Ibid,, c. viii : ( InquoprobaQlurduo,sciUcetquodnonomnes
104 DCRANU DE SAIXT-POtJBÇAIN
Il ne peut disposer ni de leurs personnes, ni de leurs biens; il nest pas le juge de leurs différends; la puissance qn*il tient du Christ est toute spirituelle, et 8*il y joint une juridiction temporelle» c'est avec le consentement des âdèles et dans la mesure qu'ils ont permise. Lorsque le pape Zacharie déposa le dernier roi de la race de Mérovée, la déposition eut lieu par la volonté du peuple franc, et non pas en vertu d'un droit inhérent à la papauté. C'est de même Tassentiment tacite ou déclaré des nations d'Allemagne et dltalie, qui a seul permis dans quelques circonstances aux souverains pontifes de disposer du Saint Empire romain'. Aulant Occani déprime la papauté et les prérogatives qui lui étaient attribuées au moyen Age, autant il exalte la puissance impériale. L'emperenr tient sa couronne de Dieu et du peuple*. Son pouvoir, en ce qui concerne le temporel, s'étend à tout l'univers. Tous les hommes lui doivent obéissance, et s'ils portent les armes contre lui , fût-ce par les
Christiani sunt servi papx, et quod mulli chi isliani habent proprietatem et domîniurn rerum temporalium. i Cf. Tract. 2, lib. i, c. xuit.
1. Diahg,^ p. III, tract. 1, lib. I, e. xt : « Per qiial«n potestatem et anctoritatem papa Zachariat depoauit regem FraDciœ et Pipînum Inatitoil.... pertalem vel consirnîtem tranatuUtroaianQm imperiiim de Gracia in Germanoa; regemque Franoorum non depoauit auctoritate vel potcaïaie aibi data a Chrislo. Sed hoc feeit auctoritate Francopim qui aibi illa vice anctoritatem et potestatem dederunttàlem. s
). Prid,, c. jxn ; « Gum dicitur quod potealaa imperialis et uni* versaliter omnis poteslas licita et légitima est a l)eo« non tamen a solo Dec, sed quidam est a Deo pcr bomines, et talis est potMtaa imperialis quœ est a Deo acilicet per hominea. »
CT GUILLAUME (ICOAH. m
ordres d'un autre souverain, du rui de 1 raiice, par exemple, ils se rendent coupables du crime de lèse-majesté et de rébellion, à moins que Tignorauee ne leur serve d'excuse', Il est vrai que, selon Occam, Tempereur n'a reçu la puissance que pour le bien de ses peuples , et qu'il ne doit pas eu user arbitrairement, mais remployer à la défense de l'intérêt général ; mais cette réserve devient, entre les mains du subtil défenseur de l*Empire, un ar{iuuient de plus en laveur de la prérogative impériale. Au nom de T utilité commune et du salut de la société, Occam réclame pour l'empereur les pouvoirs les plus variés nuu-seulemenl au temporel, mais au spirituels Pourvu que l'empereur soit chrétien et catholique, et qu'il ait Tusage de ses facultés, Occam lui reconnaît le droit de choisir le pape, et à plus i'orte raison de coniirmer son élection par les cardinaux et le peuple romain, quand il ne Ta pas lui* même choisi'. Si le pape devient hérétique, s'il
1. Diabg.^ p, 111, tracl. 1, lib. 11, c. vi &t bqq. Yoy. burlout le c. IX.
2. Voy. tout le livre Itl du second traité de la troisième partie des Diahgu» d'Oocam.
3. /dût., c. V : < Talem capacitatem habet ex boc ipso quod est chrisUanus, calbolicus, et discretos et romaous. » N'ayant à tou* cher que les sommités de la doctrine politique d'Occam, nous nous sommes borné à l'étudier dans ses Diahgtm, Ceux qui ▼oodraieni la connaître plus à fond, devraient consulter le recueil célèbre de Melchior Golda^^t, Monarchia Sancti Imftêfii Romani^ t* 11^ Franofordiic, 161ii, in-foi., p. 313 etsuiv. Le savant éditeur y a rassemblé la plupart dcà écrits du docteur francîscaio sur les rapports du Sacerdoce et de l'£mpire.
206 bURAMB U£ SAINT-POURÇAIN
afflige rÉgUse par ses scandales, lempereur aura le
pouvoir de le jufçer et de prononcer sa déposition. Le» apètrea et même Jésud-ChrU^ m tant qu'il participait à la nature de Thomme, n*oiit4b pas été soumis a Ui juiidictiou des tribunaux séculiers?
Ainsi se développe» dans les ouvrages du docteur franciscaÎD, toute une théorie politique qui consacre les piuicDlions les plus absolues de la puissance impériale et généralemeot de l'autorité temporelle * dans ses rapports avec TÉglise. Des motifs personneb, le besoin d'abaisser un [)ouvoir ennemi, la reconnaissance pour un prince qui le protégeait contre la .persécution» ont sans doute guidé la plume de Tira»» cible écrivain; mais sa politique él;ii! Luir^ai la ciuiséquence de sa métaphysique, et de ce nomlualisme effréné ^ui» inclinant au matérialisme, dispose l'eaprit à préférer les pouvoirs ([ui ont une force extérieure de coactiouy et à leur sacriiier ceux qui ne s'adressent qu'à la conscience.
La méthode, j^eutends cette méthode syllogistique d'argumentation, si chère au moyen âge, e>t à peu près le seul côté par lequel Oecam se rattache à la tradition scholastique ; pour tout le reste, il se sépare ouvertement de ses devanciers, et ouvre des voies nouvelles dans lesquelles Tinflexible logique ne liu permet pas de s'arrêter. Le siècle de saint Thomas et de Duuâ Scot avait vu paraître des systèmes, comme Taverrolsme, qui attaquaient les bases de la religion ; mais les fauteurs de ces hérésies métaphysiques
"El GUILLAUME QCCAM. 207
fuyaient la lumière et recrutaient leurs adeptes dans lombre , comme saint Thomas leur en adresse le re* proche. Ce qu'il y eut de nouveau et d'alarmant pour TÉgUse dans l'audacieuse entreprise du disciple infidèle de Scot, ce qui la rend digne de toute Tattention de rhisiorieu, c'est que, ioLii de cacher ses doctrines ou d'en affaiblir la portée, il les produisit au urand jour de Vécole avec tout le cortège de leurs coubcqueuces. Enseignées publiquement dans les universités de France et d'Angleterre, elles eurent le caractère d'un défi porté à la tradition phiiosoplûque de la société chrétienne pai' des idées et des passions longtemps contenues^ mais qui se sen- . talent assez sûres d'elles-mêmes et assez puissantes poui* engager le combat. Ce symptôme de T état moral des esprits n'était pas sans gravité; il dut être mieux compris et sembler encore plus menaçant lorsque parut, quelque temps après, l'hérésie de Jcuq Wiclef, le compatriote d'Occam , élevé comme lui aux écoles d*Oxfordy et que son caractère, sa doctrine et ses erreui'ô dcbliuaient à être le précurseur de Luther et de Calvin.
WIAPlTRi; V.
pERaiÉae pimaos os la PBiLOfiOpmi scuolastiook.
I. ThoiaasBradwardin. Analyse de son livre De Caïusa Dei contra l'elagium. — H. Renaissance du nominalisine. — III. Uoberl HoU colh. Jean Buridnn. — IV. Saint Thomas eî les nouveaux mystiques. Maître Kckaid. Jean Tauier. Henri Suzo. — V. Fin delà philosophie schula^iique.
Pàrmî les controTerses moitié philosophiques,
moitié ihéologiqiies qui agitèrent les écoles chrétienoes dans la pi ornière partie du xiv* situ le, ctHes qui eurent pour objet la gratuité et l'efficacité de la grâce ne furent pas les moins animées. Saint Thomas paraissait avoir clos la discussion en apportant des définitions précises qui fixaient le sens du dogme et que TÉglise avait approuvées. Mais la question est si délicate et si complexe qu'elle continua à être débattue, même après le docteur Angélique dont les opinions eurent bientôt des adversaires. Nous avons fait connaître le sentiment de Duns Scot, moins favorable au concours divin qu'à l'autonomie de la volonté ; plus loin nous avons analysé des textes de
DERMÈRK PKHIObt Ut LA l'iULUSOPHlE, ETC. 209
Durand de Saioi-Pourçain irès^décUifs dans le sens du libre arbitre; nous aurions pu aisément multiplier ces témoignages de la résistance qui accueiilit le B^stème de la grâce efficace. Entre des esprits divers» venus de tous les points de Vhorixon, il se formait comme une ligue contre les maximes que saint liiomas avait soutenues, et que l'École dominicaine aTait embrassées après lui comme la pure doctrine du christianisme. Chez les uns le pélagiunisme tendait à renaître, et chez les autres il s'étalait déjà ouvertement avec l'audace un peu présomptueuse et les vives saillies qui sont propres aux novateurs.
Ce mouvement inattendu d'opinion au sein des universités donna lieu à une énergique protestation Je la part d'un théologien anglais, étranger à ronliv, de Sai II l-Dom inique, mais défenseur enthousiaste des maximes de l'Ange de TÉcole, Thomas Bradwardin.
Suivant une conjecture lrès-pr(il)al>le (jui si'Tiible fortifiée par son propre témoignage, ihomas Bradwardin était né au comté de Ghestery et , s'il faut en croire Balëe, dans la petite ville de Harlfield. L'époque de sa naissance est incertaine; mais elle ne peut pas être reculée beaucoup au delà du commencement du xtv* siècle, car il figure sons Tannée !325, avec le litre de procureur, au catalogue des otliciers de Tuniversité d'Oiford. li enseigna longtemps la théologie au collège de Merton, qui dépendait de I nuiversité, et s'attiicha ensuite à l evêque de Durchamt Richard de Bury, auteur d'un curieux ouvrage Il ik
qu*ila intitulé Philobibtion\ etqui respire en effet une vive passion pour les livrés. Telle était la renommée de Bradwardin comme théologien , que le poëte Cliaucer le cit(; à roté de saint Augustin et de Boèce'. GersoD et d'autres scholastiques ]>ayent aussi ud juste tribut à son autorité dans l'École. Après avoir rempli divers emplois ecclésiastiques , et notamment la charge de confesseur du roi d'Angleterre, Édouard III, il fut élevé, sur la demande du elergéj au si^e de Cautorbéry ; mais il mourut peu de temps après au mois d'octobre 1349'.
Au savoir tbéologique Bradwardin Joignait des connaissances très^profondes en.mathématif|ue8 et en astronomie. On lui doit de savantes tables de la marche des planètes, et divers ouvrages d'arithmétique et de géométrie ; mais son principal titre est le traité en trois livres qu'il a intitulé la Cauw de Dieu défendue contre Pelage : De coma Dei contra Pelagium et de Virtute causarum,
1 . Savamment traduit par M. Hippolyte Cocheris, Paris 1856, m-12.