ilaureau, Ik la pUtlosuf)hte âdéu(<u(t^u«, t. II, p
DBS THOMISTES BT DBS SGDTISTES. i|0
et Gonnaiasoas sont l'œuvre de Dieu ^ que leur être dépend de lui, et qu'elles retournent à lui comme à
leur prmci|)C. Ainsi, par les procédés naturels de rinteUigence, nous pouvons connaître que Dieu est et qu'il ne peut pas ne pas être. Nous arrivons à savoir par la même voie ce que Dieu est en frénéral, par exemple, qu'il est une substance , que sa substance est immatérielle, c'est*àrdire pur esprit, comme l'enseignent les philosophes (jui avaiuiiL cuiiuii la (liviiiité par les seules recberches de la raison*. » llerve, dans ce passage remarquable, n'accorde-t-il pas de la manière la plus formelle à Tintelligence humaine le pouvoir de s élever par ses seules forces à la connaissance de Dieu, non pas sans doute de le contem-* pler face à face, mais de démontrer son existence et quelques-unes de ses perfections? il ne faut pas imputer légèrement aui écrivains du moyen âge, ni
1. Quoâlih., VI, q. m. ^ 130 : u Utrnm Deu8 possit ab iotelleclu nostro inlelligi? Rcspondeo dicendum quod Deus a nobis polest inteiligi t't in via lain pcr naliirnli'm i nvpsti Lia lionem ration ib (iiîiini per rovelalionem fidfi, ei in patria pcr aporlam visionom. Primo mucio cognoscitur dp Dco qnid est in generali : secundo modo fognoftciturde uo quid e^>l mugis in apeciali, scd obscure t't quasi in âpeculo : lerlio modo in speciali et nude.... Sicut patet ex procesbu pbilosophorum poflBnmus Bcire creaturaB qoas videmus el evidenter eognoicimiis, esae efléelns Dei, et depeodere a Peo in suo eise, et reduci in Peum, «mi io iirimam causam; et ideo per oalnraiem investigationem ratlonia possumua adre Deum ease, et ipsuin non poase non ease; posainnué etiam per talem inveatigatiODem iclre de Deo quid eat in generali, quoniam po&sumus scire quod est sub< sianiia, etc., et quod est substantia iopiaterialiA et iotelU ciualis, sicut patel ex processu philosophomm qui per aolam invenUgatio- ' nen ratîooia oognoverunt eum. »
surtout aux disciples de saint Thomas, le scepticisme
tliéulogique, ce fruit amer du découragement ou de la çolcre ou du faux zèle.
Le point le plus digne de remarque dans les trayaux philosophiques d'Hervé, c*e8t la théorie de l'indivi- . duation. Nous avous vu coiumeul, après avoir battu en brèche les opinions rivales, Duns Scot avait conclu en rattachant Texisteoce individuelle à un principe distinct et positif, devenu célèbre dans TËcole sous le nom d'heccéité, Hervé démontre avec habileté le néant d'une pareille hypothèse. Qu'est-ce que riieccéité ? DifTère-t-elle de la matière et de la forme qu'elle détermine? Si elle n eu diffère pas, le principe de l'individualité se résout donc en dernière analyse, malgré les apparences contraires, dans la iorme et la matière. Si elle en diffère, est-elle substance ou accident? Qu'elle soit accident, voilà l'individu rejeté au rang des choses purement acei-* dentelles , ce qui est inadmissible. Mais si elle est une substance, est-elle une substance composée ou une substance simple? La discussion pourrait se continuer ainsi à peu près indéfiniment; mais Hervé, jugeant inutile de la poursuivre, conclut par ces paroles hautaines : « Il me paraît que cette hypothèse est sans aucune valeur ; videtur miki quod positio ista Mrna ml nulla »
1. Quodlib.f in,q. IX : < Quœro utrum ista hecceitas quam lu dicist sit aliquid diversum a materia et forma signatis per ipsam, aut non. Si noD, ergo poois idom principiam iDdividuationit (|uod etiiim
DëS 7H0M1STES ET DES SCOTISTES. iil
Hervé discute ailleurs les objections élevées contre la tlieoiiti de saint Thomas. Si le principe de Titidividuation, disaient les adversaires, est la matière tombant sous lia loi de l;i quantité, l'existence individuelle sera déterminée par un accident qui, logiquement et en fait, lui est postérieur* Hervé répond que la substance prise en elle-même a sans doute précédé les (jualites, mais qu elle présuppose en tant qu'individuelle le principe, quel qull soit, quiTindivîdualise*. Or, comparez la ({uantité aux autres accidents de la substance, n est-i lle pas celui de tous qui possède au plus haut degré la vertu de la multiplier en la divisant, celui qui par conséquent est le plus propre à expliquer rindividu.ilité' ?
Cependant Hervé ne s'attache pas à la lettre seule des formules du thomisme ; mais en s'étudiant à les interpréter, il arrive lui-niéiiic à une théorie intermédiaire qui peut être regardée comme un essai de
TTiateha ; ûi sic, qua^ro ant est substaotia, aol accideiis, aut nihiL Si substantia aut est subslantia composita, aut materia , aut foriiui, et adliiic incidis in idem cum aliis, scilicet qnod materia esl prurt ipium iiulividualionis, vel quod subfitaolia composita est indi-
visa seipiu »
1. Quodlib., YIll, q. xi, f* 152 : « Licel subhtiinti.i qua- iiumeraliter est distincta ab alla eju^dum speciei âit pnur quam quantitns, secundum illud quod e^t subslanlia, ipsam tamou eâso sic diàtinclam àb aliiSi non est prius quani quaniitas. >
S. Quodlib,, Illf q. IX : « Vidatur mihi quod differt de quantiUila at allia accidentibas in hoc qaod alta accideirtia non aont causa pluralitalia suorum sobjeclorom, iia quod pluralUas io eis plttriAcalaub^ atantiam, llcel non poaait aise «ne ptofibus subjeciis; sed qoaoUtaa cet causa dlapoiiUva pluralilatîs eiislentia in aobjecUa quantiutia. »
m LUTTE
conciliation entre les systèmes opposés. La quantité et la matière contribuent sans doute, selon à rindiyiduation ; maïs elles n*y contribuent pas seules. Qu'est-ce, par exemple) que la double propriété de rètre individuel, de constituer un tout en soi indivis et de retenir une existence identiqne, par laquelle il se sépare de tous les autres individus? Cette propriété I répond Hervé, est inbérente à la nature des choses, et la philosophie ne doit pas en chercher la raison en dehors des conditions générales de l'être. N'est-ce pas là précisément l'opinion que soutenaient les nominalistes ? A quoi tiennent d^une autre part les difiFérences spécifiques qui existent entre les individus d'une espèce et ceux d une autre espèce 7 Elles ont leur fondement dans la forme, et c'est ainsi que l'âme, cette forme de Thommcy est ce qui sépare l'espèce liumaiiie de toutes les autres espèces animées. Tout le rôle de la matière unie à la quantité se réduit donc à opérer la distinction des individus de la môme espèce; encore cette explication elle ne doit pas être étendue au delà des Umiles du monde matériel*. Telles sont les dernières conclu* sions dllervé. Si elles n'étaient pas de nature à clore
1. Quod/tè.f VIII, q. XI : « Omiirâi diversis opinionibus qiUD Bunt de hac maleria, dico quod individualio est per quanUtaiem parlim/partim per alla.... — Quantum ad primam iodiviaonem qua
unumqnodque totum est idem sibi ipsî toti, unaquxque res est indiviba a seipsa, et sibi ip>i oodt»m [wr scipsam, — Quantum autem ad hoc ijiiod individuuin sit dislinctuin spécifiée a quolibet ulio différente ab eo specie, hoc habet a forma.... — Quantum autem ad
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le débat y elles font reconnaître du moins chez ce défenseur zélé du thomisme^ un esprit délié et judicieux, plutôt enclin h tempérer ies maximes deFScole
dominicaine qu'à les exagérer.
Sur d'autres points de métaphysique , de psycho* logie et de morale, il serait facile de recueillir dans
les ouvrages d*Hervé, des aperçus ingénieux et quelquefois vrais. Mais qe qui détruit Teffet de ses meilleures qualités aux yeux du lecteur lé plus intrépide, c'est l incxprimahle sécheresse de sa méthode et de son style. L'art de la composition déjà si effacé chex saint Thomas, a tout à fait disparu. Une arguiiieiitalion pesante, des divisions conipli(|uées, Tabus des (crnus techniques^ ont banni désormais tout ce qui s'adresse au cœur et à l'imagination , tout cp qui pourrait reposer l'esprit. A travers ces pages andes, on discerne diflicilement les |)eiisées originales et fécondes qui y sont peut-être enfouies, et que Tœîl fatigué ne conserve pas la force d'apercevoir.
tiors des collèges des Frères prêcheurs, la doctrine de saint Thomas comptait de jour en jour des adhérents plus nombreux. Ce n'étaient pas seulement quelques noms isolés sans caractère et sans influence, c'étaient de grandes communautés, des ordres religieux puissants et vénérés dans TÉglise, qui se ralliaient autour d'elle, et qui a'cmpressaaeut pour la déi'endrc.
hoc (juod quodlfbet indiviilLiuiii divisum sivo distinclum sil ab alio ejns<i(Mii speciei, priucipium indlviduaUonùi sub&Ualiarum materialium C$1 quautiu». »
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Gilles de Rome, si ûdèle à saint Tiioinas sur toutes les questions importantes, était général de l'ordre des Augustiniens, t't l'exemple du chef entraîna après lui la Société que nous voyons rangée luul eulière sous la bannière du thomisme.
L'ordre de Cîteaux suivit de près celui de Saint- Augustin, Dès la fin du xui" siècle, un de. ses supérieurs, Humbert, abbé de Prulli au diocèse de Sens, compose un Commmitaire de la JIféiaphysique (VAristote, dont il ne cherche pas à cacher les sources; il avoue ingénument que son ouvrage, qui lui a coûté beaucoup de peine, est une compilation d'extraits d'Albert, dWvicenne, d'Averroès et de Tliomas d*Aquin ; d'excellents juges ont reconnu que ce dernier avait fourni les extraits les plus nombreux*.
Les religieux du iMont-darmel se jjronoucèrent également pour le docteur Angélique. Ou possède une Somme de Théologie, des Questions quodlibétiques, et (fuelques autres ouvrages manuscrits de (iérard de Bologne, élu prieur général de l'ordre en 1297, mort à Avignon en 1317. Sur tous les points controversés, TindividuatioD, l'unité de la forme substantielle chez 1 homme, les universaux, etc., Gérard conclut en faveur de la solution thomiste, et contre l'opinion de Scot. Sans porter l'habit des Frères prêcheurs, il appartient à la même école, et il enseigne la même doctrine religieuse et philosophique