Quo^ify., I, q. i
S. SmUnt.^ l, ékU 35, q. u : c Dico quod nullo modo polest per rationem probari quod DeuB nihil aliud a seiatelli^at; secundo, quod née polest probari per ratiooein quod intelUgat omnia a ae; lartîo qood potest probabitiler probari quod iotelligit atîqood almd a ae« »
Oecam n'e^t pas moina réservé à l'égard de la puissance de Dieu. Suivant ses propres termes, on ne peut prouver par la raison nalureile que Dieu est la cause efficiente de toutes choses; d*abord parce que Ton ne peut pas rigoureusement démontrer que certaines causes» par exemple les corps célestes, ue suiiisent pas pour produire beaucoup d effets dont Dieu, de Taveu de tous» ne saurait être considéré comme la cause immédiate; ensuite parce que si l oo pouvait établir par voie do démonstration, que Dieu est cause efficiente, on démontrerait non moins aisément que sa causalité suffît à tout protiuircy et aiusi toute autre espèce de cause 'deviendrait inutile. Mais Occam Ta plus loin; au risque d'afl^iblir la preuve qu'il a donnée de l'existence de Dieu, il ne veuL même pas que la raison puisse démontrer que Dieu est la cause d'aucun effet; car, dit<il, il n*est pas prouvé qu'il existe aucune chose susceptible (rctre produite, si ce n'est les ch<^8 qui naissent et qui s'altèrent^ dont les corps naturek inférieurs, ainsi que les astres, sont les vraies causes. Et quant aux astres mâmes, rien ne prouve qu'ils aient été produits. Non potesl probari suffidenter quod substdntia separata
quœcuuiqut' nvc aliquod corpiLs cœleste camalur a quocumque e/ficiente» Le seul point accordé par Occam, c'est qu'on peut raisonnablement se persuader , penuadcri rationabiliter , que Dieu est cause efficiente ou motrice, causa efficiens vel irtovenSf de quelque effet; car à quoi bon admettre qu'il
JOli DUKAND Ut SAIM -l'OL'HÇAlN
existe, s'il ue pouvait produire quelque chose dans runivers *?
Mais c'est principalement lorsqu'il traite de l'infinité divioe que le docteur fraDciscain donne un libre cours aux tendances sceptiques de la philosophie. Peut^OHi se deniaiiilp-t-il, prouver par raison naturelle que Dieu est iodui? Non, répond-il ; car l'infinité de Dieu ne pourrait se démontrer (jue par ses œuvres; or ses œuvres ne la démontrent pas. Occam insiste sur ce dernier point qu'il établit de la manière suivante : U Si les effets de la puissance de Dieu, dit-fl, prouvent son in Oui Lé, c'est parce que les oeuvres de Dieu ont une durée infinie, ou bien parce qu'il en produit qui sont infinies , ou bien parce qu'il crée suit simultanément, soit successivement, plusieurs inûuis, ou bien parce qu'il conçoit un nombre infini d'objets. Ce n*est pas premièrement parce que les œuvres de Dieu ont uue dui ec iuliuie ; car outre qu'on ne saurait démontrer qu'aucune cj^se ait Dieu pour auteur, non potest demomtrari quod Deus est aiieuju$ causa effkiens y la uii nie |iiiissauee active qui u cause son ellet peut le ci>ntiauer, et elle n'a pas besoin de
1. Qmdlih., H, (|. i : * Dico quod non pult st prniiari i aliène nRlurali (juod l>cu-; e-l enlisa cfllriens immediafa omniuin. .. Secundo dico quod non pol('^t |)rubaii nalurali ration© quod Dous siL causa elliciens alicujus t tlVciii-;; (juoniam non polest probari suificienler quod sinl aliqiia elltn libilia priLlor i;cnerabilia et corniplibilia quorum raosaî sufïicienluà suât corpora naluralia iuferiora et corpora cœleslia.... Tertio dico quod potesl persuaderi rationabiliter quod Deus est causa eflidens vol roovens alicujus effeclu»; quia aliter Trastra ponerelur, si nonposset aliquid causant effective in untveno. »
ET fiOlLLAUNE OCCAM. 197
pluBd eiforts pour ie contiouer [)endant mille ans que durant un seul jour; que die-je? la puissance qui Ta
conservé pendant un seul jour, peut le continuer éternellemeûty si nulle puissance conlraira ne fait obstacle à son action et n*en .diminue Tefficacité. Ce n'est pas^ secondement, parre «jue Dieu produit des ouvrages qui sont inûnis; car nul eilet n'est ai ue peut être inGni. Ce n'est pas troisièmement parce qu'il produit soit simultanément, soit successivement, plusieurs infinis; car plusieurs inlinis ne peuvent exister à la fois ; et, d*autre part, une seule cause, même finie, grâce à la variété des causes qui concourent avec elle et des objets qui subissent son action, peut produire une succession infinie d'effets. Le soleil n'échauffe-t^il pas une infinité de corpij par ses rayons? Un même fo^er ue pourrait-il pas embraser une infinité de matières combustibles? Ce n*est pas enfin parce que Dieu connaît un nombre infini d'objets; car on ne peut pas rigoureusemeut démontrer, nous Tavons vu, que Dieu connaisse rien autre chose que lui-même. » Les partisans de l'infinité divine pouvaient objecter que Tiulinité ne répugne pas à la nature de 1 être, et que si Dieu ne la possédait pas, elle appartiendrait à un autre qui dès lors surpasserait Dieu en perfection. Mais que répond Occam? a Je soutiens qu'il ne peut pas être rigonreusement démontré que l'infinité ne répugne pas à la nature de Tètre, et quand ce point serait accordé, il ne résulterait pas de là qu'il existe un être infini* Rien n'empêche que les êtres ne soient
im DURAND DE SAINT^POIIIICAIN
en nombre pair; est-ce à dire que nous pouvons prouver qu'ils le soient »
Speetacb vraiment remarquable! Voici d'an c6té des docteurs pleins de foi et d'humilité, enfants dociles de rËglise, Mêles à ses dogmes^ et à sa discipline^ prêts à se taire ou à se rétraeter dès que Rome aura
pai lé, un Albert le riraiid. un saint Thomas, un saint Bonaventure> un Duns Scot. Ils se gardent bien de nier Texeellence et la portée de rintelli^ence humaine; loin de là, ils sont niKuiimes à proclamer qu'elle peut parvenir certainement à la connaissance ' du Créateur; ils yenlent même qu'elle ne soit pas absolument incapable de pénétrer les mystères de la foi chrétienne , et saint Thomas, imbu de cette pensée» compose son admirable Somme contre le$ Genr tils, où il parle la langue des philosophes et ne met en ceuvre que des arguments empruntés à la science profiewe. Voici d'un autre côté un écrivain qui s'an* nonce comme un libre penseur, qui attaque le pouvoir pontiilcal et la hiérarchie ecclésiastique , qui prétend réformer le clergé et renouveler la philosophie; aura-t-il dans la dignité de la raison cette foi sainte et ce long espoir que la hardiesse de son entreprise paratt annoncer? Non/il ne reconnaît à Tes* prit humain nulle portée en dehors de Texpérience; il nie que nous puissions connaître Dieu par la lumière naturelle, et toutes les fois que ce novateur si