Sentent. f II, dist. 37, q. u, p. 990 el sq
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sans nier le concours du Créateur aux délermina- . tionB de la créature. L*un inclinait visiblement au pélagianisme ; Faulrei sans le Touloir, engageait ses disciples sur uue pente périlleuse qui pouvait les conduirei dans un jour d'aveugle entraînement, à la négation du libre arbitre. Aussi , entre les deux systi inco .soutenus par deu\ sociétés également puitisantes et houurécâ dans l'Eglise, la lutte lui opiuiàtre. Nous assistons à ses commencements^ et sans descendre jusqu'aux querelles du jansénisme, uous allons bientôt la voir se développer avec ce caractère de subtilité inépuisable qui appartient à la scbolastique*
Quand on connaît la doctrine de Scot sur la toiouté et sa couliauce un peu présomptueuse dans les forces de Tbomme^ il semble qu'il n'ait pu se tromper sur les véritables caractères de la loi morale. En efifet, c'est le propre des philosophes qui affirment l'existence du libre arbitre , de reconnaître une règle obli* gatoire, absolue et invariable à laquelle sont soumises toutes les déterminations de la créature intelligente. Cepeudanly par une contiadictiou singulière, , Scot, ai favorable à la liberté bumaine, altère profondément les notions de droit et de devoir, en les faisant dépendre du décret arbitraire de la divinité.
Quel est le fondement de la loi ? C'est la volonté divine, et non pas la volonté divine éclairée par la raison, et s'attachaut au bien qu'elle lui préseute, mais la volonté livrée à elle-même et ne connaissant d'autre règle que sa propre décision. f< Il y a, dit
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Scot, deux sortes de puissances , la puissance ordounée, et la puissance absolue; la premièrey qui con- siste à agir selon la loi, la seconde, qui peut outrepasser la loi. Chez rhomme, la puissance absolue est plus étendue que la puissance ordonnée; elle s'étend à des actions que l'ordre ne permet pas; mais si elle les acfomplil, elle doit être qualifiée de déréglée et d'injuste. Pourquoi? Parce qu'elle a au-dessus, d'elle une règle qu'elle est tenue d'observer. Mais supposez une puissance qui domine la loi elle-même, comme la loi est ce qu'elle veut et ce qu'elle fait, cette puis-^ sauce agira toujours selon la loi» et quoi qu'elle fasse» elle ne pourra jamais être appelée désordonnée. Or» telle est la puissance de Dieu. Elle s'élève au-dessus de toutes les lois, et ces lois dépendent de la volonté divine, non pas même de Tentendement divin. Lorsque l'entendement de Dieu présente à sa vulunté une règle» cette règle est droite» juste et bonne, s'il platt à sa volonté qu'elle le soit. Lui convient-il de changer la loi qu'il a établie? Il communiquf a III loi nouvelle, par son seul décret, toute la rectitude de ia première. La justice, ia loi» c'est ce qui plaît à Dieu *. » Saint Thomas s'était élevé avec toute l'énergie de la conviction la plus sincère contre les sjs-
l. Sentent., \, dist. kk. q. i, p. 1368 : î Quando la p teslaîo agenlis eat lex et recliiudo ejus, ita quod non est recla, ois» qui.i t bt ab illo staUita, lunc polest recte agere agendo ahu^i quam lex ista dictet, qoia potest statnere aliim legem vectam, aacQndam quam agat ordinate.... Leges aliqu» genaralea recte de operibus pradicabilibos dîctanleB, praeSis auot a valunUite divina et non qaidean
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tèmes qui font dépendre de la volonté arbitraire de Dieu la création et l'ordre du monde. Cette opinion justement repouseée par le docteur Angélique, Duns Scot la renouvelle hardiment, et il la transporte d'abord dans la morale, sur le terrain même où elle offense le plus la raison.
Mais suivez les conséquences du système. Puisque le tondement de la loi nouvelle est le décret divin, et que ce libre décret aurait pu être tout différent, la loi n'a rien de ni d'iiiiimiable : les pn'ceptes les plus évidents peuvent être abrogés, ou du moins pas- ^ sagèrement suspendusi l'homme peut être dispensé de les suivre. Dons Scot ne fait ici d'exception que pour les deux premiers commandements du Décalo^ qui concernent le culte dû à Dieu. U accorde que Tobligation d'aimer et d'honorer Dieu ne peut èlie effacée de la conscience huniaine, qu'elle est l'expression d*une vérité étemelle et absolue, nécessairement admise par la raison, aussitôt qu*eUe est énoncée. Mais pour les autres préceptes de la loi qui concernent le prochain, il ne leur attribue qu'une valeur relative. Le bien que ces préceptes nous indiquent n'est pas nécessairement le bien, et n'a pas un rap)port essentiel avec notre ûn dernière. De même, le
ab intellectu divine, ni pritcedit actun» volunlali> «livinoB.... Sed quando intelleclus oiïLTt vohmt^ti divinae talem legem.... si placet voluDlati sua3 qua^ libcra esl, recta est le\, et ita de aliis legibua.... Sicat poteil aliter agere, ita potest aliam legem ttatnere rectam; quia si statueretor a Deo, recta enet ; quia nolla lez est recta, niai quatentis a voluatate divine acceptatur. »
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mal qu'ils doub défendent ne nous détourne pas
essentiellement de cette ûn; sans la défense dont elles sont frappées, les actions mauvaiâes pourraient se concilier avee la possession de notre destinée éter> nelle.
Scot ne se borne pas à ces vues générales. 11 examine successivement les préceptes moraux dont le caractère paraît le plus évidemment obUgatoiroi et il en infirme rautorilé. S'agit-il, par exemple, de l'homicide? 11 répondy sans hésiter, que Dieu pourrait changer le principe ({ui défend de tuer son semblable,
comme il a alirogc par I i'^vaiii;ile toute la parti*' < rémonielle de l'ancien Testament, Dieu lui-même n'a-t-il pas ordonné à Abraham l'immolation de son fils? Même décision pour le vol et pour Tadultère *. Et dans quel but? Toujours afin de réserver la liberté de DieUi qui, selon Scot, serait détruite si elle était
1. Sentent. t III, dist. 37, q. i, p. 898 : a Non enim in his quaî pscipiuntur ibi est honitas necessaria ad bonital»>m nllimi finis, convertens ad fmcm ultimum; npc in his ffua) prohilicnlur mt malilia neressario a\ n tenh a fine iilLimo; quiti si bonum iàlud non psset [)r,T('eplum, posset finis ultimus aman et atlingi, et si illud maluai non esset proliibilum, starel cum eo iicquisitio finis.... »
2. Jbid., p. 879 : a Qua3ro an slaniilju» omnibus circunk^laiiUis eisdem in isto actu qui est occiderc hooiinena, variata sola circum* stiDtia pfohibiti et non prohibiii, posMt Deus facere qnod ille actos qui cum talibus circumstantiis aliis est aliqnando prohîbituB, alias eaael non prohiiHtua, aed liciliia. SI aie, igitair aimpkidter poteat diapenaare, aient aiaiplicitar mutavil tosBOi Teterem, quantum ad cœremoQîalia, quando dedil novam. Si autem Deua non pdeai facere de iato acto qood non sit prohibiiua, tgilfir non potest boare quod occidere non ait probibituoi, cujua oppoaitttin Dnanifeale patet de Abraham. >
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subordonnée à la vérité morale conçue par Tentendément. Noua n avons pas trouvé ohez saint Thomas de pareils scrupules. Une préoccupation eicessive de
la liberté divine n'avait pas obscurci dans son âme la claire notion de la vertu et du devoir. Ne proelame-t-il pas que Dieu, malgré la promesse de TApô* tre, se nierait lui-même s'il dispensait l'homme d'aucun des préceptes coutcnus dans la loi qui est l'ordre de la justice étemelle? Sa doctrine entière est une protestation anticipée contre les dangereuses théories de son subtil adversaire.
Sur toutes les questions qui sont livrées aux disputes des hommes, en métapln - i iue^ en psychologie^ en ijioi ale, Scol avait doue opjiu.se à renseignement de saint Thomas un système qui tantôt combattait ouvertement ses conclusions, tantôt contestait sa méthode et ses artruments, et qui, tour à tour, sensé et paradoxal, solide et supuriiciel, exact et captieux, offrait une réunion de qualités et de défauts propres à exciter d'ardentes sympathies et d'égales répulsions.
Soutenue par les franciscains dans l intérêt de leiir communauté, la renommée de Duns Scot parcourut l'Europe; sa doctrine pénétra dans toutes les universités, et, au XVI t* siècle, selon le témoignage de WadingS on renseignait encore, outre Paris, à Coïmbre, à Salamauque, à Padoue, ù Rome et à Milan.