‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 12 sur 125 · Quodl.. IX. Cf. XIV, f · texte numérisé non relu

Quodl.. IX. Cf. XIV, f

2. Ibid.y ï" 109 : c; rfM-!i''<imf' fli'inonslrari polcst :\noâ nnimn «il forma et aclus corporis, et eliam por conseqnens sei nmlum corpora piurifirabilis : qiinrnm (rationum' una principalis osi, i\uo(\ in nobis experimur actiim intolligendi. Actus autem nulli conveial nisi a forma cul debetur, aul quia ipse est ipsa forma, aut quia forma eat aiiquid ejua »

46 PREMIËRS DÉTELOPPEKENTS DE LA DOCTRINE

ser plusieurs formes InteUectuelleSi plusieurs entendements ; donc l'entendement n'est pas unique; chacun de nous a le sieu; chacuu de nous est une personne.

Le docteur Solennel justifie ce surnom par une certaine cravité soutenue, je dirai iiKinc par l'élévation de sa pensée et de son st^le. Mais il n'avait pas la même étendue de savoir que saint Thomas, Albert le Grand et Duns Scot. Son principal ouvrai^e, sa Somme de Théologie^ ne comprend que la partie iiicta{)liysique de la science; encore ne va-t-il pas au-delà du dogme de la Trinité; il laisse par conséquent en dehors, non- seulement la pai'tie pratique, mais la psychologie tout entière. Les Questions Quodlibéliques sont tout aussi incomplètes; la politique et la morale ny sont représentées que par de rares et maigres discussions qui roulent en général sur des points d*une importance très-secondaire, et laissent dans Tombre les sublimes problèmes de la desliuce et des devoirs de l'homme, si curieusement analysés par saint Thomas. Ces lacunes de la doctrine de Henri de Gand ont nui à la durée de TinUueuce qu'il semblait appelé à exercer. Bien qu*il soit toujours cité avec honneur, et que son adversaire habituel, Duns Scot, respecte en lui, tout en le combattant, une des lumières de la àcholastique, il est un peu resté dans Tisolement, comme tous ceux qui n^ont pas eui à propremmi parler, d'école^

DE SAINT lUOMAS D'ÂQUIN

L^eiemple de HeDri de Gand nous montre qué la

doctrine de saint Thomas, malgré réclalante renommée du docteur Angélique, ne fut point accueillie sans résistance par ses contemporains. Nonseulement il eut pour adversaires les partisans de TayelTOïsmey ces cui'ants perdus de la scbolastiquoi précurseurs du scepticisme et de l'impiété modernes^ qui semaient leurs erreurs dans Tombre, et auxquels il avait porté de si rudes coups ; mais il trouva des contradicteurs jusque dans les' sphères officielles de l'Université et du clergé. Le point de dissidence le piuâ iortemcnt accusé était la théorie de Tindividuaiionqui avait pris jians les controverses scholastiques la place occupée autrefois par le problème des universaux. Que la matière iïït le principe de 1 individuation^ on consentait à Tadmettre sur la foi d'Aristote; mais quand la doctrine était ponssée par ses détenseurs eux-mêmes à sa dernière conséquence, lol«qu*ils prétendaient que la matière étant ce qui distÎDgue les individus d*une même espèce, la distinction spécifique était la seule possible pour les choses immatérielles^ et qu^ainsi, dans une même espèce, Dîea ne pouvait pas créer deux esprits, deux anges, un cri s'élevait contre ce paradoxe qui semblait attentatoire à la puissance infinie du créateur^ et toute Tantorité de saint Thomas ne snt&sait pas i

48 PhËMIERS DÉVELOPPEMENTS DE LA DOCTAINE

le prolégep contre le soupçon elle reproche d'hérésie. Vainement il était soutenu par les personnages les plas respectés dans TÉglise, comme Albert le Grand, qui dans sa vieillesse accourvitt dit-on ^ de Cologne à Paris, pour défendre son disciple; vainement la théorie de 1 mdividuation était reprise en sousHSUvre et fortifiée d^arguments nouveaux par Gilles de Rome : ces efforts opiniâtres ne servaient qu'à rendre la lutte plus éclatante. Elle occupa si vivement les esprits, que Tautorité ecclésiastique crut devoir intervenir. Au commencement de Tannée 1276, une assemblée de théologiens ayant eu lieu à Paris pour la recherche des erreurs qui circulaient dans TUniversité, la question fut débattue, et on condamna solennellement les trois propositions suivantes : 1** que Dieu ne peut créer plusieurs individus de la même espèce» indépendamment de la matière; 2® que la matière est le principe de la division et de la multiplication des formes ; 3* que les purs esprits étant dépouillés de tout élément matériel, Dieu ne peut en créer plusieurs de la même espèce*. Afin que personne ne pût se

1. D'ArgenIré, CoUict* juiiciorum de nov. Error.^ t. I, p. 175 et sqq., J'emprunte à Henri de Gand un passage peu connu, et qui se réfère à cette condamnation, QuodHb., II, q. vm, p. 55 T* : « Unfle et inler erronées articulos noper ab episcopo Parisienaiuin damnata est illa pontio. Unos enim itlorum articuloram dicit sic : Qood Deus non possit multiplicare plura indîvidiîa sub una specie sine materîa. BiTOr. Aliiis vero dicit sic : Quod formae non accipiunt divistonem, nisi secundum materiam. Error, nisi intolligatur de formis eductis de potentia maleriie. Tortius didt sic : Quod quia inteIIiL;ontirp non h;il>ont mateham, Deus non possetplures ejnsdem speciei facere. Error. »

méprendre sur ronginc de ces piu^iositions et sur le théologien que l'assemblée avait eu en vue, le texte de la seotence promulguée par Févèque de Paris, Étienne Tempier, portait ces mots ; Contra fratrem Thotnam *.

Les tliéologieDs .d'Oxford s'étaient réunis à Texemple de ceux de Paris, sous la présidence de Tarchevêque de Cantorbéry, Robert kilwardeby, pour examiner les erreurs contraires à la foi et aux mœurs. Leur décision publiée quelques jours seulement après la lettre pastorale d'Etienne Tempier n'était pas moins contraire au docteur Angélique. Non-seulement ils rejetaient sa thèse sur l'individuation ; mais \h se prononçaient aussi contre l'unité de la forme substantielle chez rhomme, et il faut bien que ce dernier point les ait vivement émus, car le successeur de Robert Kilwardeby à rarcheveelié de Cantorbéry y revint quelques années après, et condamna de nouveau l'opinion de saint Thomas

Ce jugement de dcu& assemblées, qui comptaient

1. Ces derniors mots ne se trourent pas dans trois manuscrits de Sorbonnecollationnés jtor D'Argentré, lUtf., p. 191. Rubeis (D. Thomfi, 0pp., t. XI, adm. prsev., p. 9), pense qu*ils ont ^té ajoutés par une main ennemie» et qae la sentence d'Êtienne Tempier

ne portait paâ contre saint Thomas; mais tous les doutes me paraissent tomber devant le lémoi^Miage de GeotTroy des Fontaines, qui reproche précisément à l'évêque de P;iris d'avoir condamné le docteur Angélique. Voy. à ce sujet Script. Ord. Pr.rJic. . 1. 1. p. 296: D*Ar;3;entré, t6tVi., p. 214 et sqq. et le chapitre lu (le cette partie de notre ouvrage.

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