Episl. ex VI II
2. Cf. Dargonne; Traité de In lecture des Pères de l'Église, Paris 1088. Liv. Il, cliap. iir. « Tout ce que les Pères ont écrit se peut rapporter à quatre chefs, qui ?ont l'inlerprétalion de l'Écriture sainte, les dogmes de la foi, la morale, et la discipline de l'Église. »
INTUODrCTION. 43
la vie d'Augustin, on est, au premier abord, tenté de croire que l'examen de sa philosophie doive se clore au moment où, subissant d'honorables violences, l'illustre converti se laisse consacrer prêtre. Car, dès lors , ne s'est-il point irrévocablement engagé dans d'inviolables symboles? Et ne semble-t-il pas qu'il ait, pour toujours, abdiqué cette faculté de libre examen, sanslaquelle périt toute philosophie véritable ?
Quelque plausible que paraisse une semblable opinion, elle n'en serait pas moins parfaitement erronée. On méconnaîtrait tout ensemble, en s'y arrêtant, et la nature du Christianisme, et la nature même del'esprit d'Augustin. L'évêque d'Hippone, en efïet, a pu varier dans son estime pour les systèmes, dans son appréciation des philosophes, dans sa confiance en la philosophie. Il n'a point participé à cette faiblesse des petits esprits, ni connu les scrupules des docteurs timorés, qui se persuadent que, pour mieux croule, il faut commeiicer par ne plus comprendre. Après avoir déclaré la raison insuffisante et la foi nécessaire, il a pu, en certains points et sans opportunité, subordonner d'une manière trop étroite la raison à la foi. En aucun temps, en aucun cas, il n'a calomnié ni abdiqué la raison. Disciple de saint Paul, il n'a pas cessé de prêcher à l'exemple de l'Apôtre des nations, et de pratiquer une obéissance raisonnable. iVussi bien, comment admettre que le Christianisme etit été défini, exposé, scruté jusque dans ses fondements, sans un perpétuel retour vers la science de l'âme, et conçoit-on que l'étabhssement des dogmes de cette religion si essentiellement spirituelle, se fût passé du support de la métaphysique?
IN TRODUCTiON.
C'est pourquoi, ce serait se tromper gravement que de s'en tenir dans l'étude de la philosophie d'Augustin, à la première période de sa vie. Il est d'une extrême importance de considérer aussi la seconde. 11 y a plus : la première période présente sans doute cet intérêt particulier qui s'attache aux commencements, et on aime à y suivre le généreux labeur que s'impose, afin d'arriver au vrai, une intelligence sublime et fourvoyée. Mais ces recherches de la jeunesse d'Augustin ne sont-elles pas, d'ordinaire, plus ingénieuses que solides, et la vivacité d'esprit du philosophe n'y dégénère-t-elle point trop souvent en subtilité? Lui-même confesse qu'il a de la difficulté à entendre, qu'il entend à peine quelquesuns de ses premiers essais*. On rencontre dans la seconde période de la vie d'Augustin des caractères tout opposés. Elle est, en effet, l'époque de sa forte maturité. Le penseur s'y montre en complète et calme possession de lui-même. Une dialectique sévère, une fermeté de doctrine inébranlable y marquent tous ses ouvrages. Les traces de l'école en sont entièrement disparues, et, quoique le théologien y domine, le philosophe n'y reste pas moins toujours présent.
La philosophie d'Augustin s'étend donc à tous les moments de sa longue et glorieuse existence. Une comme sa personne, elle ne saurait être scindée.
Il ne s'ensuit pas cependant que cette philosophie forme un système harmonieux, un tout composé avec art. une construction grandiose où les détails aient été savamment combinés en vue de l'ensemble. Surtout,