‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 36 sur 125 · Comment, in Magis^rum SmUmt.f Prslat · texte numérisé non relu

Comment, in Magis^rum SmUmt.f Prslat

ET GTOLUmiE ÛCCAV. iW

mepça fort jeuoe et qu il lera^ina aur la lin de ses Jours'.

On a supposé qpe rexemple d'Oceam !i*ayait pa^

été sans intluence sur la direction philosophiqiie do Durand'*^niai8c'est là une hypothèse qui nous paraît s*aecorder assez mal -ayec la chronologie. En effet, si, comme on le croit, Occam n'a commencé que yers 1320 à briller daps les écoles de paris, il a dû être devancé par Durai^d que, dès cette époque, Téclat d^ 8arenomn)ée avait élevé à la dignité épiscopale.

Durand avoue sans détour le peu de cas qu'il fs^t des autorités humaines, et sa résolution de penser par lui-même en matière de philosophie. Lorsqu'il s'agit de la foi, lautorité doit être invoquée; mais sur toute autre question, il est préférable de suivre les lumières naturelles de la raison. Le passage ou Purand expose ce point de vue est du plus haut prix, quand on se reporte à Tépoque où il a été écrit ; nous demandons la permission de le citer :

« Lorsqu'il s'agit de matières qui ne touchent pas la

1. Seript. Qrd. ffmdkt,^ I, p. 5M; Oudia, Oomm. M StripU Sefi(0t., t. UI, col. 793; Brucker» tfial. ml. PkUosophw, t. Iil,p. M; Fabricius, Bit>l. med, et inf. lat%niU\ t. II, p. 68. l<es commentairag de Durand sur le Mettre des Sentences ont été souvent réimpri-

nés; voici le titre de l'édition que nous avons eue sous les youx : Durandt aSnncto Porciano in Sentenlias iheologicas Pétri Lomhardi Commentarîorum libri quatuor f/rimum quidem per Nicotaum a Martimhos eximhtm Xavurrensi^ co!l>'rfii throhguin nuuc irro per quosdam non it,fertorts nuiiv doctvres quanta fieri potvfirit cur^ dili' gentiaque emcndati. Luir'lnni. Ihkl, in-fol.

2. Dietionn. des scienc. philoa., art. Durand. Voy. on sens conirairp ^. Hauréau, I.l. l. 11, p. ^U.

DURAND DE SiilNT-POUItCAlN

foi, la véritable manière d'en parler etd'eo écrire, est de fi*appuyer sar la raison , plutôt que sur l'autorité de

quciqucdocteur, si habile et si taïueiix (]n il piiisseêtre. Il faut faire peu de cas de rautorité humaine ^ quand ce qu'elle nous enseigne est en opposition avec la vérité clairement coaime par la raison. Eu effet, bien qu'il convienne de captiver notre entendement sous le joug du Christ « et que dans les matières de foi nous devions préférer à Taotorité delarason Tautorîtéde la sainte Écriture, expression de la science divine, cependant tout homme qui répudie sa propre raison pour suivre une autorité humaine imite la stupidité des animaux privés de raison et mérite de leur être comparé, puisqu'il se rend semblable à eux. Ne serait-ce pas une témérité que d*oser préférer Fauto* rilé de quelque docteur particulier à celle des plus célèbres interprètes de TÉcriture , tels que sont saint Augustin, saint Grégoire, saint Ambroise , saint Jérôme, SI respectes dans toute l'Église? Et cependant ' saint Augustin lui-même, quoiqu'il lit une le premier rang parmi les grands docteurs, a dit dans le com* mencement de son troisième livre de la Trinité: wNe « vous soumettez pas à Tautorité de mes écrits, « comme vous feriez à celle des Livres canoniques. Si f« vous trouvez dans ceux-ci ce que vous ignoriez auu paravant, vous le recevrez d'abord et avec respect ; « au contraire ce que vous découvrirez dans ceux-là M ne doit vous paraître certain , qu*autant que voua « en découvrirez vous-mêmes la vérité et la certitude. »

Je coiicius de la que vouloir obliger quelqu'un de ne rien enseigoer et de ne rien écrire qui.eoit contraire aux opinions de tet ou tel maître , c'est préférer un docteur particulier à tous les saints docteurs, c'est fermer ies voies à la recherche de la vérité ; c'est mettre obstacle au progrès de la science ; ce n'est pas seulement cacher hi lumière sous le boisseau, c'est la comprimer par la violence. Pour nous donc, nous suivrons la raison, de préférence à toute autorité humaine» persuadés que, si c'est un devoir d'aimer tous les hom* mes , il faut aimer et honorer encore plus la vérité que toute la terre invoque*. »

« La philosophie naturelle , dit aillenrs -Durand', ne consiste pas à savoir <iueiie a été l'opinion d'Aris* tote ou des autres philosophes, mais à connaître la vérité des choses; d'où il suit ([ue, sur les points oii le sentiment d'Aristote s'écarte de la vérité, savoir ce que pensait Aristote ne mérite pas le nom de science, mais devrait plutôt s'appeler erreur. »

Il n'est pas étonnant qu uii écrivain qui posait de pareilles maximes se soit éloigné en plusieurs points des opinions reçues. L'opposition n'est pas encore

1. Comment. t etc., Prœf., p. 3. Ce passage a été ciié {var Touron, Histoire des hommes illustres de Vordre de Saint'DominMqmf i« Il p. Ik2 etsuiv-, dont nous avons rotourhé la traduction.

2. Comment., I, qii.Tsl. Prol., p. 4 : « Naluralis phiiosophia nrn est scire quid Arisluleles vt'l alii philo^ophi senserint, sed quid habeat veritas rerum; unde ubi deviat nions Arislolelis a veritate rerum, non e^i scienlia scire quid Aristoléles senserit, sed potius crror. >Et plub loin, lib. I, dtst. 4, q. v, p. 63 : « De quu (Ari>loteIej BOti eat lantnro earandam sicût de veritate. »

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trauciiee; l'lie porte principalomeot sur les applications 6t Les déiaiis; cependaDi les points de dissidenee sont assez importants pour justifier le renom que Durand de Saiut-Pourçain a conservé.

A l'exemple de saint Thomas et de la plupart des scholastiques, Durand ne considérait pas rexistetice de Dieu couiQie une vérité évidente par elle-même. Le caractère propre de ces vérités, c^est en effet que^ pour les admettre, il suffit de connaître la signifieatiou des ternies qui les expriment; aussitôt ces termes énoncés, nous apercevons et iiou^ affirmons leur connexion. Or, si j'entends dire que Dieu est la causé première ou le premier principe, il ne m'est {)as aussitôt évident que Dieu existe ; car une série de causes qni se succéderaient à l'infini rendrait une cause première inutile ^ et pour établir Timpossibilité d'une série semblable, j'ai besoin de recourir à des raisonnements longs et compliqués. Appellerons-nous Dieu l'être le plus graud que la pensée puisse concevoir, ainsi que le faisait saint Anselme? Mais Tévidence immédiate de son existence n apparaît pas daTantage. Il (aut d'abord s'entendre sur la définition et en reconnaître l'exactitude. Il faut ensuite admettre que l'être qui ne peut pas être conçu comme non existant est plus grand que celui dont la pensée conçoit la non-existence. Lorsque ces prémisses ont été accordées, c'est alors seulemeut qu'on arrive à cette conclusion, que la non-existence de Dieu ne peut pas étie supposée ; oonelusion qui n*a

BT eOILL'AUHB OGGAM. i%9

rien encore d'absolu puisqu'elle serait rejetée par eelui qui aurait contesté Tune ou l'autre dés pré* misses* L'eiistence dÎTine est donc pour Tesprit de

l'homme une vérité de déduction; elle n'est pas connue immédiatement et par elle-même Je ne sais si je me fais illusion, mais les critiques de Durand de Saint-Pourçaiii nie i'a])j)ellenl les objection:? des adversaires de Descartes contre le célèbre enthymème : Je pense, donc je suis. Gassendi releyait avec une sagacité minutieuse la majeure que cet enthymème suppose ; Tout ce qui pense existe. Il insistait sur te passage des prémisses à la conclu-

1. €omm,f lib. I, dist. 3, q. ni,*p. 50 : « Propositio non est per se nota» quoad nos, quando non 5tntim npi^aret connexio terminomm, co^nitiâ lerminis, quantum ad illud quod primo occurrit intellectui de significatis éorum. Sed cognito eo quod primo occurril nobi»? do si^Miifirato htijijs tcmiini Ikn^f, cl de sii^nificalo hujus tertliiui qui t'jt es>,i', iioii slaiirn apparcL coniiexio lerininorum. Si enim per hoc nomcn f)eas primo occiiiral inUîlièctui pnma caus«i vcl primum prinripiuni, non <ialim apparel puilibet quod talis res sil in renim natura^ quia si esbct piocessu» in inlinilum iu caubis, aul circulatio in causis et effeciibus, non esscl dare primam caugam. Non est autem per se notant cuilibet qnod non sit processus in infinilum in causis, aul dreulatio, sed cum mulia deductione probatnm est a Philosophe.... Idem est intelligendum si per hoc nomen Dwê primo oGCUrrat intelleciui illod quo m^jus escogitari non potesl, at accepit Anselmua...» Anselmus non dicit hoc absolute.... Sed sap* posito qnod haec sit ratio hujus nominis Dtus : Deus est quo majus escogîuri non potest, et stopposita illa deductione quod illod cogi* tetur esse majus quod non potest cogitari non esse» quam illud quod potest cogilari non esse. Hisenim duobus concessiSf et facta deductione, «cquiltir quod Detis non potost cogitari non p«sp, non aiilora Mhsointe, quia non cnncedcns jilteram pr^emissarum, aut non deducens ronclusionom ex pi;rmissis, potest secundum se cogitare et mente coocipere Deuiu non esse.... »

sion, marqué par la conjonction ergo. II soutenait

que celte prétendue vérité première n'était (|a une vérité déductive. Qu€ répondait Descartes à son ingénieux adversaire? Qu*il supposait des majeures

imaiimaii es ; et l'illustre philosophe en appelait de la logique à cette vertu innée de l'esprit humain qui, en Fabsencede toutes prémisses, simplement et direc* tement, aperçoit et affirme la vérité ^ Au nom de saint Anselme, nous opposerions à Durand de Saint- Pourçain une réponse analogue, si c'était ici le lieu de discuter la démonstration de Texistence divine.

Sur plusieurs questions de théologie Durand a embrassé des opinions particulières qui^ mieux suivies, Tauraient conduit certainement à une rupture ouverte avec les thomistes. Ainsi nous avons entendu le docteur Angélique soutenir Tefûcacité des causes secondes et de la volonté humaine contre ceux qui transportai(Mil toute pausalilé en Dieu. Durand est dans les mêmes maximes^ mais force un peu la pensée et dépasse la borne où saint Thomas s'était arrêté. Comment et pourquoi la créature peut-elle être, ù parler proprement, la cause de quelque eûet que ce soit? C'est que la créature est douée d'une vertu qui se suffit à elle-même, tant qu'elle est conservée. Sans doute, s'il est question de l'existence de l'être créé, elle dépend tout entière de l'opération

1. Yoy. la Utire de M, Deteariê$ à Jf. CferMiîèr, Hrvattt de fipomê à un ncueH des prineipaki inelancee faUet par if. Gattendi, an tome U des Œuvra de DesùorteSf piibl. par M. Cousin, p. 305.

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divine, sa durée est subuitlonnée à la continuité de cette opération. i^Iais il n'en est pas de même pour les actes de la créature; dès qu'elle est, elle agit par elle-même. Duruod discute toutes les lurmes sous lesquelles Topiniou contraire peut se produire, et il les rejette successivement* Aiosi, il se demande si l'action de Dieu ne pourrait pas accomj)agner 1 action de la créature, ou bien la précéder, ou bien la suivre, et il montre que chacune de ces hypothèses présente dMnextrieables difficultés qui ramènent à cette conclusiou : que la créature agit seule immédiatement en vertu des pouvoirs actifs dont elle a été douée, et que Dieu n'opère que par Tentremise des facultés qu'il a disposées et qu'il entretient dans ^ la créature*. Durand, comme on le pense bieui n'excepte pas les actions humaines, et loin de là il a écrit sur le libre arbitre cette phrase dont les pélagiens pouvaient abuser, qui u aurait pas été avouée par saint Thomas, et que les écrivains ecclésiastiques ont durement relevée : <( Dieu est la cause des actions du libre arbitre, en tant seulement que le libre arbitre est créé et conservé par lui*. »

1. Lib. II, dist. 1, q. v, p. 393 : u Afiere causaï secnndae non est immediatns elTechis causas primae. Et ideo non (^porlet quod Deus ad lalem actiuneui immédiate coagat, sed soluui médiate, conser" vando naturam et viilulcm causiL' sucundae. >

2. Lib. II, dist. 37, q. r, p k?>-2 : « Deus non est causa aclionuni libcri arbitrii nisi quia libtruui arbiiuum ab ipso et est et conservdlur. 9 VA. D'Argentré, CoUccl. jiuliciorum, t. 1, p. 330^ Lauuoy, Syllabus rationum quitus causa Durtmdi de modo cof^unetiimit eonciifSiNim DH tt cnaiufM dêfmiditur <l inoffiekma quorumdam rectnr

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