‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 301 sur 318 · Epiîiola CXC, Opiaio (418), cap. m · texte numérisé non relu

Epiîiola CXC, Opiaio (418), cap. m

La possibilité, par laquelle l'homme peut être juste;

La volouté, par laquelle il veut être juste ;

L'action, par laquelle il est juste.

Pelage reconnaît que le premier élément de la pratique de la justice nous vient du Créateur, et qu'il ne dépend pas de nous. Mais c'est à nous, et à nous seuls exclusivement, qu'il attribue les deux autres.

Là est son erreur capitale * .

Non-seulement l'homme tient de Dieu la possibilité d'être juste, quoiqu'il ne veuille et ne fasse pas le bien. Mais encore c'est la grâce qui aide la volonté et l'action de l'homme, au point que sans ce secours nous n'avons aucune bonne volonté, ni ne faisons aucune bonne action.

« Il y a des téméraires qui présument assez du libre arbitre de la volonté humaine pour croire qu'afîn de ne pas pécher nous n'avons pas besoin d'un secours divin, du moment que le, libre arbitre a été accordé à notre nature. Il suit de là que nous ne devons pas non

1. De Gratin Chrhti, liber unus, cap. m, xxv, XLVii. « Cnm tria Pelagius constituât atijue distinfjuat, qnibus divina mandata dicit impleri, possihilitateyn, volnntatem, actionem : possibi/itatem scilicct, qua potest homo esse justus ; voluntatem qua vnlt esse justus ; actionem, qua justus est : horum triumprimum, id est possibititatem datant confiletur a creatore naturx, ncc esse in nostra potcstate, sed eam nos habere etiamsi nolimus; duo vero reliqua, id est, voluntatem et actionem. nostra esse asserit, atque ita nobis tribuit, ut nonnisi a nobis esse contendat... Non propter illorunî trium luium, id est propter possibititatem bonx voluntatis atque operis, sed etiam propter voluntatem et operalionem honam erqa nos gratia Dei prxdicanda est... Si ergo in hoc conscnscrit nobis Pelagius... nihil de adjutorio gratix Dei, quantum arbitror, inter nos controversiœ relinquetur. w

plus prier, afin de n'entrer point en tentation Si

nous ne le voulons pas, disent-ils, nous ne péchons pas; et Dieu n'aurait point fait à l'homme un précepte de ce qui aurait été impossible à la volonté humaine. A la^boune heure, et personne ne l'ignore

Mais ceux qui tiennent ce langage ne voient pas que, pour triompher de certaines circonstances où nous sommes entraînés par de coupables désirs ou des craintes coupables, nous avons parfois besoin de grandes forces, de toutes les forces de la volonté, que celui-là a prévu que nous n'appHquerions pas en tout cas dans toute leur étendue, qui a voulu qu'il fût dit véritablement par le Prophète : a Tout vivant ne sera pas justifié en ta présence* [Ps. cxlu, 2). »

Qu'on y prenne garde !

« Si nous tenons de Dieu une volonté libre, qui peut d'ailleurs être bonne ou mauvaise , et si la volonté bonne est.de nous ; ce qui est de nous est meilleur que ce qui est de Dieu. Que si c'est là une proposition absurde, il faut avouer que c'est à Dieu que nous devons aussi la volonté bonne '^ »

(c Le mal n'est pas une substance; la substance c'est Dieu, et la substance par excellence, le seul véritable aliment de la créature raisonnable. En nous détournant de lui par désobéissance, nous avons produit notre infirmité ^ Mais nous détourner de lui, voilà ce qui est notre, voilà ce qui est la volonté mauvaise. Au con-

1 . De Peccatonnn meritis et rcmissione, lib. II; cap. il ol m.

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