‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 116 sur 125 · Sans chercher de témoignages dans rantiqnité» ce qui nous · texte numérisé non relu

Sans chercher de témoignages dans rantiqnité» ce qui nous

entraînerait beaucoup trop loin, et nous jetterait tout à fuit en dehors de noire sujet, je me borne à rjjipclor i(up les StnicienH fies dcrnitM-s temps reconnrti«sni*'nt que l'homme de bien a besoin du secours de Dieu, c Bonus, biue Dco nemo est, » a ditSénèque xli}, et

ailleurs : n Nulla sine Dec mens bona esl * (Epist. lxxiii), Epictete recommande nu sage de se souvenir de Dieu et de l'invoquer. Di$8. li, lô : « fou Ôe<M ^{/.vr^so âxervov IkimiXou poi)6iw naX na^axérr^, >

d'où Toeil n'aperçoit que les grandes lignes de la conduite humaine; il descend aux détails de la pratique «60 de voir de plu8 prè9 ce qu'il ae propose ie diriger.

Ce n'est pas un des moindres titres de saint Thomas d*ayoir sufû à cette double tâche : poaer dans la définition de notre fin dernière les règles fondamentales de la morale; parcourir en tous sens rechelle immense des applications et saisir les dernières cob* séquences des principes établis.

Nous avons vu qu'après avoir décrit la nature et les conditions de la béatitude, le docteur Angélique avait traité successivement de la bonté et de la malice des actions humaines, des passions, des habitudes, des vertus et des vices, de la loi morale et des différentes espèces de lois, et que pour couronnement de son œuvre, il avait tracé le code complet des devoirs de l'homme dans toutes les positions de la vie. Ce cadre immense demandait, pour être rempli convenablement, une vaste érudilvon, beaucoup de souplesse, de méthode et de subtilité, et surtout une fermeté de jugement presque infaillible. Aucune de ces qualités n a manqué à saint Thomas, et on les retrouve dans toutes les questions de la Somme de Théologie j mais c^est principalement dans sa partie morale qu'elles brillent de tout leur éclat. Sur la plupart des points, les solutions que le saint docteur a proposées sont si sages^ si exactement conformes à la raison, qu'elles ont formé une sorte de

444 DOCTRIKE HOKAtB.

jurisprudence morale adoptée pai* le plus grand nombre des casuistes. Très-Bouyent saint Thomas imite ou copie ses prédécesseurs; mais qu'importent ces emprunts, si la doctrine est excellente? Je sais .une qualité que le genre humain estime bien audessus de l'originalité 9 c'est l'exaetitudcy c'est la vérité des opinions. Une doctrine originale peut être monstrueuse : Spinoza et bien d'autres Tout prouvé. Une doctrine Judicieuse et même sublime peut être formée d'éléments ciupruntés que l'historien saura démêler» sans qu'on sache maïutvais gré à Tauteur, pourvu qu'il ait été heureux danB ses choix, et qu'il ait su en tirer parti hal)ilenient.

Nous n'écrivons pas un panégyrique de saint Thomas; nous voudrions seulement aider la philosopliie de notre temps à profiler des enseignements de ce grand maître* il est donc nécessaire que nous reprenions quelquesmnes an moins de ses théories les ' plus importantes afin d'en faire ressortir la valeur.

Si la fin de l'homme consiste dans la possession de Dieu, le bien est ce qui nous rapproche de Dieu, le mal est ce qui nous éloigne de lui. l^ bien est de vivre à l'esprit; le mal est de s'abandonner aux sens qui nous tournent vers les créatures.

Mais cette formule très-générale appelle des dé* veloppements qui l'éclaircissent et la complètent. Par exemple, pour apprécier la moralité des actes humains, sufBra-t-il de considérer l'action en elle-même, indé> pendamment des circonstances de lieu, de temps, etc..

DOCTRINE MOftALK. 445

et abstraction faite de la fin que Taiient s'est proposée? baïQt Thomas fait remarquer avec beaucoup de justesse qo'ii faut tenir compte de tous ces éléments à la

fois pour savoir quelle est la valeur ninralo d'une action. L'analyse à laquelle il se livre sur ce ])oiiit est certainement très-remarquable par la fidélité et la délicatesse. On peut en effet tomber ici dans deux excès dont Tun consisterait à prononcer sur la conduite des hommes sans avoir égard à leurs intentions» et l'autre à ne considérer (\uv, Tintention et à négliger 1 acte pris en lui-même. Le premier écueii est facile à éviter, surtout pour les esprits qui réfléchis-* sent; mais on tombe aisément dans le second. Quels sarcasmes n'a pas excités Tartdediriger et de. rectiûer rintention? Saint Thomas a connu récueil et il a su y échapper. Non, une action naturellement bonne n'est pas méritoire si Tintention est mauvaise ; non , une action naturellement mauvaise ne peut pas être rectifiée par la bonté de l'intention. Pour mériter, il faut bien agir et dans de bonnes vues; la moralité et la vertu n'existent qu*à cette double condition* Telle est la règle que saint Thomas pose : selon nous, elle est irréprochable et elle résout la plupart des aiiiicultés qui se présentent dans la pratique* • Lorsqu'il arrive à traiter des vertus, saint Thomas commence par les diviser en vertus intellectuelles et en vertus morales; puis il les ramène toutes à quatre vertus cardinales, la prudence, la justice, le courage, la tempérance; enfin il admet trois vertus

446 DOGTMIIE «ORAIC.

théof<^ales, la foi , l'espérance et la charité. U faut bieft admettre que ces distinctions empruntées à la

tradition philosophique et chrétienne sont fondées sur ia nature des choses; car elles reparaissent dans la doctrine de tous les moralistes anciens et mo«

dernes.

Remarquons les solides objections de saint Thomas contre la réduction des vertus à la prudence , selon le seiilinicnt des écoles socratiques. Aux agitations de la vie active le saint docteur préférait les douceurs de la \îe contemplative^ comme étaal son but à elle-même; il n'est donc pas éloigné de regarder la prudence comme la mère de toutes les vertus.* Mais 9 constate avec le sens eomoran que

penser n'est ])as aiiir, et que rhuiiime ne fait pas toujours le bien qu'il connaît. Ce n'est donc pas assez de posséder la science pour fttre Tertueni ; il est nécessaire en outre que l'Ame se plie par la force de l'habitude à la pratique du bien que son intelligence a entrevu:

L'antiquité tout entière avait repoussé ce paradoxe des Stoiciens, que toutes les fautes de l'homme sont égales; mais peut-être n'avait-elle pas discerné le côté métaphysique de la question aussi profondément que saint Thomas la feit. Qu'est-ce que le péché? tine privation, non pas une privation qui détruise l'ordre^ mais une privation qui Taltère. Or, toute privation qui altère Tétre sans le détruire, peut le corromprç plus ou moins. Sous ce rapport, 11 y

* DOCmniB lOHALB. 44T

a donc ueceisairemeut des degrés entre les péchés.

Quand saint Thomaspénètre dans Tétudo des devoirs, c'est alors surtout qu*ii devient pour le mora* liste un guide inappréciable. La partie de la Somme intitulée : Scranfh Secvr}(f,%% dans laquelle il trace les règles de la conduite humaine, sera toujours la mine la plus abondante que la casuistique ait à explorer. 0"'f^îi rappelle les opinions du s:iint docteur sur la puissance paternelle, sur l'aumdnei sur la pauvreté yolontairCy sur la propriété, que nous avons citées comme exemples au premier livre de cet ouvrage. Il y a quelques points, je le sais, sur lesquels la morale plus fkcile de notre âge ne tomberait pas d'accord avec l'Ange de l'Ecole. C'est ainsi qu'il a condamné le prêt à intérêt et qu'il ajugé défavorablement le commerce. Mais ne devons* nous pas tenir compte de la dilTérence des temps et des situations? Le prêt à intérêt avait-il au moyen âge le même caractère qu'il a de nos jours? TTélaitce pas une véritable usure, exercée en grand, avec les circonstances les plus propres à la rendre odieuse ? Le devoir de TÉgUse et de ses docteurs était de protester contre cette oppression de l'indigence et du malheur par la cupidité. Ën ces matières, d'ailleurs, saint Thomas, comme on Ta m, n^est pas absolu. H

permet qu'on tire quelque intérêt de son argent, si un besoin impérieux l'exige et si on le l'ait avec mo-» dération«

Nous Tavons dit plus d*une fois, un des plus remarquables caractères de la doctrine de saint Thomas, C68t le sens pratique, c'obI la parfaite intelligence des conditions de la vie sociale. Il était à craindre que ce moraliste solitaire qui setait enfermé dans on cloître dès sa jeunesse, n'y eût perdu la connaissance des choses du monde et désappris la langue de la terre pour ne plus parler que celle du ciel. Mais» éloigné des hommes, il les coDout aussi bien ques*il avait constamment vécu au milieu d'eux; il sut faire la part de leurs passions el de leurs intérêts, et il n*exigea pas de leur faiblesse des vertus impossibles. Au lieu de leur présenter Timage d*une perfection imaginaire dont la poursuite vaine aurait pu les détourner de leurs devoirs positifs, il leur apprit à servir Dieu, en vivant au milieu de leurs semblables et en s'acquittant de toutes les obligations de la vie civile.

L*homme a une fin divine qu'il ne peut pas atteindre ici-bas; mais il a aussi une fin terrestre. A c6ié de ces désirs infinis qui l'entraînent vers le vrai , le bien et le beau, c'est-à-dire vers Dieu, son cœur renferme un instinct puissant, inexorable qui stimule sans cesse les facultés actives de l'âme, l'invite a les exercer, nous rend le repos insupportable, malgré sa douceur, et répand un charme secret sur la lutte, malgré ses angoisses. Lorsque jetant les yeui sur nos semblables, nous les voyons, poussés par les mêmes passions que uous-mémeâ, s'agiter en tous sens et s'é-

OOCTaiHK MORALE. * 449

puiser en efforts, tantôt pour dompter les forces ennemies de ia nature, tantôt pour s'asservir les uns les autres f et qu'eosuite, remontant le cours des âges, nous avons devant nous le apectacle des mêmes besoins et des mêmes labeurs qui se reproduisent de siècle en siècle; comment pourrions-nous ne pas reconnaître que la lutte énergique de Fintelligence et de la liberté contre la matière, les conquêtes de la science et de l'industrie» et l'amélioration progressive de la condition temporelle de Thomme, sont 1 une des fins providentielles de l'humanité, et que tant de milliers d'eidstences qui, chez les différents peuples, furent consacrées à cette œuvre, n*ont pas trahi les intentions du Créaleui ?

Les disciples d'Aristippe et d'Epicure, esclaves de leurs sens, ont méconnu la partie divine de notre fin; le faux mysticisme, dans son impatience, voudrait eu supprimer la partie terrestre; saint Thomas, nourri de la pensée de l'éternité, mais doué d'un sens pratique supérieur que la lumière du Christianisme éclairait, a enseigné une morale qui se plie également aux conditiona les plus ordinaires de la vie et à ses aspirations les plus hautes.

QUÀPliaE VII.

-DOCnUMI F0UT2QUB.

I. Définition h loi suivant saint Thooua. Supériorité de CtÂkb

définition comparée à celle de J. J. Rousseau. Conséquences qui en découlent. — II. Rapports (h l'Église et de l'ÉtJt. OriirÎTjes historiques delà souveraineie Lemporellc des pape*; leur juridictioii inor.ile: ce qui subsiste encore de la doctrine de saint Tlioxuai sur ces matières.

En examinant la doctrine morale de saint Thomas^ nons noue sommes attachés d'd>ûrd aux Térités fbn-

dameii taies que nous jugions utile de dégager, aiin de les rappeler à la philosophie contemporaine cpi . les a souvent méconnites. Il nous reste maintenant

à considérer la partie jundit|ue et huciale du s^btème. ,

Aucune branche de la philosophie de saint Thomas

n'a été plus vantée que sa théorie de la loi. Ses adversaires touibent d accord avec ses partisans que jamais il n'a été mieux inspiré que dans les pages où il pose les règles qui doivent diriger le législateur .et le jurisconsulte. Même au siècle dernier, à l'é^ poque où son influence était la plus .déchue, on ne contestait pas que cette partie de la Somme de Théo-

DOCTRINE POUTiaUE. 4ttl

logie ne renfermât des vues excellentes. Il s'aîjit pour nom de retrouver les titres de cetto lougue et solide rwiommée.

Qu'est-ce que la loi, selon saint Thomas d'Aquin? C'est une dispoi>ition ou un règlement de raison, en vue du bien général» promnlgué par celui qui a le êoin de ia «omrnonauté, Qtuedam ralionis (mHnatto ad boiium roîfuhunef ab eo qui curam communitcUis habel promulgtUa,

Si nous pesons tous les termes de cette définition, nous n'aurons paâ de peine à reconnaître qu'elle exprime sous une forme aosai élevée que rigourenae les caractères essentiels qui donnent à la loi son aus* ière majesté*

Et d*abord, la loi est un règlement conforme à ia niiaon. Donc, la loi n*éniane pas de !a seule volonté.

La loi divmc n'est pas ioudée sur le décret arbitraire de Dieu. La loi humaine ^ ou civile on' politique ne tire pas sa force oUigatmre des caprices dn législateur.

De même que le plan général de Tunivers est l'csuvre de la sagesse et de la Iwnté infinies, coéteiv

nelles à i luiinie puissance : de même, les lois particulières qui régissent les sociétés doivent être modelées par le souverain sur la droite raison. Ce qui

s'écurte de cette règle suprême étant opposé à Tes-*

45i UOCTKINE POLlTlttUE.

8ence mèaie de la loi, n'est pas une loi| et n*eD peut

porter le titre que par usurpation.

Quand les ioterprètes de la législation romaine ont voulu exprimer dans un seul mot son incomparable beauté , qu'ont-ils pu dire de plus et de mieux, sinon qu'elle était la raison écrite , scripia ratio?

Suivant une école de publieistes, dont Rousseau est resté parijii nous le t^pe le plus éloquent, la loi ne serait que rexpression de la volonté générale qui réglerait de son autorité propre toUs les devoirs de

la vie civile.

Doctrine insidieuse et funeste qui , sous le voile d*une flatterie adressée aux passions de la multitude^ cache le renversement de toute justice!

et Eh quoi ! s^écriait Gicéron, si les suffrages du peuple en avaient uiusi décidé, le brigandage, Tadultère, les substitutions de testament ideviendraienlils donc légitimes'? »

En politique, la dpiiuition du Contrat soctàt a pour conséquence ordinaire, qui ne le sait? ou ranarchie^ ou le despotisme.

Klle mène à l anurcliie dans les États de pure démocraticy où le peuple entier participe directement

1. De Legibus, I, c. 16 : «Quod si populonim jussis, si principum decrelis, si sententiis judicum, jura consUluerentur, jus essel latrocinari; jus adulterare; jus testamenla hïao supponere, « bec suffragfb aut tciliB muliUodmU probsjreDUir* >

DOCTUINK POUTfQUB. 4S8

à l*œuvre sublime de la loi, et où les décisions les plus graves, celles qui eiigeraient le plus de maturité, de calme et de lumièi cs , sont livrées au caprice tumultueux de l'aveugle et inconstante multitude.

Elle mène au despotisme le jour où, les volontés particulières des < itoyens ayant abdiqué entre les mains d'un chef qu'elles chargent de les représenter, celui-ci en vertu de la délégation populaire, fait luimême la loi, rinterprète, l'applique et exerce dans toutes les affaires une autorité suprême^ dont le seul frein sérieusement efficace est la modération personnelle du monarque*.

L'histoire nous apprend que cette concentration extrême du pouroir a été subie à diyerses reprises et même désirée par les nations les plus fières, comme une nécessité de salut public* Quand les lois sont méconnues, Tautorilé des magistrats avilie, la religion outragée; quand le sol, miné par les factions^ tremblrsouB les pas et que d'infaillibles symptômes présagent une ruine prochaine, comment la société échapperait-elle au péril dont elle est menacée, sans le secours d'un bras * assez puissant pour la retenir sur le penchant de Tabîme? Heureux les peuples, lorsque dans ces jours de tourmente et d'anxiété ,

l. Monteaquieo, Grandeur de$ ilomains, c. xv : « Il u poiot d*autonlé plui abiotiie que eelle da prince qui succède i la république; car il se. trouve avoir toute la puissance du peuple qui n'avait pu se limiter lui-même. »

484 DOCTRINB miTIQUB.

la force qui vient de Dieu, tombe aux mains crun priDce ^ne la tUMèi n'enivre pae^ et qui jaleax d'honorer son règne, eonsacre Vabsolu pouvoir dont . il dispose, à ranimer ia sécurité, encourager le travail et développer tous les éléments de la prospérité ei de la grandeur publiques!

Mais ne tenUms pas la ProTidçnee; n érigeons paa ea règle eee glmeaies el bienfaiiaDteA es«^ tions.

Quels dangers ne ïerait pas courir aux droits les plus «uaréi des citoyensp uoe amiTefftiiieté qui juge» rait que tout lui eat permis, dès là qu'elle escpriim-

rait les volontés du plus grand nombre! 11 importe, aujourd'hui surtout ^ que les sodétés se prémunisseut eontre ces illusions de' l'orgueil et de l'ignorance, toujours suivies d'amères déceptions. Biles se sentiront plus fortes, mieux affermies, plus honorées, elles f^âteront plus paisiblement les fruits de ia civilisation, si elles se persuadent d'abord que le bien et le mal» la vérité et rerrtur ne dépendent pas de leurs décisions arbitraires, et que le souverain, quel qu'il soit, monarque, peuple ou parlement, a au*de88tt8 de lui une règle d'équilé, d'après laquelle ses propres lois sont jugées par là eonseience du genre humain.

Pour les esprits qui se targuent d'être positifs, cette puissance de la raison que l'œil ne voit pas, et ({ue la passion méconnaît, a sans doute niuius de réalité que le suffrage populaire ou Tacto d'une volonté qui

MCTUIHB POtitiaint. 4i»9

se révèle par des signes matériels; cest une image décevante, un son qui se (lerd daos le videi une frivole et tiélite abstraetien. Mais prenons garde que ee je ne sais quoi qui parait si fugitif et si vain, a aanl la vertu de créer une obligation et un droit. Obéie ou violée, Tinvisible justice demeure la mattresse des consciences. La volonté qui a le pouvoir de lai rénater, n*a paa celui de la âuppléer. Cès simples mote t /a veux , prononcée devant un être intelligent, fût-ce par des milliers de bouches, ne * suffiront jamaîa ponr qnll se dise intérieurement à lut-mème : le dmi» La Tolonté est nne force mise au service de la loi qu'elle devrait toujours accomplir et que souvent elle enû*eint; mais la loi dans ce qu*elle a de plus auguste , émané d'une source plus élevée; et avec saint Thomas, nous pouvons répéter qn^elle est par essence un règlement conforme à la raison, à cette raison étemelle dont la pensée de rhomme est le pâle reflet.

Voilà le fondement et le premier caractère de la loi; en voici le second, suivant saint Thomas : elle doit tendre au bien de la communauté » ad bonum cwmune. Deux conséquences découlent de là :

L'une, c'est que les choses qui n'intéressent pas la communauté,' qui n'ont pas d'influence appréciable sur sa destinée, sont hors du donlaine de la loi. Ainsi le législateur n'a point à s'occuper des actes de te vie privée qui concernent l'individu, et qui ne

'486 DOCTUNE POUTIQOB.

touchent pas au bieu de l'État; il s'écarterait de son rôle^ 8*il essayait de les réglementer.

L^autre conséquence de la doctrine de saint Thomas, est que le premier devoir du législateur est d'oublier ses affecUons personnelles et de rechercher lutilité générale. îl ne trayaille nî pour lui'^mèine, ni pour sa famille, ni pour ses amis, mais pour toute sa nation. A ce dernier trait» comme saint Thomas Tobserve encore d'après Aristote, it est&* ciie de reconnaitre les bons gouvero^ents , et de les distinguer. des mauvais. Pourquoi^ par exempte, de toutes les formes politiques , la plus Ticieuee estelle la tyrannie? C'est que, sous le règne d un tyran, l'intérêt de tous est sacriûé sans cesse à Tamourpropre» à la cupidité et à Tambition d*un seul. En effet, les nations n'ont pas été créées pour procurer à ceux qui les gouvernent des trésors, du pouvoir, des honneurs» de faciles Toluptés» ni même de la gloire; mais les gouvernements ont été instifui s jiour assurer aux nations le repos et la sécurité qui sont la première garantie du bonheur public et privé.

C'est rhonneur du temps et du pays où nous vivons» que ces maiimes soient devenues pour nous une sorte de lieu commun » et qne les dépositaires de la puissance publique apportent plus d'empressement à les pratiquer que les citoyens eux-mêmes ne montrent d'ardeur à s*en prévaloir. Mais si nous voulons échapper au reproche d'ingratitude , rappelons-nous que saint Thomas les avait énergiquenient proclamées»

et qu'autour de lui elles reteulissaieul dans les écoles catholiques y comme Técho de la morale ehiétienne

. appliquée au gouvernement des soeiétés , bien avant qu'elles n'eussent pénétré dans les institutions et qu'elles ne fussent devenues l^artiele essentiel du

. eode politique des na^ns modernes.

Comme dernier élément de la loi , saint Thomas indique la promulgation qui doit en être faite par cdu! qui a soin de la communauté ^ ab eoqui euram commumtalis habet promulgata.

On aura pu remarquer le caractère vague de ces expressions qui laissent ta place libre pour toute espèce de gouvernenieiit , démocratie^ oligarchie, monarchie , comme si le choir d'une forme politique avait paru au saint docteur un objet secondairè. Qu'importe en efiEet que le pouvoir qui promulgue la loi appartienne à un seul» ou à plusieurs, *ou à tons, pourvu que la loi soit conforme à la raison et qu'elle teude au bien général ? Ce point est le principal , et dès qu'il est accordé, tous les autres ne le sontrils pas par surcroît? Toutefois, saint Thomas a très-bien vu que la constitution politique réagissait sur îa législation,, et que , selon le gouvernement qu'ils avaient , les peuples se trouvaient exposés à recevoir de bonnes ' ou de mauvaises lois. Quel est le gouvernement qui, à ses yeux, offre le plus de garanties ? C'est la monarchie, parce qu'elle prévient les divisions» et que l'État» sous la main d'un chef unique, s'y trouve constitué à 1* image de l'univers où un seul Dieu gouverne toutes

DOCmilB 1»0L1TIQUB.

choses. Mais la monarchie elle-même a ses dangers. Le prince est eipoté à des etitratnementê et à dee emtm qHî peiiTent oceMonner 1a perte de son peuple. S'il couiinel des fautes, faudra-t-il, au risque de troubler i^Ëtat, lai arracher tiolemment le pouToir dont il abuse? Non ; maie il est nécessaire de constituer la monarchie de manière à y faire prévaloir, autant que possible» la cause de la raison et les intérêts généraux de la société. En d^aotres termes, à la monar» chie pure qui incline souvent au despotisme, il faut substituer la monarchie tempérée , e'est4-dire une forme sous laquelle le monarque est entouré d'un conseil de magistrats élus par tonte h. nation que ce droit de suûrage associe indirectement à la gestion de ses propres affaires. 1^1 est le dernier mot de la politique de saint Thomas : il exprime encore aujourd'hui le résultat- le plus positif et le moins contesté des ^orts opiniâtres des sociétés modernes potir Asseoir leur <^uuvcnii'nuMit sur les bases de la justice.

Je suis loin de méconnaître le progrès qui s est opéré dans la science politique depuis saint Thomas i mais ce progrès en général a consisté moins dans la découverte de nouvelles maximes , que dans T exacte précision qui a été donnée aux anciennes, et dans les larges applicahons ijui en ont été faites. La métliode a plutôt gagné que le fonds même des systèmes. Yous trouves dans la Somm de Théologie et dans le traité du Gouvernement des Princes la plupart des idées qui ont illustré le nom des publicistes modernes. Dégagées

de Tenveloppe sciiolastique, el exposées par d incompmbl6B éerivaint f dans qd style Imnimax et forl^ ces mêmes idées ont paru Hre une révélation, lorsqu'elles n*étaient qu'uu simple souvenir; tant la beauté de la forme exerce de sédnclioa sut Fesprit des hommes » et contribue au succès populaire des doctrines !

• Les théories soeiales de Thomas d*Aqoin se trouveraient sur tous les points e^ftentieU en parfaite harmonie avec icâ dernières coneiusions de la science eontemporaine I si le saint docteur s*étatt renfermé dans la déduction des devoirs généraux de la royauté* Mais il ne s est pas arrêté là. L édilice po- J litique une fois construit, il le met sous le haut pa^ tronage de Tautorité spirituelle ^ représentée par le souverain pontife; et de là résulte la transtormation \ du gouvernement oivil, de quelque nom qu'il s'ap- | pelle, en une sorte de théœratîe. Nous touchons ici à des questions brûlantes que> malgi'é la difilculté de les bien traiter en peu de mots, nous ne pouvons nous dispenser d*aborder*

Au-dessus des pouvoirs de ia terre, tous passagers i et périssables, saint Thomas élève donc la puissance immortelle de la papauté rfu'il proelatne, au nom de J l'Évangile et de la piiiiosophie, la souveraine des \ peuples et des rols^ et Tarbllre de leurs difiëreiids.

490 DOCTUINE POLITIOUE.

Sur la mlssioD temporelle» ^ur la foQCtioQ« si je Tose dire, politique de TÉgliee, il professe les maximes que les légistes, défenseurs des prérogatives royales, ODt si souvent et si duremeut reprochées à Gré* goire Vn et à quelques autres papes, comme une en* tréprise téméraire de Tautorité spirituelle sur les droits de l'autorité civile.

Sous leur forme historique^ qu'esUl besoin de le faire remarquer? ces ductriu< s, si contestées même par les théologiens, ne con viennent ni au siècle, ni surtout au pays dans lequel nous vivons. A part quelques esprits excessifs, sans caractère et sans mission, nul ne songe à les relever; le saint-si^e lui-même, sans les répudier ouvertement, a renoncé dès longtemps à s'en prévaloir.

A mesure que la fin terrestre de l'homme s'est déga* gée, dans la pensée de la plupart des peuples, de sa fin surnaturelle et divine, l'autorité civile, qui est chargée spécialement de pourvoir à la première, a secoué le joug de Tautorité religieuse dont les vues s étendent au delà des temps, et plongent dans Téternité. Aujourd'hui elle a le sentiment de sa force; est-ce la juger avec trop de faveur que d'afi&rmer qu'elle a aussi le sentiment de ses devoirs, et qu*à aucune autre époque, la dignité et la liherté de Thomme n'ont obtenu des garanties plus sincères ni plus efficaces? La société, qui vaque à ses affaires avec sécurité et succès, sous la protection de ses magistrats séculiers, s'est habituée à regarder leur indépendance comme essentielle

à Bes propres intérêts; dès qu'elle suppose, même jiojustemeDt, que leurs prérogatives soot meuacées, elle se croit attaquée elle-même dans ce qu'elle a de plus cher. Quel bras serait assez fort pour triompher de cette conviction invétérée^ ou assez téméraire pour Tattaquer de front en laveur de la suprématie temporelle du pouvoir pontifical? Certes Fissue d*une aussi folle entreprise ne se ferait pas longtemps attendre; les intérêts respectables au nom desquels on l'aurait formée en sortiraient sérieusement eompiumis, et sans que le pouvoir civil eût perdu une seule de ses attributions actueUes» la religion, afiEaùbiie par les fautes de ses imprudents défenseurs, verrait lui ec]iaj>per le salutaire abceadaut qu'elle couserve encore sur les âmes.

Mais représentez-vous un état social différent : sup- ' posez d'un côté une nation a demi Laihare, mais d autant plus facile à exalter que la civilisation n/a pas encore refroidi l'ardeur de ses sentiments; une

natiuii anilin e d une piété vive et sincère, sinon eclairée, et qui, remplie de la pensée du ciel, accorde une très-large place dans la vie aux pratiques religieuses; en re^zard de cette nation, mettez un gouvernement mal déliai^ scmvent divisé, impuissant à protéger la * faiblesse et le bon droit contre la violence, enclin à céder à, ses propres passions et à transgresser pour les assouvir toutes les lois de la morale: sous ce règne de la force brutale, comment s'étonner que le pouvoir spirituel qui est le seul refuge des malheureux

4ai mTKUfe pouTittus.

•i des opprimés, soit iayoqaé par les âmes les plus

généreuses CMiniiie ie dumiauleur suprême des peu- 1^ ei des rois ?

L'figlise catholique « présenté, dès les premiers siècles du moyen âge, Fimage d*one société régulièrement établie dout la forte hiérarchie, les lois siin* pies et libérales surpassaient tout êe que Tantiquité avait offert de plus accompli. A la même époque, au témoignage de . tous les historiens, la société civile se trouvait sans règles fixes de gouTemement, livrée à tous les al)U8 de la force et à tous les désoi'di'es de Tanarohie. Par une coïncidence remarquable, cette société si pen oi^niséeétoit en général croyante î Is religion renyeloppait de toutes parts, et, du berceau à la tombe, l'homme parcourait une ronte semée de divins emblèmes, et dont les cérémonies du culte formaient les étapes pour ainsi dire nécessaires. Tout contribuait à donner au pouvoir spirituel, même dans Tordre politique, une prépondérance qui pouvait facilement se convertir en suzeraineté. Autant nous inclinons peu vers la théocratie, au* tant le moyen âge, au contraire, 8*y trouvait poussé par des causes tout aussi invincibles que la préférence avouée des nouvelles générations pour ia puissance séculière. Si qnelqne diose pent étonner, c'est que rascendant du sacerdoce irait pas été plus générai, et son triomphe plus complet.

Mieux qu*aueuu roi peut-être, Louis iX a su con-

Diyiiizeo by

dlior la défSuise des droite de sa coaronat et le

respect ûlial de TÉglide. Mais quelles vertus et quel dévouemeat, quelle sagesse et quelle vigilance nVt-il pas portées sur le trône ?

Aussi grand priuce que ûdèle chrélieu^ il répriiBait dans ses États le brigandage et ranarehie f y faisait régner une justice sévère, promulguait de sages lois, et assurait ainsi à la nation les garanties de sécurité et de moralité, que la plupart des autres* peuples demandaient à TËgliee. L'excellence de son gouvememeiit a l'ait sa iorce , ujèuie vis-à-vis de Eome, tout eomn» la tyrannie^ les r^nes et les mœurs Ueeneieuses de tant d'autres princes sont une des causes qui out le plus contribue aux progrès de Tautorité pontificale.

Je laisse aux historiens le soin d'examiner eomment les papes ont usé de Timmense pouvoir que laProfidence avait placé entre leurs mains. Lorsque^ dans un réeit impartial, on aura fait la part des erreurs et des fautes que la prudence la plus consommée n'épargne pas, en politique, à la faiblesse hnmaine, il restera une masse imposante de services et de bienfaits qui suffisent pour justitier la cuiifiance qne Tantorité eeclésiastiqne inspira pendant SI longteflips a la aœiété civile

Quand saint Thomas défendait les attributions tem-

1. Sur rorîgine et les résultats historiques de la souveraineté • tomporelle des papes, il faut lire le bel ouvrage do M. l'abbé Go8selio, Pouvoir 4u |Ki|)e au moyen âge^ etc., Paris, 1S45, m-8«

^ 4(»4 DOGTAIMK POUTiaUE*

porellet de la papauté, quand il eherehatt dans TÉcriture sainte et dans la tradilion de TÉ^Use le tondeiment de la souTeraioeté politique, échue en partage jau successeur de saint Pierre, et qu'il essayait de la rfaire accepter comme une institution de droit divio, / on nous accordera sans douta que le saint docteur I ne cédait pas ajix suggestions d'une piété irréfléchie; I mais qu'il s'inspirait du spectacle des faits sociaux et I des maximes répandues autour de lui chez les diôë- ' rents peuples de la chrétienté.

Aujourd hui que les institutions et les moeurs out subi des changements profonds, quelle valeur sa doctrine conserve-t-elle» et dans quelle mesure peut-«Ue s'appliquer aux nouvelles relations que le cours des choses a établies entre la puissance spirituelle et la puissance laïque?

La suprématie temporelle du saint-siége a perdu sa raison d'être ; mais en est-il de même de sa juridiction morale, de son autorité sur les âmes, de sa compétence universelle en matière de devoirs? Craigiums, en répudiant la portion de riiéritage du passé qui ne ^ convient pas à nos idées ni à nos besoins, de repousser également ce qui est l'essence même de la papauté, et qui, à une époque d'affaissement moral, peut servir à élever les consciences et les carac- * tères.

11 se rencontre par le monde des esprits étraugers à tout sentiment religieux, pour qui Tessence de la

pieie cuasisle dans les formalités, et qui réduiraient.

OOGTRINB POUTIQOE. 46S

si on les laissait faire , le Christianisme à la pompe extérieure de ses cérémoiiies. Ils consentent que le prêtre remplisse les fonctions les plus apparentes de son ministère, qu'il administre les sacrements et qu'il Tienne prier devant le cercueil des morts; mais sous* le prétexte que le royaume de Jésus- Christ n'est pas de ce monde, ils trouveraient bon qu'il laissât passer les affaires du monde, sans s'y mêler à aucun titre. A cela près, ils protestent de leur déférence pour le clergé, et ils ne méconnaissent pas l'utilité de son intlueace dont un gouvernement habile saura toujours, selon eux, tirer

bon parti.

Si riiigUse catholique pouvait être contondue avec les autres institutions de Tordre civil, il paraîtrait ' juste qu'elle se contentât* du modeste rôle que les indiilerents lui assignent, et des faveurs qu'ils lui promettent en récompense de son humilité. Mais la

mission qu elle remplit n'est pas une délégation du magistrat politique ; elle ne l'a pas reçue de César et ce n'est pas à lui qu'elle en doit compte. Son premier titre aux yeux des peuples et à ses propres yenx, c'est d'avoir été divinement instituée pour enseigner aux hommes la justice et la charité* Si les hommes refu«* sent d'écouter sa parole, s'ils la repoussent et la persécutent, elle n'est pas dégagée par leur indifférence ou leur ressentiment de ses devoirs envers eux et envers la vérité. Le jour où, cédant à des mobiles purement humains, découragée par la tiédeur des uns

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et par rinimitié dei autres, elle eoumit de prêcher à tous également la loi de Dieu t qui ne comprcod qu'elle déserterait aoa ministàre, et qu'elle porterait eUe-même à son autorité le coup le {4us rode qui* puisse Tébranier?

Hais voyez la eouséqnenee l Si la missioa de TÉgUse est de moraliser les hommes, toutes les cpiestioDS où la morale est intéressée, sont nécessairement de son domaine. A toutes les situations de k vie elle doit une direction ; à tous les doutes et à tous les scnipoles il^ coa&cieuceâ ciiretieaneB eUe doit une réponse. Les devoirs sooiauz et œux qui naissent des relatioot entre les gouvernés et les gouvernants , n'édiappent pas à sa compeleace ; comme tous les autres^ elle les déûnitf les explique et les commente, fille enseîgm aux fidèles de tout âge et de toute eondition ee que la loi divine ordonne, ce qu elle défend et ce qu'elle per* met dans les diverses ooeurrenoes qid forment le tndq de la vie humaine. Sans élargir ambitieusement ses attributions» voilà donc, par la seule i'orce des choses, rfiglise amenée aur le môme terrain que le législa>* teur civil; la voilà qui pénètre par mille e6tés dans la piatiquoi et qui juge les questions sociales avec Tautorilé qui s'attache^ pour les catiiolique6f à son auguste caractère, €ar, comme elle parle au nom da ciel, sa parole n'adtuet de la part du ddeie ni résistance, ni incertitttde; ee qu'elle approufe eet pour lui la vérité; ce qu'elle condamne est Fei^ reur, quelles que puissent être les volontés du pou*

DOCTRIMË POUTIQUE. 467

yoîr temporel à qni n'a pas été confié, comme au

sacerdoce, le dépAt des traditions chrétiennes, et le discernement du bien et du mal.

Teuft-on échapper à cette conBéqoence, il faut décider (jQc rÉglise, bornée à l'enseignement littéral du dogme et aux généralités de la morale, se tiendra désormais à l'écart pour tout le reste; que les choses de la terre lui devieiidruut étrangères, cl qu'elle ne cherchera même pas à les comprendre, ni à lire dans lés Aiits de l'histoire les arrêts de la justice de Dieu. Maïs en vain cet isolement épjoïste sourirait à la nonchalance des âmes vulgaires; la nature de Thomme et la marche des événements ne permetlent pas qu'il dure toujours. Je no parle pas de ces temps orageux, dans lesquels la société tremblante et éperdue invoque le secours du prêtre et le conjure de s'unir à elle pour écarter le pénl qui menace et la religion et rËtat; même en des jours de calme et de proepérité» est-il conforme à la mission du pouvoir spirituel que, retiré en luiméinr\ il se résigne à Tinaction, au silence et à rottbli V Supposez une de ces questions y comme il s'en présente souvent , qui sont politiques en ce sens qu'elles touchent à de nombreux intérêts, et qu'elles ne peuvent pas être résolues sans le concours de 1 autorité civile , mais qni se rattachent m même temps aux bases mêmes de la moralité publique et privée i la question par exemple du trafic des noirs ou celle de Tesclavage colonial; l'Église , c'est^è-dure

la papauté qui la représente, pourra-t-elle s'abstenir ? Devra-l-elle laisser croire par son ailence qu'elle n'a pas d'avis à donner, que la religioo , que le Christianisme n'ont rien à voir ea pareilles matières? Les adversaires du saint-siége seraieul les seuls à triompher dé sa réserve; ils De manqueraient pas de la dénoncer comme un a^eu humiliant dlndifEérence et d'impuissance.

Dans un sujet qui a donné lieu à des préventions encore si vivaces , nous sommes heureux de pouvoir invoquer le témoignage d'un écrivain dont personne ne contestera la haute expérience et Tesprit toinemment libérai.

a Toujours I dit M, de Rémnsat ^ il restm dans la vie des sociétés telles choses quedes guerres injustes, que des lois iniques, des actes d'usurpation ou d*oppre8sion* Or la religion^ oui ou non^ la morale religieuse du moins, a-t-elle un avis sur ces choses? Ët si elle a un avis, est-il possible et digne que rËglise se taise? Doit-elle se soumettre docilement à l'iniquité puissante, et sur la terre, sera-t«ette sans conscience? Jamais Topinion des uations catholiques ne Ta fait descendre si has. Que serait le sacerdoce , si lui qui règne par la parole , il devait, toutes les lois que la société est eu question, se condamner au silence ?••. Ce n'est point là, ajoute avec énergie M. de Rémusat, l'eiemple laissé

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