Sentmt., U, diit
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commeut peut-elle être conçue eu tant que 8implemeot possible, sinon sous la raison d'universalité ? L'essence, à le lut desimpie possibilité léuuirait aiusi deux uttribuls coutradictoires ; elle serait à la fols générale -et individuelle , conclusion inadmissible. Une autre conséquence du norainalisme, habilement développée par Scoi, c est que uuUe essence ne pour* laii appartenir à plusieurs sujets, si Tessence prise en spi était nécessairement individuelle : riuiniauité ne pourrait pas ^e ti'ouver à la fois chez Pierre et chez Paul; cette pierre que j'ai dans les mains serait à elle seule toute pierre; chaque individu épuiserait sa propre essence ; il n'y aurait nigeurcy ai espèce au monde ^ Donc il n'est pas vrai que le propre caractère de l'essence est d'être partienlière ; le nominalisme qui le 60ulienL se méprend; il ne voit pas que sous l'unité numérique, attribut de l'existence individuelle, se cache Punité antérieure de Pessence.
Puisque le nominalisme a tort , il semble que le réalisme doit avoir raison^ et qu'on peut reconnaître avec lui la réalité des genres et des espèces, ou, ce qui revient au même, déclarer les essences universelles; mais knn d'admettre cette nouvelle solution, Scot la repousse avec autant de vigueur que la doctrine opposée.
1. StnL II, q. I, Opp*» i. Yli p. 334 ; c Quklqaid iaeet alicui ex natora sua per se inest ei in quocu nique; ergo si natura Japidis de se est hiec, in qQOcamciQe est iapidis natora, ista natura essei bic lapis. * ^
Scot élève coatre le réalisme trois objections qui avaient déjà figuré, sous une forme un peu différente
dans la polémique, entre Abtlard et Guillaume de Cbampeaux : 1"* l'universel est pour rintelligeuce un objet numériquement un, connu par une opération de l'esprit numériquement une; de sorte (jue (ians 1 iiypothèse du réalisme, Tintelligence qui attribue Tuuiversel à plusieurs sujets attribue par là comme prédicat, à ces sujets, une même chose dont la conception se trouve répétée plusieurs fois. Or, il oe se peut pas que cela même qui est dans un sujet se retrouve dans un autre, et coexiste ainsi dans plusieurs ; 2 une chose ne peut faire partie d'une autre ni en être comme le fond et le sujet, sans que celle-ci ne participe à tous les caractères' de celle-là; donc si rhomme, en tant qu'universel, existe dans Socrate, Socrate participe à Tuniversalité, et nonseulement Socrate, mais tous les individus de Tespèce humaine ; on a autant d'universaux que d*étres particuliers, ce qui est absurde; 3" si Ton admettait l'hypothèse du réalisme, il s^ensuivrait que le sens aurait pour objet Tuniversel, puisqu'il a pour objet des existences dont Tuniversel, aux termes de l'bypothèse, fait partie essentielle ^
Remarquons le point où Scot se sépare du réalisme ; c'est lorsqu'il s'agit de la réalité des universaux considérés comme des natures auxquelles il ne répugne
l.Opp., t.IY,p. 722.
pas d'exister dans plusieurs sujets ; mais quant à Tesprit général et à toute la tradition de l'école réaliste, Scot s*y rattache par deux côtés très-importants ; d*abord il se pose, connue nous l'avoiis vu, en adversaire décidé du nomiualisme; il uie de la manière la plus positiTe que le caractère propre de Tei^sence soit d'être individuelle. Le réalisme, sous ce rapport, n'est pas allé plus loin, et tous les ar{j;u« ments qu*il a fait valoir sont passés dans les ouvrages du docteur franciscain, qui les a mis en œuvre avec beaucoup d'art et de bonheur. Secondement, Scot n'hésite pas à reconnaître au sein des choses la présence d*un élément général essentiel qui se dts<> tingue à la lois des individus eux-iaCuies et de l'entendement qui abstrait leurs rapports. Comment Tentendement pourrait-îl concevoir le général, si le général n'existait pas? La pensée ii entre en exercice que lorsqu'elle a reçu 1 éveil de la vérité. Le nonêtre n'a pas d'action sur elle, et ne saurait la mou* voir. Ajoutez (|ue, si les univcrsaux étaient une simple fiction de 1 intelligence, toute proposition qui les attribuerait aux choses réelles serait radicaleiiK iit laiissc ; ils ne seraient pas l'objet légitime de la deiinilion j la métaphysique ne serait pas distincte de la logique; que dis-je? la logique serait toute la science.
Scot est donc bien près du réalisme ; il en est plus près que saint Thomas, quoique, dans cette voie, il ne s'avance pas aussi loin que Guillaume de Cham-
8t SAINT THQUAS D'AQUIN
peaux, saint Anselme et Platon. Ën détournant de
leur sens naturel certains passages de ses écrits dans lesquels il se défend d adinettre ce qu'on a depuis appelé Tuniversel à parie reij c'est-à-dire de séparer des objets individuels les genres et les espèces, un historien anu du paradoxe le ierail aisément passer, contre le sentimeot général , pour un partisan du conceptualisme; niais nous nous sentons peu de goût pour de pai'eiUes surprises, et quand unç opixiiou a pour elle la consécration des siècles, nous croyons plus sage d'en étudier les motifs que de la combattre. On a pu \oir par l analyse qui précède, si les formules du conc^tualisme expriment fidèlement la doctrine de Duos Scot, en d'autres termes, s'il a fait dépendre la vérité des conceptions de l'inlelligence humaine. i.oiu d avoir commis cette erreur capitale, il a au contraire maintenu fortement la distinction de I.L i^cnséc et de l'être, de la conuaissanee et de la réalité, et de toutes les opinions enseignées au xni'' siècle, sa doctrine est assurément celle qui s'éloigne le plus des conclusions d'Abélard.
Mais si les clioses no sont par elle^-mémes ni particulières, ni générales, que sont-elles donc? Qu'est-ce encore une fois que l'individu? Par quelle mystérieuse propriété la main divine a-t-elie distingué chaque objet des autres objets de la même espèce?
Le principe de riudividuadon, demande Scot, no serait-il pas purement négatif ^ Uu'est-ce que 1 indi-
ET LES FAANCIâCÂiNS. 83
vîda? Ce qui en soi est un et différent de tout autre. Deux choses consUtueut doue rindividuel, la nonexistence de parties par rapport à soi-même; la non* identité par rapport aux autres; en un mot deux né-
j^alioQS , négatioQ de la piuiaiité à l'égard de sa propre nature; négation de l'identité à Tégard du reste des objels. Scot n'a pas de peine à établir que cette explication prétond ue,"qui avait été proposée au xiii^ siècle, n'explique rien et qu elle se résout en une pétition de principe. En effet , il ne s'agit pas de prouver que rcxistencc individuelle exclut loule confusion et tout partage , toute idée de division et de pluralité ; il s'agit de savoir comment et pourquoi elle a ces caractères*. L'hypothèse est si loin d'éclaircir la difficulté I qu'elle ne donne aucun moyen de distinguer une chose d'une autre. Cette double négation qu'elle signale, se rencontrant au même degré dans tous les objets, ne peut servir à les caractériser. Platon sous ce rapport n'a rien à envier à Socrate; comme lui il est un, çomme lui il se sépare du reste des hommes*. La vraie raison de leur différence doit évidemment être cherchée ailleursi que
1. Sent., U, disl. 3, q. ii, p. Zlk : c Quia in entibus edtaliquid indivisihile in partes stibjoctivas, hoc est cul foriniiliter ropugnat dividi in p!iiru quorum quodlibet sit ipsum, qusBrilur non quo formalilo.r illi'd sibi répugnai, quia sic rcp.ignnntia formaliter sibi repagT^at , sed quo ul fundamento proximo et ialriuseco, ista repugnanlia iusiL i^li. >
2. Jbiil.. p. 375: « Similiter cpuLMO unde nesatio sit hxc, cûin sit ejuideiii raùaiiis m i&lo cl in illo? Nam iicul in Socrate est duplex negatio opposita illi qnae est in Plalooe ; ita in Platone est negatio
fik SAINT THOMAS D AQUIN
dan» ce trait commun qui appartient également
à tous deux ainsi qu*à tous les objets de l'univers.
Mais peut-être que le principe de l'individuation n'est autre que Texistenee actuelle, comme le voulait
Uenn de Gaud? Dans ce cas, la nature humaine tomberait soub les conditions de l'individualité, dès qu'elle se réaliserait; universelle à Tétat de simple virtualité, l'acte, en la déterminant, la rendrait particulière. Scot répond que reiistence même actuelle est ce qu'il y a au monde de plus vague et de plus général ; que par conséqueut elle ne saurait déterminer l'essence ; que loin de là c'est à Tessence qu'elle emprunte le principe de sa propre détermina* tion; (ju'enlin prise en soi, étant une et identique à elle-même dans toutes les ciioses qui existent, elle ne peut servir à distinguer et à qualifier les indi* vidus '.
Cest après avoir soumis (quelques-unes des doctrines contemporaines à cette critique pénétrante que Duns Scot arrive à saint Thomas » et prend à partie son système.
Ne craignons pas de paraître nous répéter en rappelant brièvement la théorie du docteur Angélique.
duplieis ratioois : ande ergo Socrates est singularitbac unsularitale propria et determioata et non sîDgolaritaie Piatonist >
1. Sent,, p. 379 : c Hm exiatent^œ eo modo quo distingoitur sb esMessenlis non est ex se distincUininecdaleraiiiiatum...; igitur non déterminât aliquid aliud ... Exiàtentia, ut determioata et diatincia, pFBsap|)onU ordinem et distinctionem esaenlîarum. »
La matière tombant sous la loi de la quanuié, c'està-dire la matière divisée, est le principe qui détermiue la fonne, qui l'iadividualise. Lea individus d*une même espèce dififôrent les uns des autres , ils ont une vie propre, pourquoi? Parce que la forme une et identique qui se retroure chez tous -, est appliquée à des parties différentes de la matière.
Contre ces liypuilièseS|Scot accumule les objections que sa subtilité peut imaginer.
Ainsi, en premier lieu, il Fait observer que la quantité étant un accident qui peut varier, qui varie à tout iastanty il est étrange d'assigner un élément pareil pour principe à l'individualité; car que la quantité augmente ou diminue, qui ne voit que l'individualité qui s y trouve subordonnée, se tranformera en passant d*une première quantité à une seconde? Cependant c*est un fait constant , que la quantité d'une chose peut varier, qu'une table par exemple, peut être plus ou moins grande sans que sa nature en soit altérée*. Scot demande ensuite comment riiypothèse doit être entendue. Faut-il l'interpréter en ce sens que la forme se divise à mesure qu*elle se communique à des quantités de matière
différentes? Ce bcrait tomber dans une contradiction
1. Sen/., p. 383 : « Substanlia actu exislens, nuila substanliali mutatione foeta in ipia vel mutata, pokett ■inecontradlelione esse sab aiia et alia qaantitale, et quocumque accidente abaoluto ; ergo nnllo modo lait est lbrmaliter hisc sobalantia bac singnlaritate aipinaïa. »
8e SAINT THOMAS D AQUIN
inanifoste; car la forme, étant une rii soi, répugne naturellement à toute division. Admettra-t-on que la forme reste absolument la même , qu'elle ne souffre ni partage, ni altération, bien que la matière à laquelle elle s'unit tombe elle-même sous la loi de la quantité? Scot y voit dé graves inconvénients et en théologie, et en métaphysique, et eh philosophie naturelle. En théologie, car la propriété de Tesscuce divine est d'être une en soi et d'exister, sans se ditiser, en trois {Personnes distinctes; cette pro|)riété ineltabVe ne serait plus particulière à la divinité, mais commune à toutes les natures. Ën métaphysique: car cette essence qui se retrouve partout la même, qui ne se divise ni nes*allère, qu'est-ce après tout, sinon l'idée de Platon ou même quelque chose de pis ' ? En philô- Sophie naturelle: Thumattité serait tout entière dans Paul; l;i forme de la pierre dans ce caillou, et pendant toute la durée de la vie de Paul et de t'existence de ce caillou , l'humanité et la forme de là pierre édiapporaient à toute altération, quoi qii'ilan iv a it quels que lussent les changements qui eussent lieu ailleurs. La variété et le changement disparaîtraient de l'univers; lous les hommes scraii'itt nn seul homme; tous les entendements un seul eulendemeul; nous retombons dans Popinion détestable d'Averroès, illius matedicti Averrois^ dit énergiquemenl Duns Scot *.
1 . Sent, q. vi, p. ^105 : « Ponerelur id^a Platonis, vol plus ijuam idoa (]uam posuit Plalu. »