‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 51 sur 125 · Qitodlib.t II, q. II. Cf. IH, q. i; Vil, q. xi et iiv · texte numérisé non relu

Qitodlib.t II, q. II. Cf. IH, q. i; Vil, q. xi et iiv

résola est en présence de la vérité religieuse, sa Tue se troable» sa fermeté TaciUe» et ne sachant que dire

ni que faire, il se jette dans les bras de 1 autorité. Mélange singulier de foiblesse et d'audace, de décou* ragement et de témérité! Serait-ce que* la raison a

d'autant plus de confiance en elle-même qu'elle se sent soutenue par la foi» et que, ce divin appui venant à lui manquer» elle s'abat aisément et se désespère? Ou bien, à mesure qu'elle s'aiïianchit, iréprouvcraitelle pas le besoin de s'imposer à elle-même une règle sévère, de réprimer ses propres élans et de limiter ses possessions afin de les j^arantir et (\e les consolider? Avouons-le sans détour,^ si 1 émancipation de la philosophie devait avoir pour résultat la défiance des nobles facultés dont le Créateur nous a doués, elle ne vaudrait pas les sacrifices qu'elle aurait coutés, et tous les esprits sincères chez qui le charme trompeur de l'indépendance ne l'emporte pas sur l'amour de la vérité, devraient regretter le temps où le génie, éclairé par le christianisme et contenu par l'Église, marchait à la découverte du \rai avec les forces réunies de la tradition, de la raison et de la foi. Pour Occam, son attitude sceptique en théodicée est la conséquence de son norainalisme. Quand on écarte l'élément général de la connaissance liumaine, et qu'on réduit toute la science à l'étude des mots, la logique mène à délaisser les vérités religieuses comme placées en dehors de la portée de l'homme. Tantôt, on les nie ouvertement, comme quelques-uns dès

»00 DUBANO D£ SaIKT-POUBÇAIN

écrivains (lu xviii* siècle l'on fail; taiit4jt, à rexeiBple d*Occam, on eu laisse le jugement à la foi et à Tautorité; mais eelte résenre ou celte feinte ou cet athéisme trahit le faux principe d'où le philosophe est parti

Occam a porté dans la morale l'esprit qui anime sa psychologie et sa théodicée. Si l'universel est une pure fiction de l'esprit, un vain mol que les lèvres prononcent, mais qui n'exprime rien de réel, il ne saurait avoir plus de réalité pour le moraliste que pour le métaphysicien. Mais, en morale, l'universel, c'est In loi même et l'obligation uniforme et absolue qu'elle impose à toute volonté. Nier l'universel en morale conduit donc à nier le devoir, à laisser ouvertement la liberté sans autre règle que la passion, ou du moins à profondément altérer les bases de la moralité. Duns Scot avait cherché, comme nous Tavons vu, le fondement de la loi naturelle dans le décret arbitraire de Dieu qui crée le bien et le mal, au gré pour ainsi dire de ses caprices, et selon qu*il commande ou qu il défend. Occam n'a pas laissé échapper ce moyen de rester fidèle à l'esprit du uominalisme, même en parlant de devoir et de vertu.

1. On a liea de s'étonner du jogement qui a été porté par de graves éerivaîns tor la théologie d*OeGam, et que le P. Itaosi a reproduit dans ses additions à la bibliotlièque de Pabricius, Ml. mad. et inf. LatiniL^ t. 111, p. 158 : « Nullus unquam scriptor S. Hatri Bcclests adeo se simul amore et odio dignum reddidit ac iste Occamus. Dam Théologies scribit, nemo melius ; dum conlra Ecdc siam, virulenlior nemo. > Si la papauté a eu à se plaindre de Talti-, tnde politique d'Occam, elle avait pour le moins a ntnnl de reproches à faire à la doctrine religieuse de Tindocile fraociscain

Selon Oocam, les vices les plus honteui, les crimes

les plus abominables, de même que les actes de dévouemeot el d héroïsme» ne sont en eux-mêmes ni bons ni mauvais d*une manière absolue. Ce qui dé* lermiiie la bonté des uns et la mécbancelé des autres, c est la volonté de Dieu qui défend ceux-ci et ordonne ceqx-là. Cette volonté elle-même est souverainement libre dans ses décrets. Dieu n'est Uiiu d aucune dette envers personne. Il ne peut faire ce qu'il ne doit pas faire, il ne peut omettre ce qu*il doit faire; car il est supérieur à loute obligation. Laissons ()c(-am parler une dernière fois et exposer cette partie de son système.

« Bien que la haine de Dieu, dit-il, le vol, Tadul* tère, etc., offrent des circonstances mauvaises, en tant que ces actes èuiauent d un agent que le décret divin obligeait à une conduite tout opposée , cependant, à parler d*une manière absolue, ils peuvent être dégagés par la volonté de Dieu de toute circonstance mauvaise, et même ils pourraient être accomplis par rhomme sans crime, s'ils tombaient sous le précepte divin qui aujourd'hui nous les défend. Tant que ce précepte subsiste, nul ne peut mériter, en accomplissant de pareils actes; car ils ne seraient méritoires que s'ils tombaient sous le précepte divin. Kt si l'homme méritait en les faisant, ils ne s'appelleraient pas vol, adultère, haine de Dieu, parce que ces noms s appliquent à ces actes non pas pris en eux-mêmes, mais en tant qu'il» sont défendus par le commandement exprès de Dieu. Que si Dieu nous les ordonnait.

sot DURAND DE SAINT-POORCAIll

relui qui les accomplirait ne serait pas dans l'obligation de tenir une conduit» tout c^poséei et alors ils ne porteraient plue lee nome eooe lesquels nous les désignons^ »

Pour compléter cette esquisse du caractère et de la philoiKiphie d*Occainy il nous reste à dire quelques mots (le sa doctrine politique

Occam, en poli ti que , est partisan déclaré de la monarchie. Ses motifs sont ceux d'Aristote, dont il analyse avec détail la doctrine sur les différentes formes de gouveruemcnt. Mais le but original qu*il poursuit avec une constante opiniâtreté ^ par tous les moyens (jue la dialectique peut fournir, c'est i aiciissement de la papauté. La querelle du sacerdoce et de TEmpire venait de se rallumer entre le pape Jean XXII et le nouvel empereur d*Allemagne, Louis de Bavière. Comme au temps de Grégoire VII et de Uenri IV, il s'agissait des droits et des obligations réciproques de la société religieuse et de la société laïque ; mais les conditions de la lutte étaient bien changées. Réfugié à la cour de Louis i son seul abri dans la persécution : « Défends-moi avec le glaive, disait Occam à son royal protecteur ^ je te défendrai avec la

1. StnimU*^ U, q. xit : c Uœt odium Doi, forari, «ddltsrtri habeant malam circumstaotiam aoneiam, et almîlia de eommaoi lega qnatenus fiant ab aliquo qui ex prseceplo diviiio obligator ad oon* trarium ; sed quantum ad eaae absolatum io illia aciiboa» poMont fieri a Deo aine omni circumstantia mais anneta ; et etiara meritoria possrnt fieri a viatoro, si caderenl sub prsecepto divino, aicat nunc de facto eonim opposite cadont sub procepto divino, etc. >

ET GUILLAUME OCCAV. 103

plume*. » Il ne tint que trop fidèlement sa parole, et, malgré l'habit qu'il portait, la chrétienté le vit consacrer toiiiee ieA ressources de son génie à établir les prérogatives du pouvoir impérial et rtu^orité de la puissance ecclésiastique. Le pape a-t-il reçu de Jésus-Christ la plénitude de rautorité spirituelle et temporelle, et, peut-il, en règle générale» tout ce qui 11 est pas contraire à la loi divine et au hien manifeste de la nation? Ou bien cette plénitude de puissance ne comprend-elle de droit divin que le spirituel, non le temporel ? Ou biei^ est-elle en partie de droit divini en partie de droit humain ? Le souve» raîn pontife possède-t-il même en aucun cas et à aucun titre l'absolue puissance? Son autorité régulière n'estelle pas du moins limitée à certains cas définis par rinstitution divine? Au commencement de la troisième partie de ses Dialogues, Occam ])oso, 4liscute et résout contre le successeur de saint Pierre ces formidables questions qui , un demi-siècle plus tôt, n'auraient pas mrmc été agitées; tant lu marche des idées avait été rapide 1 Attribuer au souverain pontife la plénitude de Tautorité spirituelle et temporelle^ c'est, suivant Occam, une opinion fausse, dangereuse, funeste et hérétique*. Les fidèles qui composent la société chrétienne ne sont pas les esclaves du pape*.

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