‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 114 sur 125 · OS LA NATURE · texte numérisé non relu

OS LA NATURE

énergie, comme on voudra l'appeler? Faculté qui combat tantôt le désir et tantôt lui cède, et que par conséquent le désir, l'appétit ne constitue pas; faculté qui a ses moments de défaillauce et ses jours de victoire, mais qui, victorieuse ou Taincae, est et se sent distincte de la passion qui la sollicite et la persécute. Une école a entrepris de ramener au mémo principe la volonté et le désir qu'elle considérait tous deux comme une transformation du besoin , c^est Técule de Condillac ; mais à Dieu ne plaise que j établisse une comparaison entre la Somme de Tkéolo^ et le Traité des sensaiitms. Si j'avais dea points de rapprocheaic 1 1 1 à établir, j'aimerais mieux les chercher dans le xvii* siècle, chez Malebranche par exemple, qui a si complètement confondu la Tolonté et le désir, et que cette erreur a conduit à dépouiller i liuiume de toute activité propre. Saint Thomas, avec le ferme sens qui le dislingue, a su éviter cet écneil; ne l'avoûs-uoub pas tiiieudu prolester contre la doctrine qui méconnaît l'efûcacité des causes secondes*? Il nous sera permis de regretter que le saint docleor, trop ûdèle aux leçons d*Aristole, n'ait pas apcri^u ou mis en lumière la ligne de démarcation profonde qui sépare tes phénomènes de la sensibilité et le pouvoir volontaire.

Ces réserves faites dans Tintérèt de l'exactitude scientifique , hâtons>pous d'ajouter que nous ne con-

1. Yoy. plushaat, liv. t, sect. 3, c. ii, L I, p. 341 elsuiv.

ET DES FACULTES DE L'AME. 4St

DaissoDs pas un ouvrage de philosophie, ancien ou moderne, où la théorie des passions ait été présentée avec plus de développement et de justesse , que dans la Somme de Théologie*

Au début de son traité sur cette matière» Descartes, suivant sa coutume , se déclare peu édifié de tout ce qui a été fait avant lui» « 11 n'y a rien, dit-il *, en quoi paraisse mieux combien les sciences que nous ayons des anciens sont défectueuses, qu'en ce qulls ont écrit des passions; car, bien que ce soit une matière dont la connaissance a toujours été fort recherchée, et qu'elle ne semble pas élre des plus difijciies, à cause que, chacun les sentant eu soi-même, on n*a point besoin d'emprunter d*aiUeurs aucune observation pour en découvrir la nature, toutefois ce que les anciens en ont enseigné est si peu de chose et' pour la plupart du temps si peu croyable, que je ne puis avoir aucune espérance d'approcher la vérité qu'en m'éioignant des chemins (ju'ils ont suivis. C'est pourquoi je serai obligé d'écrire ici en même façon que si je traitais d'une matière que personne avant moi n'eût touchée. »

Évidemment Descartes nous abuse et s'abuse luimême. Jamais il ne fut moins en droit d'afifecter ce présotnptucui. mépris du passé que Leibniz lui reprochait. Sans parier d'Aristote, peintre si exact du cœur humain , il avait sous les yeux , dans la Somme

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