D'Argentré, ibid., p. 185 et sqq.; p. 201 et sqq
Il «
50 PREVIERS DÉVFXOPPEMENTS DE LA DOGTRIfŒ
parmi leurs membres des Ibéologiens consommés, eut un longreteDtissementdans lesuniTer&itéschrédennes. Nous touclions à l'époque où la philosophie du ducleur Angélique eut à soutenir les plus rudes assauts, et se trouva le plus sérieusement menacée, pareille à un pouvoir d'origine récente, que ses rivaux pressent de toutes parts.
Ce qu'il y eut de remarquable» c^est que le prélat qui présidait rassemblée d*Oxford appartenait à l'ordre de Saint-Dominique. Robert Kilvvardehy, Anglais de naissance^ avait étudié dans TUniversité de Paris, et enseigné aux écoles d*Oxford. Il est cité dans les actes du chapitre général des Dominicains qui se tint à Montpellieri en 1271, comme un grand maître en théologie, uiaymu in theologia magister; mais les lettres humaines ne Tavaicnt pas moins attiré que la science divine; car nous connaissons les titres de trente-neuf traités qu'il avait écrits sur les matières philosophitjues. On y remarque plusieurs commentaires sur Arislote et un ouvrage sur lorigine, ou plutôt comme il est intitulé dans d'autres manuscrits, sur la division des sciences, de Divisione scient tiarum. Les bibliothèques d'Angleterre et la bibliothèque de Florence possèdent une lettre de Robert coutre les articles condanmés à Oxlbrd ; elle est adressée à Guillaume de Meerbecke, archevêque de Gorinthe, celui-là même à qui le xiu* siècle a dû des traductions latines de plusieurs ouvrages importants de Tantiquite grecque. Son titre porte à penser que
l'opposition de Robert à la doctrine de saint Thomas lui a^vait attiré le blâme de Guillaume. Quoi qo*il en
soit de la vérité de cette conjecture éûiise par Écbard, il est constant que Texemple de Robert porta ses fruits, et que les universités anglaises virent s*é- * lever, même parmi les Frères prêcheurs , un parti puissant contre le docteur Angélique'. '
Les supérieurs des Dominicains n'eurent pas de peine à reconnaître le grave préjudice que de semblables dissensions pouvaient porter aux intérêts de la société et à son honneur, et» sans se laisser intimider par les difficultés de la lutte, ils résolurent de cou()er le mal dans sa racine. Le chapitre général assemblé en 1278 à Milan, chargea en toute bâte les frères Raymond de Meuillon et Jean de Yigorosi d'aller en Angleterre pour y faire une enquête sur la conduite des membres de Tordre qui étaient accusés de mal parler de saint Thomas. Raymond et Jean avaient pleins pouvoirs pour sévir contre les coupablesy pour les faire sortir de la province et les priver de leurs offices. R était enjoint aux prieurs d*obéir à leurs réquisitions, et de leur donner les coopérateurs qu'ils auraient désignés comme étant les plus capables de les seconder*. Le succès couronna cette
1. Snr la vie et les ouvrages de Robert Kilwardeby. Voy. Êehard, Script, Ord, Prmdie.^ 1. 1, p. 374 et sqq.; Ondiiii De Script» Eeolé^ ttott., t. Ht, col. 473 et sqq.; HatiréaQ, De la PMofOfAtè acAotoa*
Uqmy t. II, p. 242 et suiv.
2. ScHpt. Ord, Prwdie,, t. I, p. 435; Biit. UU, de la Prancê, t. XX, p. 253.
Ht PREMIERS DÉVELOPPEKBNTS DE LA ROCTRIfffi
uusisiuu qui n'était pas suus difliculté; mais Tioquiète sévérité ^ui l'avait conseillée n'en fut pas ralentie, et dès Tannée suivante, le chapitre qui se tint à Parisdéolara que « le vénérable frère Thomas d'Aquin, ' d'heureuse mémoire, ayant fait beaucoupd honneur à - Tordre par la sainteté de sa vie et par ses ouvrages, il était juste de ne point souffrir i]uc l'un parlât de lui OU de ses écrits d'une manière peu respectueuse^ même en pensant autrement que lui. » Ën conséquence, le chapitre ordonna aux prieurs provinciaux ou conventuels y à leurs vicaires et à tous les visiteurs, de punir sévèrement les frères qu'ils auraient trouvés coupables de pareille faute.'. En ^280, les mêmes défenses furent renouvelées et aggravées. On imposa aux membres de la Société Tobligation rigoureuse de consacrer leurs efforts à soutenir la doctrine de saint lliomas, et à la répandre. Les dissidents encouraient, sans préjudice de peines plus sévères, la suspension immédiate de toute fonction ^ suspension dont ils ne pouvaient ôtre relevés que par le supérieur de Tordre ou le chapitre général'.
G^est à' ce prix que , dès la fin du xiii* siècle, la
doctrine dv saïut I honias, qui comptait déjà de si fervents adeptes cliez les Dominicains, a conquis une prépondérance définitive , et est devenue la doctrine
avouée et incontestée de Tordre, dans tous les pays