‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 40 sur 125 · Lib. II, dtst. 3, q. m · texte numérisé non relu

Lib. II, dtst. 3, q. m

8. lîdd,, t6tcl. .* ff Natura univenalis et individua seu singularis

sunlidem secundum rem : differunl autem secundum ralionem,quia quod dicit species indelerminate, individuum dicit determinate, quae delerminatio ot indcterminalio sunt scrnndiini esse el init^Htiji. Universale enim est unum secundum coooeplum. Siogulare vero est

470 DURAND DE SAINT-POI'RÇaIN

Il existé entre les doctrioeB une filiatioii cAchée qtii

ciilraîne l'esprit Je l une à l'autre, pour ainsi dirp à son iosii. Lorsque Durand eut battu eu brèche les opinions contemporaines sur Fentendement iictlf, les anÎTersanx, rindiTiduation, il fut conduit à examiner une autre hypothèse que saint Thomas et Duus Scot avaient admise arec tous leurs contemporains» l'hypothèse des idées représetitatives envisagées comme origine de la connaissance. Il a si bien pénétré les vices du système y il les a etposés si nettement» qu'il a laissé bien peu de chose à fait^ à ses successeurs, et que Thomas Reid, par exemple, n'a fait que prêter aux objections du docteur scholastique lés formes agréables d*uii style élégant, facile ët populaire.

Durand signale d'abord les motifs qui ont pu suggéreÉ" une explication aussi étrange. « Ce qui se |iàsse pour le sens ié la true^ dit-il, paraît Aiéit donné lieu à l'invention des espèces repré^eutatives. La couleur semble produire une espèce d elle-même dans le milieu transparent et dans l'Organe, bomntè le montrent d'une manière sensible les iniai^es réfléchies par les miroirs. Sans cette remarque, il n'aurait jamais été question de ces images comme origine de la connaissance. Mais comme, suivant quelquesunsy l'espèce de la couleur imprimée dans Tceil repré-

unum Bocundum esse reale- Nam sieut actta intellectos focit uaiveraale, sic aciio agenlis nataratis terminatur àd sihgulare. Nlliil exIaiU io ro estta niai individuum vel singularfi. Ergo esse indÎTiduum Bon fsonveoit aliciii per allqoid sibi addUum SeJ per illud qaod e». Pér ^îiiti er|oeStMrl«aindividuum?Pei*iUodqttoaeetexi9l«dS.»

ET GUILLAUME OCGAM. ' ili

sentti la cotileur à la Ttie, on a supposé de mèmé qu'il

existait des espèces dans noire entendement , et même dans celui des anges pour repi^éseuter les choses. M

Que disafeht de plus Antoine Arnauld et l'École écossaise, el de nos jours qu a fait M. Royer-GoUard, sillon commenter ces paroles de Durand* ?

Après aToir monti'é la source de l'hypothèse, Durand en signale les inconvénients , et comme il entend cotiler à ibnd la question» il tt^ito snccedsiVe^ tnent des espèces sensibles ët des espèced intelligibles.

S'agit-ii des espèces sensibles? il faudrait dn moins qu'elles fussent aperçues pal* lés sens, t)dUi*

aider ensuite les sens à apercevoir les objets extérieurs. Car elles ne peuvent faire connaître ces bbjets qu'en Hiisob de la ressemblance qù^elles bkit avëc ëûx ét parce qu'elles en soiiL les images. KL qu esl ce qu'une image, si On ne l'aperçoit pas ? Mais les sens n'aper* Rivent paé tes espêbeis sensibles : la Tue^ par exemple^, n'a jamais aperçu dans Tair l'espèce colorée : ello l'y chercherait, elle ne la ferrait pas, chacun le sait par expérience. Il est donc absurde de soutenir que nous alTtvionsà la connaissance d*aucun objet, quel qu'il

1. Voy. Arnauld , Des vraies et des fausses idées, ch. iv : c Que cb que l'aoteUr de ta Recherché de la vérité dit de la naturé des Idées dans son Iroiéidme livre n'éàl fondé que sur des imaginations qui noué sont restées des préjugés de l'eiifance. » Cf. ftoyer-Collard, FragmenU ph^osophiqw», i. III, p. 3tô et Suiv. des (Œuvres its Kéid Irad. par II. loutÉroy.

il% DURAND DE SAINT-POURÇAIN

Boity au moyen d'espèces semblables qui nous sont absolument Inconnues

S'agit-il des espèces intelligibles, la difficulté est la mémo. Comment aideront-elles à la connaissancei si elles ne sont pas elles-mêmes connues? Or, elles ne le sont pas. Si, rargunientation de Durand est trop curieuse pour que nous ne reproduisions pas ses expressions textuelles». ..«L'entendementqui a, dit-il, le pouvoir de réfléchir, se connaît lui-même et connaît ce uu il reuierme avec certitude et d'uue manière en quelque sorte expérimentale. Nous savons par expérience que nous pensons et que nous avons en nous le principe de la pensée. Si donc noire entendement contenait des espèces telles qu'on les suppose, il semble que nous pourrions connaître avec certitude leur existence au dedans de nous, de même que nous connaissons certainement les autres cboses qui sont dans notre intelligence, comme nos actes et nos manières d'être. Or, il n*en est pas ainsi. Il ne paraît donc pas qu'il existe dans rintelligence pas plus que dans le sens des espèces destinées à représenter les objets\ » J'ose affirmer que les ouvrages des philoso-

1. Lib. II, diat. 3, q. vi, p. 312 : c Sine dobio de se videtur ab» surdum qnod potenlia cospiitiva dncatur in cogniiionem «licujtis par taie repraesenlalivum quod estaibi tolaliter incoi;ntlum. >

2. /bld., i6td. ; < Inteliectus cum sit virtus reQexiva. cognoscil se

el pa qu.T sunt in t»o per cerlitudinem et (|ua?ïi experimenlaliter. Unde i-xperirnur nos intelliL'oro et habcre in nobis prinripiimi (J'îo inlt'lli|;imu8. Si erjro in inif llertu nontro essel aliqiia talis Sjiccit's, videtur quod po^imu» per cerlitudioem cognoscere eam e&âe m

ET GUILLAUME OCGAM. 173

phes modernes ne renferment pas une page plus concluante et, si je puis le dire, plus psychologique sur la question*.

Ainsi Durand de Salnt-Pourçain avait pris successivement à partie les opinions les plus accréditées de son temps et il y avait apporté de graices correctifs» sans même s'arrêter devant la renommée immense de saint Thomas. L'exemple était d'autant plus dangereux qu'il partait d'un prélat illustre^ entré dès sa jeunesse dans Tordre de Saint-Dominique» élevé par la cour de Rome à la di^ité épiscopale et que sa haute position ni ses antécédents n'avaient pu retenir. L'impression fut profonde , surtout parmi les Frères prêcheurs. L'un d'eni, Durand le jeune, surnommé Durandelle, natif d'Auvergne, comme Durand de Saint-Pourçain, 8*imposa la tâche de réfuter son eompatriote sur les points où celui-ci s'écartait de saint Thomas. Louis de Valladolid nous a conservé quelques fragments de l'ouvrage, dont on peut lire dans Échard le début emprunté au quarante-neuvième psaume. « Étant assis, vous parliez contre votre frère, et vous prépariez un piège pour iaire tomber le fils de votre mère. Vous avez fait toutes choses et je me suis tu. Vous avez cru, ô homme plein d'iniquité , que je vous serais semblable. Je vous

nobis, skiit cogoofcimus per certitudinem alia quœ suot in inteltectti Aostro, Utm aeli» quam habitas. »

1. Compares Arnauld» l.I. ch. vu ; Rekl, IM»rdtes sur FmU«nd9tnmi humain^ ma tome H de ses OBavm; Boyer-Collaid, LU

DUKitiD dË $AiNT-POURÇAIN

repregdvai iévèrement «i je m'élèv«m oorUv

vous'.,.. »

MaU les travaux plulosupUiques d Occam devaient «voir un bieo autre releatissemeot et une bien autre inOueDce que ceux de Durand de Saint-Pourçain.

Peu de pbilûâuplies oat mené une existence plus tourmentée que ce moine franciecain, né au ziii* sièr ele, dans le eomté de Surrey, et mort, selon Topinion la plus cominiine, à Munich en 1347 ^ d'abord disciple de Duns Scot, et dans la suite son adversaire implacable; apologiste opiniâtre de la pauvreté volontaire ; très-iiostile à la yyapauté ; demaiulaut tour à tour fit prêtant appui pour la combattre aux princes sécuiim, tantôt au roi de Franoe, Philippe le Bel, tantôt à Tempereur d'Alleiiiagno, Louis de Bavit rej suspect aux universités; excommunié par le saint* siège; condamné avec les adhérents de Michel de Césèno, par le chapitre général de son ordre, et malgré les anathèmes de Tautonté ecclésiastique , poursuivant son œuvre, la plume à la main comme un glaive , pour combattre les haines amassées sur sa tète \

U Sorjpl. CN. Rrmdic., I, p. 587, 588) Touro&i Util, dtihammm illufêres d$ Tordrf rfi Samt>^Skmmiqu», t. Il, p. iU«

8. WaddÎDg, StfipL Ori*Min.^ Rom», 1690, in-ltil., p. 186; RonuD, 1808} ip-fdl., p. 108; Sbiraglii, Sufifkwmlimtt (MigmHo

La philosophie de Guillattme Occam est le r^et ûdèle de suii caractère iadompté et de m vie. (/est UDe protestation audaeieuae et opiniâtre contre Ten» eeiguement de TÉcole; c'est la tradition philosophique du xui*^ biècle mise en question dans ses points les plus essentiels ; c'est la résurrection du nomînalisme décrié et oublié depuis Roscelin, et qui re])araît tout à coup avec un cortège de conséquences queKoscelin n'aurait pas avouées.

Lucas Wading a donné la liste des ouvrages d*Oocani ; elle ne coinpreiul pas moins de quarante traités, comuicutaires, opuscules sur toutes sortes de sujets. Il est probable que les mftmes ouvrages y sont indiqués plusieurs fois sous des titres différents et que beaucoup sont apocryphes. Ce qui est constant, c'est qu*ttn très^petit nombre ont été publiés ; encore las éditions remontent-elles aux années qui ont suivi l'în* ventiou de rimpnuiene. Nous avons dû circonscrire en conséquence le champ de nos recherches» Nous avons étudié la métaphysique d'Occam dans ses Omê^ lions quodlibéliques et dans son Commentaire sur le MaUre dei tenteneet y sa doctrine politique dans ses Diahgues composés contre le pape lean XXII

ad Scriptores trium ordmauk S. Franckci, Romae, 1806, in-fol., p. 32U et 327; Fabricius, liibl. mal. et inf. Latinit.^ t. III, p. 157; Biucker; Uist. crit. Philos.^ t. III, p. 846 et sqq.

1. Oialo^ui magiitfi GuiUtmi d$ Qckam dociorii famoaifiimi, Uigduot, I<k94, in-<i, avec une épttre dédicaUnre «draaaéa au célébra liistorieo, iaaa Trithèioef abbé da Spaobeim, Nous avoua au aoua les yeux deux exemplairea dea Quittions quodUbétiquei ^ qai

ill} DURAND DE SAINT-POUKÇAIN '

Parlons d*abord de sa métapliysiqne.

Le problèmederindividuation, comme nous l'avons souveot fait observer , avait succédé i>eu à peu au débat sur la nature des universaux, toales les Écoles s'accordant à admettre deux éléments, l'un particulier, l'autre géaérai, dont F union constituai l la réalité, et dont il appartenait à la philosophie de découvrir le rapport. Le point capital de Tentreprise d*Occam est qu'il contesta d'une manière absolue la présence de Tuniversel au sein des choses; d'où résultait que Don^ulement les lois de l*existenee et les conditions de la connaissance iiumaine avaient été mal comprises , mais que le terrain même de la controverse devait être changé et qu*il fallait ramener la question au point où la défaite du uuaiinaiisme l'avait laissée.

Afin d*opérer ce virement soudain dans les doctrines , Occani passe en revue les différentes formes que le réalisme a revêtues depuis saint Anselme , et il les rejette toutes successivement au nom de ki lo-

portent l'une et l'autre ce simple titre inscrit au recto du premier feiiillrt : Quodlibeta Guillermi Jfokan. Une note placée à la fin de l'oiivriire avant la table nous fait connaître le nom de l'éditeur : ( E.xpliciiitit Ouodiibela venerabilis iuceploris Guillermi liokan de Ordiue Fratruni niinonim rnicndala (lili;-:enl('r per eximium viram Cornelium Oiuieiuliick arliuni nia-^islruni et in sacra pagina licencialum. 1 Mais cette note usl iuimédiatemeiit suivie dans un des exemplaires de l'indication de la date de Timpression et du nom de rtopriiueiir. « Impressaque PftrisiU arte magitiri Pétri Robei impresMrift regii. ADDoDomia! millesimo quadringentesioio octogesimo septimo die penalCima mensis febniarii. » Le Beoond exemplaire eat sans date.

ET GUILLAUME OCGAV. 177

gique et du sens commun. Nous ne le suivroDs pas dans les détours infinis de cette polémique, dont la partie la plus C(/iisidérabîe est dirigée contre les disciples de Scot; nous oous contenterons de recueillir les objections qui concernent plus spécialement TËcole dominicaine.

Rappelons-nous quel était le sentiment de saint Thomas sur la nature des universanx. 11 était sans doute très-loin de les .considérer comme des substances qui existent en dehors des individus ; mais il soutenait qu'ils font partie de ces objets , qu'ils s'y trouvent contenus en puissance, et que Tintelligenee en vertu de sa faculté d'abstraire , les dégage et les réalise ; de sorte que si la forme universelle n'est pas un être, elle est quelque chose de l'être, et elle re* prend son caiaclcrc véritable dès que rentondement a écarté l'enveloppe matérielle qui la dérobait aux sens.

Contre cette thèse irréprochable et qui était assurément très-opposée aux prétentions du réalisme, Ocoam invoque les subtilités les plus captieuses. Les thomistes, dit-il, admettent la réalité des nniversaux, et cependant ils prétendent que les universaux n'existent pas en dehors des individus. Mais qu'est-ce que l'universel ? ce qui est affirmé de plusieurs. Qu'est-ce que riniii\iduel? ce qui est atlirmé d'un seul. Donc, l'universel et l'individuel sont des termes contradictoires qui ne peuvent coexister dans un même sujet. Dira-t-ou que l'universel pris en lui-même n'est pas Il IS

llflîrmé de plusieurs , mais que cette propriété lui appartient seulement en vertu de Tacte de 1 cntendemeot? Ce|t«i réponse ne satisfait pas à la difficulté* Non-seulement être affirmé de plusieurs et ne pas être aflirmé de plqsieurs sont des propriétés contradictoireSy mais encore pouvoir être aflirmé et ne pou* voir pas Tétre*. Or, selon saint Thomas, Tuniversel est prédicahîe en vertu de Topération de l'entendementf tandis que le singulier ne Test jamais. Donc, l'universel renferme en soi une possibilité qui n*exist6 pas dans le singulier. Al)stractinn (aile de toute opération de renteudement, Us sont diliéreuts , opposés, inconciliables.

Occam essaye plus loin de montrer combien il est difficile de considérer Tuniversel comme un mode de la conception des choses. Si nue seule chosCi singulière selon son être réel, est universelle selon son être dans l'intelligence, il n'en est aucune qui ne puisse être universelle dès que riotelUgence Ta conçue. Socrate , en devenant l'objet de la pensée , devient un universel qui convient à Platon. L'essence divine eUe*même est rendue universelle par l opération de l'esprit, bien qu*en soi et selon la vérité de son être, elle possède le suprciac degré de l'individualité*.

1. Sent., I, dist. 2, q. vu : ^ Non UiUuin praîdicari de plDi ibus et non pnedicari de pluribus contradicunt , sed praîdicabile de piuiibus et non prâsdtc^bile de pluribus contradicunt. Similiter posse prsedicari de pluribus et non posse prsedicari de pluribus contradicunt.... »

S. ièitf., ihtd. : ff fi iUa rM qm raïUter est siigataiit, M val-

ET flUILUlUIE OGCAK. 179

Le général sera-i-ii , comme le veuieut quelques- UQB, le partioulier pensé confusément? NouyeUe âi£QeaIté. Soit une chose que j'appelle A; A conçu confusément est ua universel ; donc il convient a B j il - peut être affirmé de B ; B eat A conçu confusément. Socrate, par exemple, est Platon conçu confusément; Dieu est la ci caiure conçue confusémèiit, et, par réciproque, Socrate, conçu confusément, estPlaton) Dieu, conçu confusément, est la eréatuie*. En outre , si les conceptiuii^ de Tentendement , dès lors qu'elles sont confuses, rendent les choses universelles de particulières qu'elles étaient, les notions sensibles doivent jouir de la même propriété. Le ^ûaeral serait donc l'œuvre non-seulement de l'esprit, mais des sens. Ne serait-il pas d'ailleurs étrange de présenter la confusion dans les pensées comme la vraie raison de Tuniversalité? Lne pensée est d autant plus simple qu'elle est plus générale, et die est d'autant moina confuse qu'elle est plus sirople'.

Ainsi nulle cliose en dehors de Tâme n'est universelle, par elle-même ni par l'opération de Tentende-

venslis aacuBdum em lamn in iotellectu.... crgo quaslibet m qn» potasl intelligi, ooosiinilitcr potesi esse universalis eodem modo, el Ua Sortes potest e^^se uoivenalis et oommunis Platoni aecundoiii esse sQuoi in iniellecta. Similiter esseotia divioa, secundumesae suum in intelleotu, polertt esae vnivanatia, quainvis ipaa, secundum esse saura rsale in eSéctUtSitsinguIarissima; qtue aunl omnia absurda. >

1. Sfiil.t ikid, : c Sortes est Plato confuse oonoeptos, el Deus est creatura confuse concepta. >

a. Jbid., ihiâ. : * Nulla red simplex potest intelligi coofase si ÎQteliigaUirj el tatneQ respecta siagalarium est uoiversale* »

180 DOKAND DB SAllfT-POUftCAlN

tiieut. il est aussi impossible qu'elle le soil, sous quelque point de vue que l'ealendemeiit Tenvisage, qu'il est impossible, dit énergiquement Oceam, qu'un homme soit un âne^ de quelque manière que nous le considérions ^ Si l'universel existe, c'est en vertu d*une institution arbitraire » alors qu'un mot , [)ar exemple celui d'homme, qui est singulier, est employé dans un sens universel. Cette phrase, jetée par Occam à la fin de la 'polémique contre les thomistes, nous introduit au cœur même de son propre système.

Selon Occam» l'universel a dans l'esprit une exia^ tenee objective, non subjective, c*e8t4-dire il possède une certaine réalité idéale en tant que représentation des objets extérieursi mais en sei, il n'est pas substance; il n'est pas même qualité; il est une pure ' ûction, comme l'idée de la chimère, comme les ianlaisies du poète» comme les conceptions abstraites du logicien. Et le motif qui fait que cette fiction s'appelle universelle, c'est (ju'elle s'applique également à plusieurs objets particuliers dont elle exprime les ressemblanceS) à peu près comme une seule et même idée pourrait représenter à la fois deux monuments dont l'un aurait été aperçu par un architecte et dont

I. Sent. I, dist. 2, q. viu : c Tanta âmpOBMbilitas est quod aliqaa res sit extra animam quocumquc modo univcrsalis, nisi forte per instilutiontMn vnluiit;(ri;tm quando isla vox homn qmv eèt «ingularis est umvi r^ tli.^ (^i;jiita impossibiiitaâ est quod honio, per quamcumque coitôiiieraiioocin vel âecuadum quodcuœque esse , sit asinud >

ET GUlLLÂinE OGCAN. 181

il aurait construit l'autre à Timage du premier. Mais laissons parler Oocam :

(Y On peut dire d'une manière probable , dit-il, que l'universel n'est pas une réalité, ayant un être subjectif, soit dans Tâme, soit au dehors de l'âme, mais qu'il a seulement un être objectif dans l'âme, cpi*il est une fiction dont T^tre objectif est semblable à Tétre subjectif de la ciiose extérieure. Lorsque l'intelligence aper^it une chose en dehors de l'âme, elle se i cin ésente une chose semblahlf, 1 1 si elle possédait le pouvoir créateur, elle produirait cette seconde chose qai cependant resterait différente de la première. Il en est en cela de rintelligence comme d'un artiste. De. même que Tartiste, à la vue d'un monument, conçoit un autre monument tout pareil qu'il construit plus tard, et qui ne diffère du premier que numériquement; ainsi à la vue d'une chose extérieure l'intelligence conçoit une notion qui lui sert comme de modèle. Car de même que le monuiiient conçu par rarcliitecte serait le modèle du monument à construire, si rarchitecte pouvait le construire; ainsi la notion que forme l'esprit est comme le modèle des choses particulières. Et cctt<^ notion peut être appelée universelle, par là même qu'elle est un modèle qui est commun à tous les individus sans distinction, et qu'en vertu de cette ressemblance dans l êlie objectif, elle peut .sigoiûer les choses qui ont un être semblable en dehors de l'entendement. Ainsi l'universel ne se forme pas par

I8f DUBAHll D£ SAINT-POmiCAIll

voie de génération ^ mais au moyen de l'abstraction, laquelle est une sorte de fiction *. »

Suiyant ArUtote, et suivant la tradition constante de l'École, la science est la connaissance de Tuniversel. Si i universel est une fiction de Tesprit, elle n'a plus d'objet et le seepticisme a raison contrôle dogmatisme. Mais cette extrémité ne fait pas reeuler Ûccani qui soutient hardiment que ie véritable ternie du saToir humain, ce no sont pas les choses, eoaimo on le croit; ce sont les mots. Tantôt les mots n'ex«« priment qu'eux-mêmes, et dans ce cas, la science est purement grammaticale; tantôt ils expriment les coU'» oeptions abstraites de Tesprit^ et dans ce oas^ elle est purement logique; tantôt ils signifient les choses, et, dans ce cas, elle est réelle. Mais ou réelle, ou logique, ou grammaticale, la science humaine ne roule jamais directement que sur les signes. Qi^'^ind donc ou nie la réalité de 1 universel, et qu'on se borne à le définir une conception abstraite qui doit être formulée par le langaiïP , on irenlcve pas à la science son objet, mais on le détermine d'une manière plus pré* cise et plus exacte. BUr ce point si important il fliut encore laisser la parole à Occam :

« La science, dit Occam, ne roule pas spécialement sur les choses^ comme si les choses étaient ce qui est connu immédiatement $ mais elle roule sur les signes qui représentent les choses.... 11 faut savon-,

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