‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 37 sur 125 · II U · texte numérisé non relu

II U

Un dea motifs de Durand était d'enlever à Dieu

toute part dans lô péché. Aucuu piiiiû80|ihe,aiuâi que ïennemaan Ta remarqué, ne s'eBt montré plus opiniâtre à justifier la Providence des reproches que le mal moral semble l'aire peser sur ses perfections. Suivant Durand, à parler absolument, Dieu ne peut pas vouloir ancune espèce de mal ; cependant il peut^

à certains t^ards et par accident, vniiloir iv mal de peine, malum pasim, comme la douleur, à caus^ du bien qui en résulte ; mais il ne saurait vouloir à aucun titre le mal moral, le péché, parce qu'il répugne à la raison. D'un autre eôté, il ne serait pas exact de dire qn^ Dieu vent la non^existence du péobé, puisque, dans ce cas, le péché n'existerait pas. Le mal est donc quelque chose qui règle eu deligris de la vuiouie de Dieu et à quoi elle ne participe pas*.

ToutefoisDurand n*hésite pas à reconnaître que Dieu aurait pu créer un monde meilleur, et, dans cet aveu, il va même plus loin que saint Thomas» dont sur ce point encore il corrige la décision. La bonté de l'univers résuUe en effet soit de la bonté de ses parties, soit du bel ordre (|ui existe entre elles, soit du rapport qui les unit à leur fin. Or, selon Durand, chaque partie succei^âiveuieut ou bieu luuies à la fois pour*

tiortim censura rcpetitur. l'ansus, 1636. in-8, et dda» la coileclion du >t'i» œuvre», Genève, 1731-1733, in-fol., t. ï.

1. Lib. 1, disl. 47, q. i ; « Noa tniiii vuU Denis lalia iiiala (culp®) lieri, qiiiajHm essel auc-lor malorum ; nec ruisus vullnon flen, quia iiuilo (uodo Oerenl ; el ideo iiullo modo lalia fiunl sccundum voluo* talem divinam, neque oontn voluntat«m, aedprater voluBlat«m. »

BT GUIl^LÀUME OCCAM. ^6;|

raient être améliorées, sans que l'harmonie de

r univers en fût troublée'; ce que saint Tiionicis n'avait pas admis. Qua^t rapports deei parties entre elles, ils sont inyariabW; mais il n'en est pas de même de la relation des choses à leur fin ; car si la condition des créature, cprps ou esprits, était améliorée, les objets corporels offriraient une image niuius imparfaite de la nature divine; les es[)ritii eonnaitraiont n^ieux la majesté suprêms» ils aime« raient davantage la suprême bonté ; aqiour et con* naissance qui sont leur fin dernière.

La psychologie ouvrait yne li|)re carrière au génie sagace de Durand, qui ne s*est montré nul|e part plus neuf et plus hardi, bien qu'il se prononce, comme on peut s'y attendre, contre Topinion d 'Averroès, et en général contre toutes les erreurs que le jugement de rËglise avait condamnées.

Les rapports des facultés de rànie soit entre elles, soit avec la substance même de Tâme, avaient exercé la subtilité scbolastique, et nous avons vu Duos Scot apporter en cette matière, selon sa coutume, un correctif À Topinion de saint Tboinas. Durand discute à iBontQurla question ; mais aux raisons purementméta* physiques de ses prédécesseurs, il substitue des arguments moins abstraits^ puisés dans l'observation psy*

1. Ub. I, diât. kk, q. lu, p. 365 : c Oicendam ergo ({uoil Deus pole»t meliorarc universum , tiielioraiido parles ejus omnes, vel quasdam folmn, vcl unam tantuoi, nec propter hoc sotvitur bar-* monia universî* i

Iff4 DUAAKD DE SAIN T-POURÇ AIN

chologique. Ainsi, il lait observer que nous ne sentons pas et que nous ne pensons pas toujours; mais que ce sont là des opérations yariables qui supposent par conséquent, dansTâme, des propriétés ou puissances particulières surajoutées comme accidents à Tessence, et destinées à servir d'intermédiaires entre Tàme et ses actes. Durand ajoute quel'àme, à ne connidérer que l'es* sence, se prêle indifféremment à tous les izenres d opérations; comment donc accomplirait-eiie Tune plutôt que l'autre, si elle n'y était déterminée par un principe diflereut de l essence, lequel consiste dans les pouvoirs dont elle est douée? Ënfin^ quand une personne devient aveugle, elle ne cesse pas seulement d'exercer Tacte de la vision ; elle perd la faculté même de voir, c'est-à-dire cette faculté est enlevée à Fâme; elle s'en détache pour ainsi dire ; donc elle n'était pas identique à Fessence de râme; elle n'en faisait partie qu'à titre d'accident'. Toutefois Durand ue pousse pas le goût des distinctions si loin, qu'il ne réunisse plusieurs facultés que la tradition de l'École séparait. Ainsi la mémoire et 1 euteudemeot, d'après lui, ne forment qu'un même pouvoir qui a deux opérations, dont Tune consiste à retenir et à conserver les perceptions, et dont l'autre est la perception en acte. De même reutendemeut ue diffère pas essentiellement de la volonté. L'expérience ne nous apprend-elle pas que plusieurs opérations subordonnées l une à

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