‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 35 sur 125 · ES THOMISTES ET DES SCOTISTES · texte numérisé non relu

ES THOMISTES ET DES SCOTISTES

de Quéant, archidiaci-e d'Arra^^, (iocteiir de ia t'acullé de théologie, et mattre Pierre de Fagelle, tous deuK chanoines de Paris, qui nous ont demandé de con- Yoquer la iacuité de théologie pour délibérer sur les articles condamnés, en tant qu*ils touchent à la doctrine du bienheureux Thomas, et aviser aux moyens de conserver le respect dû à sa mémoire et à la sainte Église romaine. '

r< Nous ne pouvions oublier que la sainte Église romaine, la maîtresse et la mère de tous les ildèles, à qui est réservé le droit suprême d'approuver et de condamner les doctrines, d*éclairer les doutes, de définir les points de foi , et (io réfuter les erreurs, venait d*élevcr au rang des saints le vénérable docteur qui a brillé parmi nous comme un soleil, et de recommander sa doctrine à tout l'univers.

c( Voulant donc honorer Dieu sur cette terre en la personne de ses saints ;

« Considérant, d'autre part, que le bienlieureux confesseur a été, et qu^il est encore, la lumière de l'Église, la perle du clergé, la fleur des docteurs, le miroir de notre Université de Paris ; que par l'éclat de sa vie, de sa renommée et de sa doctrine, il brille comme Tétoile matinale f

« Après un nouvel examen des articles en question, fait par les membres de noire conseil, maître Hugues de Besançon, chantre de Paris, maîtres Etienne de Neuville et Odon de Sons, chanoines, de-

yant les docteurs de la faoulté dp Paris^dami une

assemblée convoquée à cet effet;

u Étant 0oii8tant que )e Jïienbeureox Tbqmaa n% jamaÎB admis, enseigné ni écrit rioii de coBtraire à la foi et aux. bonnes mœurs :

« Sur Tavis des vénérable» ^oyen et chanoines do TÉglise de Paris, du véiiéraMe Guillaume, arcbevêque de Vienne, professeiir de théologie, de vingttroi^ mitres maîtres en théologie^ eX de trent^ueuf bacheliers en théologie, dont noys avons requ le« déclarations sij^nées et scellées de leur sceau ;

u Nous anuulous, de spieaçe certaine» par c^a présentes, la condamnation et ht sentence d'excommunication portées par nos prédécesseurs, en tant qu'elles atteignent ou qu'elles lODt supposéedï atteindre la doctrine de saint Ibom^t n*^tepdaiit approuver ni impronver lesdits articles, mais leç abamluQuer aux libres disputes de TÉcole', »

Cette sentence, qui porte la date du i 4 février ) acheva d'affermir Tautorité de saint Thomas dans rUniversité de Paris, en ùtant à se» rivaux le prétexte le plus spécieux dont ils couvraient l^ur oppo* sition. La lutte ne cessa pas immédiatement : les frauciscains restèrent fidèles à la doctrine de Uuns

1. Hist. Acad. Paris., l. IV. p. 20^. Quelques écrivains de l'Ordre de Saint-Frajiçois uni contesté raulhcnlicite de ce ducuinrut qui a été produit pour la pi entière fois dau» la qMurelli! enLrt3 le dominicain Jean !4onte9on ei rUniversité de Paris; mais leurs frivoles objecUons oui 6té doctemeot réfutées par Rabeis, D. Thoniae 0pp., t. X, Âdm. praBv.. p. U et suit.

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Scot, et continuèrent à Renseigner; mais l'École dominicaine eut en sa faveur l'inappréciable ascendant que les suffrages officiels de TÉglise avaient assuré à son chef. I^s seuls adversairus sérieux du thomibiiie dans les universités furent désormais quelques esprits audacieux et novateurs, qui ne reconnaissaient pas de maîtres, qui attaquèrent également le docteur Subtil et le docteur Angélique, et qui, en dehors de toutes les traditions scbolastiques, cbercbèrent à se frayer des sentiers nouveaux ; précurseurs impatients d'une réfornie dont ils ne virent pas o^ême Taurore, et qui ne devait être consommée qu*an xvu* siècle par le génie de Descartes*

GHAPnM IV.

DUBAMB Dt iAMt-PODlÇAlll IT OOILLAOHt OOCAII.

I. Durand de Saint-Pourçain. Sa doeUiDe sur l'aiitorilé ea pliikia»'

phie, sur les preuves de l'existence de Dieu, sur les causes do péché, sur les facultés de Tâme, sur rindiv iduation, snr les idéesimages, etc. — ÎI. Guillaume Occam. Sa polémique contre Duns Scol et sailli Thomas. Son nominalisrae. Application à la psychologie et à la tbéodicée. Morale et politique d Occam.

Au moyen âge, la culture philosophique se concentrait dans les universités et dans les cloîtres;

mais le cloître n'étouffait pas, autant qu uii le suppose généralement, le libre essor de la pensée. Malgré la vigilance de l'autorité ecclésiastique. Tindocilité naturelle de l'esprit liumain se trahissait fréquemment par des opinions particulières qui détruisaient Tunité de la doctrine, et qui exposaient les ordres religieux les plus florissants à des divisions intérieures. C'est ainsi qu'on avait vu le franciscain Pierre4ean d'Olive» renouveler, après Jean de Parme, les erreurs de Tabbé Joachim , annoncer un nouveau règne du Christ, et par ses prédicatioii3 téméraires, causer parmi les Frères mineurs une émotion qui avait été difficilement comprimée. Ces rébellions du

DURAND DE SAINT-POURÇ VIN ET GUILLAUME OCCAM. iri3

sens privé étaient souvent Terreur d*une imagination exallée que le dégoût des réalités de la vie poussait

au mysticisme ; mais l'argumentatioD scholastlque avait aussi ses entraînements et ses écueils. Combien de disciples soumis en apparence ne résistaient pasf à la tentation de lai-onner et de conclure devaut rÉcole contre les maîtres !

n était réservé au xiv* siècle de développer ce levain d'indépendance philosophique déposé au fond des cœurs. Taudis que Tordre de Saiot-Dominique inaugurait avec enthousiasme le culte de saint Thomas , un dominicain investi de la dignité épiscopale, Duraud de Saint-Pourçain, se pose sur plusieurs questions en adversaire du docteur Angélique béati* fié ; et à Tautre point de Thorizon , voici que Tordre de Saint- François voit s'élever de son sein un novateur audacieux, Guillaume Occam, qui bat en brèche le thomisme, mais qui n'épargne pas la doctrine de Duns Scot, qui rejette également toutes les traditions de sa communauté et de son temps, et qui remonte de deux siècles en arrière jusqu'au nominalisme d*Abélard et de Roscelin.

L(> récit détaillé de ces controverses, dans lesquelles saint Thomas n'était pas seul en cause , et qui embrassaient la scholastique tout entière, dépasse le but spécial de cet ouvrage, nous Tavouons sans peine. Toutefois , dussions-nous être blâmé d'avoir agrandi notre sujet ou d*en être sorti , les noms de Durand et d Occam nous ont paru trop considérables, pour

i»i 0Ui^4NP DE SÀlNT-POUftCAIH

ne pas mériter une élude particulière, qui d'ailleurs •ervira à faire inieux ressortir par contraste ie w^kOtère et ta portée de la doctrine de saint Thomas.

Pailons d*abord de Durand de Saint Pourçain, qui se présente le premier dans l'ordre des temps*

Durand de Baint-Pour^n a été ainsi appelé du nom d*on petit village d'Anvergne, où il naquit dans

la seconde partie du xiii* siècle*. 11 entra fort jeune dans la maison que les Dominicains avaient à Cler* mont , et vint ensuite à Paris oili il fut reçu licencié en 1313. Sur le bruit de ses succès , Clément V l'appela pour lui confier la maîtrise du Sacré-Palais. U nous apprend lui-même quHl enseigna rÊcriture sainte dans la cour pontificale*. En 1318 , il était de retour en France, et recevait comme prix, de ses serrices révôchédu Puy-en-Velay, qu'il résigna bient5l pour aller occuper celui de M^ux. Il est mort , suivant Ëcbard , en 1334. Son principal ouvrage est un Commentaire sur le Maître des seiUeneee, qu*il coni*

1. Je ne sais sur quelle autorité Fabricius, Bibl. med. et inf. latinit., t. II, p. 68, s'est fondé pour attribuer à Durand de Saint- Pûurçain le prénom de Guillaunie. Ce prénom he se trouve pas indiqué dans les anciens documents recueillis par Quétif et Écbard» Scrip. Ord. Prjdic. l. I, p. 586. 11 y a ici quelque confusion avec GuiHaome Duranli, evèque de Mende, nonnné le Sjttcaluteur, sur lequel on peut consulter un savaiu article de M. Viçlor Lt-clerc dans V Histoire littéraire de la France, t. XX, p. kll et suiv.

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