‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 44 sur 125 · DURAND DE SAINT-POURÇAIN · texte numérisé non relu

DURAND DE SAINT-POURÇAIN

Occani s'attache à développer ce dernier pomt : (c Le philosophe qui suit la raÎBcn naturelle aecorderaît que nous expérimentons au dedans de nons le genre de pensée, qui est l'acte d'une forme corporelle et corruptible» et il dirait avec raison qu'une pareille forme suppose Tétendue. Mais nous n'expérinienions pas cet autre genre de pensée qui est lopération propre de la substance immatérielle, et il suit de là que nous ne pouvons pas conclure qu'il existe en nous une substance immatérielle qui est notre forme : et quand bien même nous expérimentenons en nous ce genre de pensée, nous ne pourrions en rien conclure, si ce n'est que son su irt est en nous comme moteur, mais non pas qu il & y trouve comme la forme essentielle de notre existmce »

toto corpol o et tota in qualibet parte corporis, non polesl evidonlpr fleri per ralioiies sivo per experienliam, quod talis anima sit furuia corpuris, nec quotl iiiLelligere talis subslantiai proprium sit in nubis, nec quod Lait» anima sil forma corporis. Quidquid de hoc senscril philosophas non euro ad prsMns, quia imni» ratio probai» iaia» acdpit dohia homini seqnentî rationem naturalem. Nec per exporientiam probatur, quia aollim «Eperimor intellectioDem et noIitioDeoi et aimilia ; aed omoia lala dieit lequena rationem vel experientiam, esse operationea et paadonea cauaatas et reoeptas in fonna illa per quam poneret hominem diatingoi a brutis; et Ucet secuodnm fidem et mitalem ponatur quod ista sit anima intelleetiva quse est forma incorruptibiliâ, tamen talis dineret quod esset Torma exteosa, et genr^rabilis cl corruptibilia; et non videtur quod experientia aliam forinam concludn!. »

1. Quodlib.y ibtd. : « Non experimur istam intellectioneni (luîpeei operatio propria subsfanlia» immaterialis, et itleo per inlclleciionem non concludimus iltam substanliam incorruptibilem esse in nobis tanquam formam. »

ET OUIUAUllfi OCCAV. 189

Si Occam u est pas décidément matenaliste^ . on conviendra qu'il est bien près de Tètre.

Soivons Oceam sur le terrain de la théodicée; c'est lù surtout qu'il faut se donner le spectacle de ses incertitudes si étonnantes dans un siècle de foi*

Occam ne se borne pas à enseigner ayec saint Thomas et tous les théologiens que Dieu n'est pas connu ici-bas en lui-même ^ que l'essence divine n'est * pas le terme immédiat de Topération derintelligence ; il va plus loin et prétend que nous n'avons aucun concept simple de la divinité. 11 n'y a en effet que les choses susceptibles d*ètre connues en elles-mêmes qui soient l'objet de concepts simples. I n aveugle-né parviendrait-il à se former un concept simple de la couleur à l'aide de ses autres perceptions ? Non assurément. Or, à l'égard de Dieu qu'il ne voit pas, l'esprit bumain est dans la même situation que l aveugle à l'égard des couleurs ^

Comment donc Tbomme connaît-il Dieu ? Par une série d'abbti actions dont les êtres particuliers nous offrent les éléments, et que nous réunissons dans une notion complexe qui représente pour nous la divinité. Cette nuLioii so composant d'idées élémentaires qui conviennent également à Dieu et à d'autres êtres, est sous ce rapport commune ; mais prise dans sa totar lilé, elle est propre; car Dieu seul possède tout Tensemble des qualités qu'elle comprend. « il existe

Page 1