‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 6 sur 318 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

de pure philosophie; car, outre qu'il a beaucoup mieux su les concilier avec la religion, on trouve d'ailleurs dans ce Père un bien plus grand effort de génie sur toutes les vérités métaphysiques, quoiqu'il ne les ait touchées que par occasion et sans ordre. De telle sorte, ajoute-t-il, que si un nomme éclairé ramassait dans les livres de saint Augustin toutes les vérités sublimes que ce Père y a répandues comme par hasard, cet extrait, fait avec choix, serait très-supérieur aux J/^V//^/tiom de Descartes, quoique ces Méditations soient le plus grand efTort de l'esprit de ce philosophe ^» Quoi qu'il en soit d'une assertion si favorable à saint Augustin . il est hors de conteste que cet évêque incomparable a eu sa philosophie, ou du moins qu'il a philosophé. De très-bonne heure, il est vrai , les intérêts de la foi ont préoccupé uniquement son âme d'apôtre, et les besoins de son époque absorbé l'activité de son vaste esprit. Augustin reste par conséquent, avant tout, un Père de l'Église. Mais avec quelle anxieuse ardeur ne s'est-il point d'abord livré à la réflexion, et plus tard, jusque dans les ouvrages de .son extrême vieillesse, avec quelle pénétration ne

1. Lettres sur divers sujets de métaphysique et de religion, lellre IV (1713).

l'RÉFACE. VU

l'a-t-on pas vu agiter ces problèmes toujours anciens et toujours nouveaux , qui ont le privilège de captiver toutes les grandes intelligences, parce qu'ils sont, par excellence, des problèmes humains? C'est pourquoi Fleury avait raison de déclarer que si on cherchait ce qui mérite proprement le nom de science, on n'en trouverait nulle part plus que chez les Pères. « Je dis, poursuivait le judicieux écrivain, je dis cette vraie philosophie, qui se servant d'une exacte dialectique, remonte par la métaphysique jusqu'aux premiers principes et à la connaissance du vrai bon et du vrai beau , pour en tirer par des conséquences sûres les règles des mœurs, et rendre les hommes fermes dans la vertu et heureux, autant qu'ils en sont capables. Qu'y a-t-il en ce genre de comparable à saint Augustin? Quelqu'un a-t-il des pensées plus sublimes, et des réflexions plus subtiles? Qui ne l'admire pas ne lui ôte rien; mais il se fait tort à soi-même, en montrant qu'il n'a pas l'idée de la véritable science ^ »

Et déjà, au dix-septième siècle, confirmant ces paroles en même temps qu'il prévenait les vœux de Fénelon, un modeste prêtre de l'Oratoire, le savant André Martin , sous le pseudonyme à'Am'

1 , Second Discours sur l'hisloire ecclésiastique.

Vm PRÉFACE.

brosius Victor, exposait en six volumes une partie de la doctrine philosophique de saint Augustin, à l'aide de passages tirés de ses écrits'.

C'est une composition d'un art délicat, oii les textes habilement rapprochés,

Ut tesserulae omnes

Endo pavimeuio. atque emblemate vermiculato^.

se rangent comme d'eux-mêmes, dans le cadre préconçu et tout Cartésien de ce que l'auteur appelle une philosophie chrétienne , Philosophia christiana'^. En effet, il n'y prononce pas un mot qui ne vienne du maître; il transcrit plutôt qu-'il

1. Andegai'i IGfiT et Pnrisiis 1671. l*' De philosophia universim; 2° de existentia etverilate Dei: 3° de Deo; A° de anima: 5° de morali philosophia; 6° de anima bestiarnm. Ce recueil vient d'être récemment imprimé une troisième fois. Sancti A. Augustini Philosophia, Andréa Martin colleclore; editionem recognovit, etc., Julius Fabre, Parisiis , 1863, in-8°. L'éditeur qui n'a jugé à propos de réimprimer que cinq volumes sur six, ajoute, et j'ajouterai avec lui : u Septimum volumen de fpio loquuntur nonnulli, non vidi. »

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