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Carthage; j'ai vu cette ville, je l'ai perçue par les sens et j'en ai retenu l'image dans ma mémoire, de telle sorte que je trouvasse en moi le mot qui la désigne, quand je voudrais en parler.... De même, lorsque je veux parler d'Alexandrie, que je n'ai jamais vue, aussitôt s'offre à moi l'image de cette ville. Car j'ai souvent entendu dire et j'ai cru que c'était une grande cité, et d'après les descriptions qui m'en étaient faites, je m'en suis formé dans l'esprit quelque image... Que si je pouvais tirer de mon esprit cette image et la mettre sous les yeux de ceux qui ont vu Alexandrie, à coup sur ou tous diraient : ce n'est pas là Alexandrie ; ou s'ils disaient : c'est là Alexandrie, jem'étonnerais grandement, et contemplant cette ville dans mon esprit, c'est-à-dire son image et comme sa peinture, je n'en aurais pas moins conscience d'ignorer Alexandrie, et me lierais à ceux qui l'auraient vue. 11 n'en va pas de la sorte, lorsque je cherche ce que c'est qu'être juste, ni lorsque je le découvre, ni lorsque je le conçois, ni lorsque je l'exprime; ce n'est pas davantage de la m.ême manière qu'on m'approuve lorsque je parle de la justice, ou que j'approuve moimême ceux qui m'en parlent; il n'est pas alors question d'un objet que j'aie vu avec les yeux du corps, ou que j'aie perçu à l'aide de quelque autre sens, ou que m'aient révélé d'autres hommes qui eux-mêmes l'auraient connu par l'intermédiaire du corps. En effet, quand je dis et que je dis le sachant : l'âme juste est celle qui sciemment et raisonnablement observe la mesure dans la vie et dans les mœurs ; je ne pense point à une chose absente comme Carthage, non plus que je ne l'imagine telle quelle, comme Alexandrie; mais j'a-
perçois quelque chose de présent, et je l'aperçois en moi-même quoique je ne sois pas ce que j'aperçois, et le grand nombre en m'entendant m'approuvera. Et quiconque m'entend et m'approuve sciemment , aperçoit en lui-même ce que moi-même j'aperçois, quoiqu'il ne soit pas ce qu'il aperçoit * . »
Ainsi, en nous, non hors de nous, d'une vue plus pénétrante que celle des sens et plus haute, se perçoivent, avec une pleine évidence, les plus essentielles conceptions de l'esprit.
c( Pour ce qui est de la justice et de la sagesse, et de tout ce' qui leur ressemble, il n'y a point d'un côté imagination, et de l'autre intuition.
C'est par une simple inspection de l'esprit et par le seul regard de la raison que nous contemplons ces objets invisibles. Car ils n'ont point de formes non plus qu'ils ne sont point engagés dans une masse corporelle ; ils n'offrent ni linéaments, ni figures ; ils ne sont contenus ni dans les bornes du lieu, ni dans les espaces infinis ^. y> ,
Et qu'on ne croie pas que ces conceptions, ou même que les idées en général tiennent indissolublement aux mots qui les expriment.
c< La connaissance comprend quatre éléments : le mot, la chose, la notion du mot et la notion de la chose ^. )>
Or, toute parole, il est vrai, n'est pas un son, et nous parlons souvent notre pensée sans aucun bruit de la