De Daabiis Aiiimabiis^ etc.. cap. X
tures et deux âmes : l'une bonne, l'autre mauvaise... S'il y a autant de natures contraires que de volonté» qui se combattent en nous, je dis qu'il n'y en a pas seulement deux, mais un plus grand nombre. Je suppose qu'on délibère si l'on ira à leur assemblée ou au théâtre, voilà les Manichéens qui s'écrient : il y a deux natures : l'une bonne, qui conduit parmi nous; l'autre mauvaise qui en éloigne. Carcomment s'expliquer cette lutte entre deux volontés contraires ? Moi, je dis à mon tour que toutes deux sont mauvaises, et celle qui conduit à eux, et celle qui conduit au théâtre. Pour eux, au contraire, ils croient que la première ne peut être que bonne. Je suppose donc que l'un des nôtres délibère à son tour, et soit flottant entre deux volontés, celle d'aller au théâtre ou de se rendre à notre église; nos adversaires ne seront-ils pas eux-mêmes flottants dans leurs réponses? Ou ils croiront ce qu'ils ne veulent pas^ que c'est une bonne volonté d'aller à notre église comme y vont ceux qui sont pénétrés de ses mystères et qui participent à ses sacrements; ou ils soutiendront que dans le même homme il y a deux âmes mauvaises, deux mauvaises natures qui se combattent; et alors ils n'ont point raison de dire qu'il n'y a que deux natures, l'une bonne et l'autre mauvaise ; ou enfin ils reviendront au vrai , et cesseront de nier qu'une même âme puisse à la fois, dans le moment de la délibération , flotter entre plusieurs volontés.
Qu'ils ne disent donc plus, lorsqu'ils voient deux volontés contraires se combattre dans un même homme, que ce sont deux âmes contraires, qui procèdent de
deux substances et de deux principes contraires, et qui sont l'une bonne, l'autre mauvaise... Imaginez, par exemple, qu'un homme délibère s'il en tuera un autre par le fer ou par le poison, s'il ravira tel ou tel champ, lorsqu'il n'a qu'à choisir entre l'un ou l'autre ; s'il achètera la volupté, ou s'il cachera son argent; si la luxure l'emportera ou l'avarice ; s'il ira au cirque ou au théâtre, lorsque l'un et l'autre s'ouvrent le même jour, et j'ajoute même une troisième hypothèse, s'il se rendra pour voler dans la maison d'autrui, l'occasion étant donnée ; et une quatrième, s'il ira pour commettre un adultère, les circonstances s'v prêtant : enfin je suppose que toutes ces probabilités,; J montrent à la fois dans le même moment, que toutes ces choses soient en même temps désirées sans pouvoir être obtenues en même temps. Elles diviseront l'âme en quatre volontés contraires les unes aux autres, et même en un plus grand nombre, selon la quantité des choses désirées ; et cependant nos adversaires n'ont point coutume de dire qu'il existe une multitude de substances diverses. 11 en est de même des bonnes volontés ^ »
Ce point, par conséquent, est démontré. En dépit du partage qui éclate dans la délibération, il n'y a chez l'homme qu'une volonté^. Spontanée^, faite pour le bien*, intelligente^, qu'on n'objecte pas que cette volonté est obstruée de telle sorte par l'ignorance, si