‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 16 sur 125 · ffnd.t p. 193 et sqq · texte numérisé non relu

ffnd.t p. 193 et sqq

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peut-être dissipera ces obscurités'. Au moyen âge, de pareils recours à la révélation divine n'avaient rien d'extraordinaire. lorsque la chrétienté retentissait du bruit des merveilles qui s opéraient à la voix des saints 9 comment le sage, dans la sincérité de sa foi , n'aurait-il pas imploré et espéré un miracle pour résoudre ses incertitudes et pour calmer sa raison troublée? Nous-mêmes quand notre esprit s embarrasse dans les détours d*une question, nous en appelons à lavenir; nous pensons que, nos descendants plus habiles ou plus heureux que nous trouveront le fil qui nous a échappé , et joueront avec les difficultés qui nous paraissent aujourd'hui insolubles.

Malgré son peu de valeur scientiûque, l'ouvrage de Gmllaume de Lamarre était de nature à encourager la résistance contre saint Thomas, soit par les questions qu'il soulevait, soit par ce grand nombre de propositions litigieuses extraites des ouvrages du docteur Angélique, et offertes en (Quelque sorte à la censure de ses adversaires. Aussi, un écrivain ecclésiaatique, Noël Alexandre, a dit avec raison en parlant de Guillaume qu'il était le porte-éten-

t. ^efttmr*^ p. SSS : c Ecce coram Deo qois non mentior, si scirem argumenta qn» hoc ostandont dîMolvere, nt quaeomqua cradebam, responuonam par aiogula posuûaenL Sad eicot nihil pertioacilBr affiriDO, ne sim prsBâUDiptuosua, meam racognoacena inapoieii* tiam vt'l ignorantiaoi, nîbil reepondeo ad argumenta prsBdicta, no ficta el iaUia dicere cogar, Forean docebit nos respondcre vel alius aliqais cai Dominas iatam veritatem Incidius voioerit revelare. >

ET LËS FRAïUiSGAINS. 67

dard dea antiUiomistes , aniesignafftm antUfumis' tarumé

A côté de Guillaume de Lamarrei il faut uammer Guillaume Warron \ ainai appelé» suivant quelques auteurs, parce qu'il était né dans la petite Tille de

W ou uu de Ware, située à vingt milles de Londres. L*annéede sa naissance et celle de sa mort nous sont également inconnues; nous savons seulement que

l'époque la plus brillaute de son enseiixiiement s'étend de 1270 à 1290. il avait l'ait ses premières études i Oxford, et avait pris dans cette ville l'habit de francisCcUii. l^arveuu à TàtiC mûr, le désir de s'instruire, ou plutôt r ambition de développer ses taients sur uu plus grand théâtre, l'engagèrent à quitter!' Angleterre et à venir prendre part aux luttes scholastiques de rUniversité de Paris. Il se fit remarquer par de ai solides qualités qu'il reçut le 8unv>m de docteur Fondé, docior FundattM, On cite parmi ses ouvrages un Commentaire sur le Maître des sentences^ dont il existe quelques copies manuscrites, mais qui n*a pas été imprimé. Toutefois, nous pouvons juger de ses opinions par celles de Duus Scot qui fut sou disciple, et qui, au témoignage d^ historiens, lui iit de larges emprunts dans ses controverses avec les disciples de saint Tlioiuas. Scot lui-même ne rherclic pas à cacher l'estime qu'il professait pour les talents et la doctrine

1. Ottdin, De Scripter, Eeclemst., t. III, col. 567; F.ibricios, BiH* nui, inf» lAt., i. m, p. 171i Hittowt UU* de la France^ i. XXI, p. ia7.

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de son maître; car^ dans plusieurs passages^ il invoque son autorilé et le cile avec éloge. Nous avons un autre témoignage assez curieux des rapports qui ont existé entre Guillaume Warron et le docteur Subtil ; c*est une note qui se litsait dans un manuscrit de U bibliothèque de Cambridge à la suite du Comuieutaire de Scot sur Pierre Lombard» et qui précédait un court sommaire de cet ouvrage : u Summaria reca- « pitulatio totius quarti Ubri subtilissimi doctoris (V Bumpta ex collectario magistri Guillelmi Yarhlionis « de ordine Fratrum Minorum. »

Laissons doue Guillaume Warrou dont le temps a dispersé les écrits, et occupons-nous de son disciple; pour apprécier la doctrine franciscaine, étudions-la dans les ouvrages de l'humnie célèbre qui la rcsuiuo tout entière ; et dont l'autorité balança longtemps celle de saint Thomas^ sans toutefois l'égaler.

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Duns Scot est né vers le milieu du xiir siècle, mais ùn ne possède pas de renseignements exacts sur le lieu ni sur l'époque de sa naissance. Quelques biographes, entre autres Labbe, lui donnent pour patrie le village de Duns, situé en Écosse à huit milles de la frontière d'Angleterre. Lucas Wading, qui a publié la collection de ses œuvres, le croit Irlandais, Fabricius incline au contraire vers Tupiuiou déjà soutenue par Baie, Cawbden et Warton»

ET LES 7RARCISCAINS» 69

qui le font naître a DunstoOi dans le Norlbumberland.

DuDS Scot, entré Jeune encore ches les Franciscains, fut envové à Oxford où il fit ses études au coll^e de Merton. Trithème* a commis un anachronisme en le citant parmi les disciples d'Alexandre de Haies, mort dès 1245. Le seul de ses maîtres qui ait laissé un nom est Guillaume Warron. Lorsque Guillaume vint occuper une chaire dans rUniyersit^ de Pftris» DunsScot fut choisi pour lui succéder, et, s'il faut en croire une ancienne tradition, des milliers d'auditeurs accoururent pour Fentendre. G*était renou* Teler les éclatants succès de renseignement d*Abélard. Les supérieurs de rillustre franciscain jugèrent que ses talents seraient plus utilement employés sur un théâtre plus vaste que les écoles d'Oxford, et ils renvoyèrent à TUniversité de Paris pour y soutenir rhonneur et les intérêts de son ordre. On raconte que dans sa première jeunesse, affligé de la lenteur de ses proiirès diuis les lettres, Duns Scot fit vœu de se consacrer à la gloire de la vierge Marie, si elle obtenait que ses efforts fussent bénis de Dieu et couronnés de succès. Parvenu à la science et à la renommée, Scot se rappela son vœu, et pour s'y montrer fidèle, il soutint des thèses en laveur de la Gonception immaculée de la Vierge, pieuse croyance qui tendait à pénétrer dans renseignement des Écoles, en utten-

1 . De Script. Eccles.t cdp. oxvj. Cet anachronisme a été savaroment * ivWé dm YHhtùSfê UttiniM dê Ut Fr«io»» t. XVin, p. 315.

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dant qu*elle fût proclamée comme un dogme. Au milieu même de ses triomphes, Duns Scot quitta Paris pour des motiib qui ne sont pas bien connus, et

il alla enseigner à Cologne. Mais à peine arrivé flans cette ville depuis un an , il y moUmt éti 1308, âgé, selon les uns, de trente-quatre aiis, selon les autres, de quarante -cinq, et suivant une dernière opinion de soixante-trois ans* 11 fut inhumé dans le couvent des Flrères MiiliBurs, où par la suite on lui éleva uh tombeau autour duquel étaient sculptées les figures de quinze docteurs ou pontifes, la plupart ayant appar* tenu à Tordue de Saint-François; del*nier hommage au maître éminent qui fut la plus grande lumière philosophique de sa communauté

Les œuvres de Duns Scot se composent de €om~ meniaim sur le MaHre des sentences et sur quelques traités d^Aristote, de Questions quodlibéliques, de Conelusions et Quesiiom métaphysiques^ de Quesltans sur la logique et d*un certain nothbre d'opuscules dbnt une

1. \of, la description do oe tombeau au premier volume, p. SI, de rédilioD des OËavree de Scoi donnée par Lucas Wadiog, Lyon» 1639, en 12 vol. in-fol ToicI te plan et le contenu de cette édition; 1. 1 : Vie de Bcol buItio de lémoignagea sur son génie etaa doclrine. Grammaire spéculative faussement attribuée à Albert de Saxo, Questions sur la logique ; t. U : Commentaires sur la physiqito d'Arislole, dont WudiDg conteste )*àulhentici(é, Questions BUr le Traité de TAme; t. Ill : Divers opuscules do philosophie; l. IV : Commentaires sur la physique, Conclusions et Questions métaphysiques; t. V à X : Commentaires sur le Maître dt s Scntonrrs; t. XI : Abrépi^ (\c<. Coinmentaires [)i êcé(Jenfs smis li- tilre (K' Ilf'i.oriala Parisiensia ; t. XII : Questions tiaudhheliiiues. Waiiiug a joint à tous ces ouvraijes des noies étendues empruntée» à divers auteurs.

partie sont perdus ou inédits. A considérer les titres seuls de ses ouviratges, il est manifeste queDunsScot ii*a laissé aucun monument compàtrable à la Somme de Théologie de saint llioiiias, et que, loin d'égaler les vues si larges et si élevées du docteur Angélique, sa doctHne doit valoir beaucoup moiUs par Tensemble que par les détails. En effet, la qualité éminente de Scot, c est la sagacité qui reconnaît les différents aspects d'une question, qui échappe aux difficultés eu les divisant, qui pousse, quand il le faut, la division à ses dernières iiiuites, et qui cblouit l'adversaire étonné par l'inépuisable variété des distinctions. Cet art de la icontroverse, porté chez Scot au plus haut degré, avait frappé tous ses contemporains et lui a mérité le surnom de docteur Subtil, que k (H)8térité a confirmé. II n'avait pas cette puissance d'invention <|Ue suppose tout grand système; mais il excellait à découvrir les côtés défectueux des systèmes d autrui* Ni Tancienneté des doctrines, ni la faveur dont elles jouissaient n'enchaînaient sa critique impitoyable. 11 redrlBSsait Terreur partout où il Tapercevait, dans les plus minces détails aussi bien que sur les points essentiels. Quand on considère ce iirand nombre d'opinions fausses oU simplement inexactes qu'il s est appliqué àinsi à relever, ses ouvrages se présentent comme la révision, et pour ainsi dire le correctif minutieux de la piiiioâuphie du xiii' siècle.

Ce caractère particulier du génie et de la méthode de Dunè Sisot éclate déjà datts sa doctrine sur les

rapports de la raison et de la foi< La raison peut-elle

se siiHire à elle-même? Ne doit-elle pas, pour connaître la vérité divine, être soutenue et éclairée d'en haut? Sur cette question capitale^ Scot ne pouvait hésiter; il aurait abjuré le christianisme sMl n*ayait pas hautement reconnu avec tous les théologiens rimperfection de la nature» la nécessité de la grâce. Il est donc au fond d*accord ayec saint Thomas; cependant il le contredit et il le redresse sur les points de détails. Ainsi, pour nous borner à un exemple, nous avons cité ailleurs ce beau passage de la Somme contre les CenltU, dans lequel saint Thomas fait voir que le philosophe et le théologien démontrent les mêmes vérités par des procédés divers, à peu près comme l'astronome et le physicien démontrent le mouvement de la terre chacun à sa manière^ l'un au moyen du calcul, et l'autre par des expériences* Que fait Scot? Il parait craindre qu'un adversaire de la foi n'infère de là que la philosophie suillt à 1 homme, que la théologie n*est pas nécessaire, et, par un scrupule excessif, il critique la proposition de saint Tho*mas, prise dans un sens absolu, comme étant fausse en elle-même et dangereuse pour la religion.

Avec moins de subtilité, et par de meilleurs motifs, Scot s'élève contre ropiuion si répandue au mu^ea âge, qui subordonne toutes les sciences à la théo« logie. (c Qu*a de commun, demande-t-il, la science

1. Comm. in Sentent., I, Prol., q. i, p. 33 : c Si de cognoscibilibnt in tbeologia est posûbilis tradi oogDitio in aliis scieotiît» licet

divine avec tes mathématiques, par exemple? Sans doute, à la lumière du Verbe, la notion des lignes et

des figures géométriques peut deveoir plus claire pour riotelligence; mais par elle-même elle est évidente , et elle existe en nous naturellement.* lîeB sciences huniaiiK s n'empruntent donc pas leurs principes à la théologie; mais elles peuvent se ramener à des vérités premières qui sont immédiatement connues de la raison »

Quand Duns Scot pénètre au cœur de la métaphysique» c'est alors surtout qu'il déploie avec une véritable profusion les ressources de son esprit pénétrant. Comparez sa discussion des preuves de Texisteace de Dieu et celle qui se trouve dans les ouvrages de saint Thomas : je n liésite pas à dire qu'il l'emporte sur le docteur Angélique par la richesse et par le lien systé* matique des aperçus. Tous deux tombent d'accord . que Dieu se démontre par ses ouvrages, et que l'argument de saint Anselme cache un paralogisme. Biais tandis que saint Thomas se borne à exposer cinq moyens de preuves tirés des créatures, et tous empruntés plus ou moins au SlagiritCi Scot suit une marche plus savante. Il commence par établir que dans la série des causes efficientes, dans celle des

10 alio himiae, ergo non eti de eis Becessaria cognilio Uieologica. >

1. Comm. in Sent.y Prol., q. iv, 0pp., t. V, p. 10*^: « Nullaaiia «cientta acci[)it priocipia ab ipsa (theologia). Nam qmelibet atia in génère eoi;niiionis natnralis habet resolutiooem smin ulUmo ad aliqua principa immadiaia naiuraliter nota. »

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causes finale» et dans Tordre de la perfection, il existe

nécessairement un premier lernio au delà duquel la pensée ne peut en concevoir un autre. Il montre ensuite que ce premier terme doit être infini. Soit ooinme cause efficiente, soit comme cause finale, soiL parcequ'il conçoit et entend tout ce qui est intelligible, soit enfin parce qu'il estsouTerainement fiarfait^N*; a-t*il pas dans celte manière d'exposer et d'enchaîner les dilTérentes parties de la démonstration como^c une image anticipée de quelques essais modernes de théodicée parmi lesquels je distingue le célèbre et savant travail de Samuel Clarke?

La discussion sur Tunité de Dieu n*est pas Inoins remarquable chez Scot. Il n*hésite pas à placer ce dogme capital parmi les vérités accessibles à l'intelligence humaine, et il invoque à Tappui sept argu-* ments très-solides tirés de Fentendement, de la volonté, de la bonté et de la puissance infinies, de la définition de Tétre infini et de Têtre nécessaire, et, enfin, de la notion de la toute-puissance *.

Ailleurs, Scot examine quels sont les rapports des attributs divins, s'ils se confondent au sein de Tessence' divine, ou sMls sont distincts formellement. Sur ce point, il engage une lutte ouverte avec buint

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