrai ce qui s'appelle la colère de Dieu. Ou encore, si vous ôtez à la pitié ce partage de la souffrance de celui dont vous avez pitié, pour n'y laisser qu'une bonté tranquille qui porte à secourir ceux qui souffrent et à les délivrer de leurs misères, vous aurez de la sorte quelque notion de la miséricorde divine^. »
En résumé, partir de l'homme pour s'élever à Dieu; nier de Dieu tout ce qui dans l'homme est imperfection, et tout ce qui dans l'homme est commencement de perfection" l'affirmer de Dieu , telle est la méthode à l'aide de laquelle Augustin estime qu'il convient de procéder à la détermination des attributs de Dieu. Ainsi, « interrogeons-nous nous-mêmes et nous reconnaîtrons qu'il n'y a rien de meilleur dans notre nature que l'entendement. Or, y a-t-il là rien qui ressemble aux linéaments des formes, à l'éclat des couleurs, à la grandeur qui rempHt l'espace, à la distance des parties, à la dilatation d'une masse , au mouvement qui s'opère d'un lieu à un autre ? A coup sûr, il ne se rencontre rien de pareil dans
1. De Diicrsis Qu.vsdonibus ad Siwpliciaimni. lil», IL qu;r'sl. ii.