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« Qui Q*approuverait, s'écriait alors un maître des écoles de Paris, qui a a pas laissé de nom, mais dout Wading a recueilli et conservé le jugement^ qui n'approuverait les ouvrages de Duns Scot» ce maître des docteurs? Que dis-je? après tant de suffrages qu'ils ont obtenus pendant de si longues années, qui aurait la présomption de les soumettre à leiamen? La doctrine de ce gnuul hoiiime doit servir de pierre de touche pour apprécier les opinions de ses successeurs. Que toutes ses décisions» que toutes ses paroles fassent loi pour nous. Quand il a prononcé, il suffît d'ajouter : Le maître l'a dit, ccutô; èçYi *. »
Malgré cet enthousiasme de ses disciples, et malgré Tappui intéressé des Franciscains, Duns Scot n'a jamais égalé Tautorité de saint Thomas, et TÉglise ne Ta pas canonisé. £n effet, quelques services qu'il ait rendus sous certains rapports à renseignement théologique, sa subtilité a répandu dans les esprits plus de doutes que de véritables lumières. £n mettant toutes les vérités en question, et en divisant les ques* lions à rinfinî, il a développe ces habitudes de controverse qui étaient déjà enracinées dans i'Ëcole, et dont le fruit ne pouvait être que le scepticisme. Pour éviter, ou du moins pour ajourner cette inévitable conséquence delà nouvelle sophistique , il fallait l'irrésistible ascendant que l'orthodoxie chrétienne conservait encore sur les âmes. Mais l'Église pres-
1. Voyez les approbations de la doctrioe de Scot, au lomaJ" do SOI œuvres.
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sentit ie péril, et elle ne put se résoudre à entourer des mêmes honneurs et du même cuite Tathlète imprudent qui s'était laissé entraîner par Vardeur de la dispute, et celui dont ie génie sobre et irréprochable, soutenu par une piété angélique, avait élevé à la gloire et pour la défense de la religion le plus solide mon u ment.
(JUAPiTRE lU,
LUTTE DES TUOUISTES ET DES SCOTISTES.
I. Disciples do saint Ttionuis. Gillrs de Lpssinos. Bomt^rd do 'rn!i;i Ht'ivt'dr Nedellec. bodclroy ûvh Foulâmes. — IL Tlioinas et la biviM Comédie. — III. Franciscains. Fr. de Mayruni--^, Anl. Andréa, etc. — IV, Canonisation de saint Thomas. La sentence de 1S76 est rapportée.
La charité héroïque de saint François d'Assises avait jeté un éclat incomparable sur la communauté
qu'il avait l'oudce cl qui devait subsister longtemps après lui, comme le témoignage vivant de sa piété. Sur les pas de leur fondateur, les franciscains s'élan-
cèrent dans toutes les direcliuus ouvertes à Tactivité du zèle et du génie. La prédication de l'Evangile, le soin des pauvres et des malades, la prière, l'enseigne* ment, la culture de la pinlosophie et des arts, de nobles vertus et d'intrépides elïorts rehaussés encore aux yeux des nations par le faste de la pauvreté volontaire et des austérités; ce furent là les preuuers titres qui recommandèrent le nouvel ordre à l'admiration et aux respects de la chrétienté. L'opposition d*un corps aussi vénéré n'était pas sans péril, et
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récole dominicaine dut s'affliger plus d une ibis de rencontrer de pareils adversaires sur sa route. Cependant plusieurs causes atténuaient la gravité des coups poj'tés contre la doctriiio de saint Thomas. D^abord, les franciscains étaient divisés. Une fraction nombreuse inclinait au mysticisme sur les pas de saint Bonaveaiure, élu général de Tordre en 1256, et elle montrait peu de propension pour les arides controverses de Técoie. Il se pourrait même que la dialectique tr(i|) sul>tile de DunsScot eût trouvi'ï des censeurs jusque dans les rangs les plus élevés de la Société. En efPet, c'est en 1307, dans tout l'éclat de sfi gloire, qu'il reçoit Tordre de quitter Paris, tliéàtrc de ses triomphes, et de revenir à Cologne. Pourquoi ce brusque rappel ? Les historiens n'en font pas connaître les causes. Serait>îl téméraire de conjecturer que la prudence des chefs de l'ordre avait jiiiçé opportun de tempérer les saillies du docteur Subtil, en le transportant sur une scène moins élevée? De plus, tnalgré les succès que TÉcole franciscaine avait remportés, la doctrine et la renommée de saint Thomas étaient Tune et Tautre assez solidement assises, pour ne pas
céder au premier ehoc. En supposant que quehjiics parties de innomme de Théologie ïnsseui entamées par la discussion^ ne restait-il pas au disciple d*Albert le Grand, Tétcmnl honneur d'avoir donné la formule philosophique la plus complète de Tcnseigncment religieux? Aussi les dominicains ne perdirent pas courage devant les attaques dont le plus illustre de
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leurs maîtres était l'objet ; mais, acceptant le défi, ils rendirent guerre pour guerre.
Nou^ n'avons pas la prétention de présenter un tableau complet de ces débats oubliés, et que Téloiguementa reudus très-obscurs pour nuire âge; mais • nous essayerons du moins d en reproduire quelques traits en retraçant les opinions des acteurs principaux dont l'histoire a conservé les noms.
Parmi les disciples les plus anciens et les plus fervents de saint Thomas, lès annalistes de Tordre des Frères prêcheurs nomment Gilles de T.essines, ainsi appelé du lieu de sa naissance, petilc viiie du Hainaut. La Bibliothèque impériale possède sous son nom un traité encore inédit Ùe l'unité de la forme, de inilale formw, qu'il termina, s'il faut en croire une note placée à la fin, au mois de juillet 1278 \ Ën commençant, il remar(|uo avec une sorte de tristesse que les docteurs les plus autorisés et les ])lus fameux sont divisés sur ce sujet, et que quelques-uns, pour mieux défendre leurs sentiments particuliers, ne permettent pas la contradiction, accusent les opinions de leurs adversaires d'outrager la raison et la foi, et les déclarent non<-8eulement insoutenables, mais hé-
1. Sertpf. Orâin PrxdkaI,, t. f, p. 370 et 8(|q.; ffiil. liti, d9 ta Finme9t t* XIX, p. 3%7 et sniv.; Haoréau, De la ^kmpMê <dbo* la$tiqu9f t. II, p. S4S et iniv.
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réiîqaes et blasphématoires. C*est le spectacle de ees dispcites passionnées qui détermine Gilles de Lessines
à traiter à son tour la question, en prenant, dit-il, pour principal guide, son propre jugement*. Ces der* niers mots feraient croire que nous allons nous trouver eu preiîence d'une doctrine originale; mais il n*en est rien. Gilles de Lessine se borne à suivre fidèlement saint Thomas. Après avoir résumé et combattu les arguments eu laveur de la [)liiralil(' des formesi il énonce la thèse opposée. Dans ebaque être, il y a une seule forme substantielle qui donne l'être au sujet et à toutes ses parties. La forme substantielle de rhomme étant 1 âme, c est i ame qui fait rhomme tout ce qu*il est : elle fait, par exemple, qu'il a un eorps naturel, que ce corps est organisé, qu'il fait partie d'une espèce, et que dans cette espèce il est le propre corps d*un individu et non pas celui d*un autre*. Toutes ces conclusions ap[)artiennent à saint Thomas, et Gilles de Lessines les établit par des
1- Mss.. Bibl. imp.. Fonds de Sorbonne, 830 . 'c Qiioni.un in qti?B9iiofiede unilale formai in une ente, circa quain doctores fam in Iheologia (juam in pliilosopljia^authenlici et famosi diversiaioJe sentiunt et diversa tenent ac tradnnt, nonnulli eorum sic suam posi- (ionem conanlur a&(i'uere ut reliquam damnent et reprobent, ac eam asserant nec ratione nec verilate suboixam, et non sotom inupinabilo ewe, sed etiam baereticiim et contra fldem cathoKcam, ideo aequena opoa atteotavimaa et pneaompaimua acribere de uoitate foras, de i|oo principaliter describimna secundam intelleclum noatriioi. »
3. Ihid* : t IKcimus et concludimua qood ooipua taie quod est subjectum anlnua, quod ratiobem qaa eat corpus hiijus animalia habei a forma quae est anima ; et rationem qua eat pbyaicum corpus bujoa animalia aimililer babet ab anima, et rationem qua dicitur
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arguments empruntés au saint docteur. Ainsi, il demande comment un expliquera les ra|i|)orts de Tâme et du corps, si le corps est un être complet qui a sa forme, c*e8t-à*dire son existence propre en dehors de l'âme. Imaginer une substance intermédiaire, n'est-ce pas reculer la dillicultê sans la résoudre? Nous avons trottté ce point de vue de la question déjà indiqué dans la Somme contre les Gentils,
C est également le pur esprit du thomisme (]ue contiennent les ouTjrages de Bernard de Trilia, né à Ntmes en 4240, mort à Avignon en 1292, après avoir longtemps proi'essé dans les écoles des domiuicainsy à Montpellier et à Paris K Les historiens de l'ordre de saint Dominique nous représentent Bernard comme un esprit solide, judicieux, circonspect, te très-imbu du doux nectar de la doctrine de saint Thomas » Il avait composé plusieurs écrits sur les principales matières de la controverse contemporaine; le seul qui nous soit parvenu se compose de dix-huit questions sur la connaissance de l'âme unie au corps, Qimstionts xviii de coguilione animx conjuncUs corpori Notre philosophe y soutient que
esse corpus pliysicuni organicuai liujus ;iiimuili>, liabct ah eadem anima, qua- liai esse suhjecto ciii advenit specificuni : propter quod dicitur hoc animal oâse hoino, vel equus, vcl aMiiUà, vel in aliqua alia specie determinala. >
1. Seript, Ord, Pmii'c., 1. 1, p. 'i32; HitÈjUt.ie ta France, t. XX, p. 139 et sqq.; Uauréau, la pMiosopkU teholastique, t. II, p. S52 et soiv.