‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 19 sur 125 · id., ibid · texte numérisé non relu

id., ibid

Quand le docteur Subtil a atn»i cdnàbattu la théorie

doTïîÎTîicaine sous cette forme précise qu'elle avait reçue de saint Ibomas, et que Gilles de Home avait si nettetneUt accusée; il rettiou te jusqu'au principe même du système, jusqu'à cette opiniou qui paraissait autorisée par le propre exemple d'Aristote, à savoir que la matière prise en elle-même a la yertu de déter« miner et d*individualiser la forme. Il ne se borne pas à signaler l'insuffîsance avérée de cette explication en ce qui concerne les êtres immatériels; mais il la considère datis ses rapports aveë les objets sensibles. Il demande comment la matière qui est rindeterminé pur, serait pour ces objets un principe de distinction? lA matière qui est sons la fortne d'un individu peut être 8ÔU8 la ibrnie d'un autre ; donc elle n'est pas ce qui distingue ces deux individus, ce qui Mt qu'une chose est ce qu'elle est*. Dira-t<^n que la même ma* titre ne se trouve pas à la fois dans plusieurs individus, qu'elle ne s'y trouve que successivement, passant de l'un à Vautre? Mais cette réponse ne lève ' pas la difficulté; elle fait seulement intervenir dans la définition de Têtre un élément nouveau de ditle* rence, la simultanéité et la succession. Or la substance est ce qu'elle est, abstraction faite de la considération du temps. Lcà èlres mathématiques existent en dehors

1. OtMBtf. tfi Èielapk„ VII, q. XIII, 0pp., t. IV, p. 700 : c fiadem nlatoia iqtaffi eat éob fomia U'nius individo! tïoteèt esae sah forma alteriaft oondirtjpieitter. Ei^b non e&t illud quo disUn^gnuntiir duo tndividaa ei qno hoc eet hoc. > Cf. StnLy H, dist. 3, q. r.

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du temps et du mouvement; est-ce à dire qu'ils ne sont pas distincts les uns des autres

En résumé, suivant Scot, le principe de Findividualion n*est ni Texistence actuelle opposée à l'existence possible, comme le voulait Henri de Gand, ni une double négation de la pluralité par rapport à l'individu lui-même, et de l'ideiitito par rappoi L aux objets étraugers, comme d'autres maîtres l'avaient enseigné, ni surtout la matière divisée on non divisée, comme le prétendaient les thomistes. Qu'est-il donc, ce principe qui a échappé à la sagacité de tant de philosophes, la gloire de TÉcole? Scot aborde à son tour» et pour son propre compte, ce difficile problème; maïs, il faut le dire, ce docteur si exercé à la lutte, si habile à découvrir le côté faible des opinions rivales, succombe à la suite de ses adversaires devant la tache inextricable, impossible, qu'il a imprudemmeut acceptée.

Le principe de Texistence individuelle, selon Scot, est un élément distinct et positif qui pénètre et qui détermine l'essence de chaque chose ' . Scot en donne deux raisons : premièrement, Tunité qui appartient à l'individu est un efiPet qui doit avoir sa cause, et

l, Qumst, in Metaph,, ibid, : c Mathematica abatrahmit a motu et tempore; ibi noo esaent milita indÎTidua diatincfa simnl in eadem specie, euro non babeant materiam diBtinctamaiinul. >

^. Sënïent.t H, dîst. 3, q. vi, p. 407 : < Piœter naturam in hoc et in illo sunt aliqua primo divena quibua boc et iUud differunt, illud in illo et hoc in isto. Isla non pos^unt esse negatinnps, ner aliqua nccidentia; ergo erunt aliquac cntilates poùlivo} per m delerminanies naluram. Cf. Qusett. Metaph., YU» q.xm, 0pp., L IV, p. 702 et sqq.

ET LES IHANGISCAINS. S9

cette cause est oécessairemeut autre que l'unité gé- nérique de Tessence, pnisque ressence est autre que lindividu. Secondement, la diversité qui existe entre deux objets se résout en des diÛéreDces primordiales dont les éléments ne sont pas les mêmes pour tous les êtres; car autrement tous seraient semblables : d uù il suit que chaque objet possède une cerlaiae forme qui lui est propre, et par laquelle il diffère des autres objets*. Mais cette forme, quelle est-elle? Scot la nomme en mille endroits, mais il ne la défiait nulle part, et ses disciples ne l'ont pas plus que lui définie. Ne serait-ce pas qu'elle échappe à la définition ? Dans ce cas, In philosophie chercherait en vain à expliquer les conditions de l'eiistence mdividuelle, et la conséquence pratique de l'analyse opiniâtre que nous venons de résumer serait qu*il faut abandonner au plus tôt cette voie saus issue. Scot, et c est là sou mérite éminent, a posé la question plus nettement

1. Sentent., Il, d. 3, q. vi, p. 407 : « Sicut unitas in comnmiii per se consequitur enlitatem in commuai, ila quaBcumqoe imitas per se coosequiuir aliqaam eutilatem : ergp onitas simplicitcr, qualis est unitas individua.... consequitur per se aliqnam entilatem. — Item, omnis differentia diflérenlium reducitur ad aliqua primo di versa, alioquin non esset status in differeotibus; sed individua proprie differunt.... ergo eorom differentia reducitur ad aliqua primo diverse ; iila primo diversa non sunl natura in illo et nalura in isto.... Igilur praîter naturam in hoc et in illo sunt aliqua primo diversa quiba^ hoc et illud différant, illud in illo et hoc in islo. i Cf. Qaœsi. in }Jcta}>h., VIT, p. 705 : € In omnibus difTtTontibus oportel itivt niri' aliqua quibus ditTerunt..., et illa sunl ullima? rationes unitaiis (iu;« sic sunt indivi?ibilia, sicut differentia specifica in specie est causa tndivisibilitatis in species. »

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qu aucun autre maître de TÉcole: il l'a creusée avec plus de profondeur, il én a montré pluà habilémeut tous les aspects; mais il n'a pas résolu la difficulté, il n'a fait que la reculer, puisque, après avoir dit que le principe de Tindividuation était une forme réelle et positive, il n'a pas défini cette forme, et qu'il s'est euDtenté de cacher sa propre ignui'ance sous les mots ambitieux de substance et d'entité, trop fidèlement imités par ses successeurs. Nous essayerons d*éta« biir dans la dernière partie de cet ouvrage que Tindividualité est la forme nécessaire de Texistence. Tout ce qui existe, est et ne peut pas ne pas être déterminé et particulier, bien qu'il renferme des éléments semblables à ceux qui se trouvent chez d'autres êtres. Il se peut que te feit paraisse merveilleux; mais il est constant. Veut-on aller au delà , veut -on donner une autre définition de lexistence individuelle que cette existence elle-même , on ne trouve pas ce qu'on cherche, parce qu'on clierclic ce qui n'est pas.

Afin de reconnaître le terrain tout entier de la controverse qui éclata an xiv* siècle entre les disciples de saint Thomas et Técole franciscaine, il nous reste à exammer les opinions les plus saillantes de Duns Scot, en psychologie et en morale.

Nous avons entendu Guillaume de Lamarre contester l'unité de l ame envisagée comme la forme substantielle de l'homme, et soutenir, contre saint Thomas, que la nature humaine comprend plusieurs priDcipes ou essences pour ainsi dire superposées

ET LES FRANCISCAmS. 91

les unes aux autres. Duns Scot a repris en son propre nom cette périlleuse liypothèse, et il en a affronté les

diUîculU^s avec sa souplesse habituelle. Au moment du trépas, lorsque Tâme a quitté le corps, ne conserve-tp-il pas la forme qu'il avait durant la vie? Donc cette forme qui subsiste en un corps que Tâme a quitté est distincte de lâme ; donc Tàme n*est pas la seule forme que renferme la natâre humaine*. Tout être, avait dit saint Tboinas, est nécessairement un. Oui sans doute^ répond Scot ; mais autre chose est Tunité, autre chose la Simplicité. L*ètre ne cesse

pas d'ôtrc un, même en cossaut (rétro sim[>le. 11 v a plus, l'unité de la vie atteint précisément son degré le plus élevé dans les espèces animales dont rorj^nîsatîon est la plus complète. Ce n'est donc pas détruire l'unité de la nature humaine (jue d'y admettre line sorte de cbknpositioo résultant dû nombre des formes substantielles qu^elle renferme*. DUns Scot est-il allé jusqu'à reconnaître trois principes ?ic distincts : une âme végétative , une âme sénsitive^ et une ftme raisonnable? Le Commentaire sur le

1. Sentent,^ IV, dist. H, q. m, 0pp., t. Vllf, p. G53 ; <r Koi nia aniin.iL' non mancnte, corpus manet, clidco universuliler in quolibet anmiato neccsse est poaere illani formam qua corpus Câl corpus aliamabiUa que est animatum.... >

2. p. 649 : * Quanto animatumest perfectiuSt tanio requirit plura organa, et probabiteeei, quod distinuta »pecie par forma» sub- Btantiaiee; et tamcn ipsum est verius unum, vcriu^, inquam, id est peiftctios, aed non verius onum, id est indiviaibilins. In compositis enim frequeatiua invenitur cum majori composltione verior unitas al enUUa quam io partibus cam miaori compoùtione.... >

Maître des sentences ne contient pas une ligne qui autorise à le penser. U serait même facile de citer plus d*un passage dans lequel la thèse opposée est soutenue aussi vivement (qu'elle Ta jamais été par ses partisans les plus dévoués, ^lais il faut avouer que la dialectique de Scot a souvent de brusques mouvements, qui laissent incertain l'esprit le plus attentif à les suivre. lorsqu'il a fait valoir en faveur de Tunité de Tâme, les raisons les meilleures jointes aux subtilités les plus captieuses , tout à conp» par une évolution inattendue, on le voit se retourner contre l'opinion qu'il vient de défendre» et poser une conclusion toute différente, à Tappui de laquelle il sait découvrir de nouveaux ai'guments. Quelle méthode était plus propre à entretenir les interminables débats dont Vunité de la forme substantielle chez rbomme, comme on disait alors, a été Tobjet entre les dominicains et les franciscains?

Si Duns Scot admet chez Thomme plusieurs formes sulistantielles, à plus forte raison admet-il dans 1 ame raisonnable plusieurs puissances qui diffèrent tout à la fois les unes des autres, et de la substance même de l'âme. Ce point est un de ceux qu'il a traités avec le plus de développement dans le Commentaire sur le Maître des sentences. Il combat successivement saint Thomas, Henri de Gand, Gilles de Rome, soit qu'il rejette le fond de leur doctrine, soit qu'il 4Sonteste seulement la solidité de leur argu** mentation. Sa conclusion est que les puissances de

ET LES FRANCISGAUlS. 03

l'âme diffèrent de l ame et diffèrent entre elles, non pas réellement» mais formellement. Étroitement unies à leur sujet pour former un être unique, cette alliance ne détruit pas leurs caractères propres et leurs TunctioDS propres ^ C'est exactement Topinion queDuns Scot avait soutenue à Tégard des attributs divins. Quaml un la rapproche de l'opinion de saint Tliomas, si favorable à L'unité de l'âme dont cependant il distingue les facultés, il devient très-difficile, surtout aujourd'luii, de se représenter le point de dissidence entre les deux systèmes.

Avec le docteur Angélique ou plutôt avec Âristote, leur comimii] maître, Scot reconnaît dans l'àme raisonnable deux principales facultés: la iaculté de connaître ou entendement, et la volonté.

Le trait le plus original de la théorie de l'entendement , c'est la part qui est accordée à l'âme dans la formation de la connaissance. Scot distingue trois ordres de connaissances : 4* les simples notions; 2** les jugements ou conibinaisons de notions; 3" les conceptions rationnelles. Celte classification reproduit fidèlement celle qui sert de base à toute ta logi(|ur' (TAristote. La condition de racquisition des notions simples» c est l'exercice des sens. Aussi iors^

i. 5er»ffn/. 11, dist. 16, q i 0pp.. t. Vf. p. 772 : « QusB sunl iinuin realiler, manent taincii dislinrta fonnaliter, sivi* ^[ix sunl idem idenlitato reali. di'^finrla Uunon formaliler.... Isto modo ejis continet multas pii.ssionts, quiv non mnt res alia» ab ipso onte: di«- Unguuiilur lameii ab inviceni foiiiialiler, et qiU'idiUaive, et uitam ab ente. »

qu*un BeoB vient à manquer» çoniine chez le Bourd ou l'aveugle, notre âme ne peut pas remplacer les perceptions qui eu dépendaient. Scot fait remarque!' toutefois que cette subordioatiaii de rentendement vis-à-vis des sens ne lui est pas essentielle, ainsi que le pensait Arisiote, mais qu'elle dérive du péché originel) elle est Teilst de la désobéissance par laquelle l'homme , en voulant se soustraire à la puissance de Dieu, est retouiLe sous la puissance de la matière*. Mais laseasalipa, qui est le point de départ de la connaissance, n*en est pas la limite. Le sens peut lixer uiileuient notre atleutiuu $ur les termes de nos jugements^ lorsqu'il nous les montre unis ou séparés dans un cas particulier; par là il contribue à nous i'aire mieux saisir leurs rapports : mais ces rapports n'échappent pas à rentendement, même en l'absence de toute donnée sensible. Soit cette proposition : « De toul^*, chose l'affiFuiaiioii ua la négation est vraie, » mon esprit la comprend, bien que mes sens ne la voient pas appliquée et réalisée dans un fait particulier et liiaLcriel. 11 y a plus : même lorsque le rapport de deux termes paraît affecter le sens, notre adhésion à la vérité connue est bien moins encore l'eauvre de la

1. Qum^.dê Anima, q. xviii, 0pp., l. U, p. bbk : • Necessilas recurrendi ad pbantasmata est nobîs inflicia propter peccatam.... Hi quo anima âêordioavii, dimUtendo divinum dominium, et ae ab ejua aublrabendp sobjecUone, rationabile fuit in pœnam banc iucidere..*. Amtoleles qaia nibit acivit depaocatoistoetinvenU nataram taliler dispositam, prooedeos ex sensu tamun, cfadidii hoc nobis eaae na'^ turale. >

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ET LES FRAI^ÇlSGAir^S. 9d

sensibilité que de rontendement \ Scot en donne une

raison profonde, c'est qu une expérieuec, ({uelque répétée qu elle soity ne prouve pas nécessairement que les choses se passent toujours et partout de la même manière, eœperimenlalis cognitiOy quantumcujnque frc' quenSf non nifvrt necessario ila esse in omnibus elle ne saurait ofùrir qu'une simple probabilité. Parole mémorable qui nous reporte involontairement vers cette pUra^ie de liant : « L'expérience ne donne jamais . ses jugements pour essentiellement et strictement universels; ils sont seulement d'une généralité 8iq>' poiiée et comparative \ » Je lis dans Scot un autre passage remarquable qui peut servir de conclusion à cette théorie : « Ni la lettre écrite, dit Robert de Lincoln, ni la parole extérieure n'enseignent; elles ne foui qu'exciter et mouvoir le disciple : mais au dedans de l'âme il y a un docteur qui Féclaire et qui lui monlic la vérité. Il est donc évident que lïimene s'instruit pas à cause de i'éminente supériorité de

1. Quœst. in Metaph., T. q. iv, Op[>., t. TV, p. 531 : c Licct nunquam per aliqiiem sensuin videatur hiuc iifRrmatio vcl negatio, iiec eoruui seiiaialio in re, si tamen ex sf'Il^ibilibus apprehenditur affirmât io vel neL:;)ho, et intcllectus ritinponat hanc propositionem, de omni est alfirmalio vel netjatio vera, asjientitur isti. Et etiam ubi sensus per(i[nl conjuncliODeiu singularium in re, adhuc certius adljouri.aur priiicipio complexo per naturale luuieu intelleclus quarn propicr aliquam apprehoDSioaem sensus. » »

S. Attf., ibii,

3. CrUiqv» de ta raison pura, trad. de M. Tissot, 2* édit., 1. 1, p. 360. Voyez aussi TavaDt-propos des Nomteaux Euaii sur VEnim' dément humain de Leiboiz : c Les sens ne donnent jamais que des eiemples, c'est-à-dire des vérités particulières ou individuelles, etc. i

90 SÂIKT TUOMAS U'A^UiN

ses mattreSy mais à cause d*UDe lumière intérieure qui est produite par la cause première » Nous a a- Yions pas trouvé chez saiut Tiiomas la différence du sens et de l'entendement aussi fortement indiquée. 11 y a cliez Duns Scot comme un ccho affaibli du platonisme. Saintïhomas se ticiilde plus près à la lettre d'A* ristotSy etcommeleStagirite, il dépasse à peine, par sa tlicui ie de l'origine des idées, la sphère de rempirisme.

Maintenant quel est le mode d'opérer de rintelligence? Est-ce directement- qu'elle saisit la vérité? Est-ce au moyen d'espèces intelligibles? Scot se prononce en laveur de rexistence des espèces, et le motif qu'il donne, c'est l'indétermination naturelle de Tentendement qui, pour ap;ir et comprendre, a besoin d'être lixé j)ar une forme imprimée en lui. L'opinion de Scot était partagée par la plupart de ses contemporains, y compris saint Thomas; mais alors même que le docteur franciscain suit la voie commune, il sait encore marquer sa propre trace par d'ingénieux amendements. Les espèces intelligibles sont la conditiun de la pensée, oui sans doute; mais d'où viennent les espèces? tirent-elles leur origiue des objets extérieurs? sont-elles une transformation • des images sensibles ? Non, répond Scot; et, discutant

1. Super I Poster., q. ii, 0pp., l. I, p. 3^*6 : u Dicit (Linconiensis) quod iieque liUera scripta docct, nec ilie qui exterîos sonat, sed ista duo tantuin eicitant el moTeni diacipatum. Sed interius uims est doctor qui mentem illominsi et veritatem ostendit. Sic igitur palet quod non addiacitnr propter emioenUam doctomm» sed propter Inmen interiu» mtcllijpt anima, quod cauaator a primo. •

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à fond la question, il soutient que malgré le concours de l'expéheace dans la formation delà connaissancei rentendement a eo soi toute la vertu nécessaire pour produire une espèce intelligible, en dehors de Timagioaiiou et des formes matérielles Scot redresse vivement saint Thomas sur cet autre point, Tintelligibilité des choses particulières, niée, comme nous l'avons \u, par le docteur Angélique. L être a pour attribut essentiel de pouvoir être compris par Tintelligeace : comment cette propriété n'appartiendraîtelle pas même aux objets particuliers? Si le particulier, ajoute captieusement Duns Scot, n'était pas en soi susceptible d*être connu, aucune intelligence ne le connaîtrait; et toutefois, échappe-i-il, môme en tant que particulier, à rintelligence divine.^?

Ne négligeons pas de faire remarquer, comme dernier trait de la théorie de Scot sur l'entendement, pour quel motif il place dans celte faculté, ainsi que l'avait déjà fait saint Thomas, la raison dernière de la certitude. Ce n'est pas seulement parce que le sens est naturellement expose à se tromper, tandis que rentendement ne saurait errer ni à Tégard des principes, ni à l'égard des conclusions immédiates qu'il en tire; c'est que la certitude ne consiste pas uniquement à saisir la vérité; elle consiste aussi à con-

1, Qwest, de Anima, q. xvu, 0pp., t. !!, p. bkb : « Habet (inteili^ctus asrensj in virlute sua lotali Bpeciem inlelligibileni. a

2. De Antma, q. xxii, p. 574; Quxst. m âletaph., VII, q. xv, 0pp., t. IV, p. 713 : c latelligibiliUis absolule sequilur ealitatem. »

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naître qu'on Ta saisiei et à pouvoir se direà soi-même que la notion qu'on a formée, le jugement qu'on a porté, sont vrais. Si j'allègue une de ces propositions que Von appelle principes premiers, le jugement que j'énonce est nécessairement vrai; mais si je Ténonce au hasard et sous forme de simple opinion. Je n'ai pas la certitude. Or il n'appartient qu'à Fentendement de se replier sur lui-même et d'avoir pour ainsi dire conscience de la vérité connue

Sur la |KJi'Lee naturelle de nos facultés actives, c'est-à-dire de la volonté et du libn; arbitre, nous allons voir éclater entre Scot et saint Thomas de plus graves dissidences qui ont frappé d'autant plus l'Écoie, qu elles touchaient aux points les plus épineux de la doctrine de la grâce*

Scot établit avec force et par des moyens ingénieux, que les déterminations de la volonté ne dépendent ni des objets sensibles, ni de nos perceptions: en un mot ni de la sensation, ni de la pensée. Qu est-ce en effet que la volonté, sinon la faculté de vouloir ou de ne vouloir pas?Ëlle comprend donc une double puissance qui s'étend à deux effets opposés et contraires. Or un même agent nuLuiel ne peut pas produire à la fois deux effets opposés. Si Tobjet cause la volition,

1. Quù:^t. in Mctaih., I, q. iv, p. 533 • f Certiturlo nunquam est in apprebondendo verum, nisi talis sri.il veritatein appreheiisjam^ vel sciât iliud esse verum quod apprehendit : nani si opinanda apprelu'ndam primtim prinrîpinm, licel illud quod verum est nece*sario approhetidam, lamcn non suni certus : solusaulem intellcctus reflecUtur judicaudo se appreheiidere verum. »

il ne peul pas causer la iioD«*volition : il n'explique donc pas Topération volontaire. Soot ajoute que si

la volitioM procédait de lobjet extérieur et non de la volonté, elle ne serait pas au pouvoir de cette iaculté; aucune de nos déterminations ne dépendrait de nous ; aucune ne serai l méritoire ni déméritoirc. On j)ouvait dire que la voiition est au pouvoir de Tâme» en ce smis seulement que la volonté a la puissance de diriger lentendement et de rapplifjurr a une chose ou à une autre : mais cette direction de i' eu le n dément par la volonté, qu*est-elle, sinon une voiition vé^ ritable? Or, qui la produit? Est-ce l'objet extérieur? Alors, reprend Seot, je deuiuuderai pourquoi la volonté a tourné l'entendement vers cet objet, et nous nous perdrons dans un pro^^ à Tinfini. Est» ce au contraire la volonté? Mais, dans ce cas, la volonté a donc le pouvoir de se déterminer par elle-même; ses volitiôns viennent d'elle et non du dehors

Qu'il nous soit permis de citer un autrè passage trô»*remarquable par la vigueur du raisonnement ,

dans lequel Scot démontre à sa manière l'autonomie de la volonté :

N Certains événements sont contingents; par là, j'entends dire qu'ils nUrrivent pas nécessairement; autrement, et si toutes choses aiTivaieut nécessairement, les avis et la délibération seraient inutiles.

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