‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 55 sur 125 · OB LA PHILO&OPBIE SCHOLASTIQUE. SI · texte numérisé non relu

OB LA PHILO&OPBIE SCHOLASTIQUE. SI

réei ce qui ie coaduisait à excuser les péchés commis par igDoraocey on bien boub Tempire d'une passion irrésistible/et à renouveler ce paradoxe impie d'Abé-

lard 9 que les Juifs, en meltant Jésus-Christ à mort, ne se sont pas rendus coupables d un crime, s'ils ont cru faire une chose agréable à Dieu ^

Hoberl Holcoth mourut en 1349, deux années seulement après Occam, qu'il avait pu entendre à Tuniversîté d'Oxford. A la même époque , l'ordre des Augtistins naguère lldèleuieut altaciie à k cause du docteur Angélique eut pour supérieur général Thomas de Strasbourg, mort en 1357, qui se pronon^ en faveur du ooiiiiiialiaiiit! La tendance nominaliste reparaît également ou plutôt elle est devenue dominante et exclusive chez le successeur de Thomas, Grégoire de Riniini, esprit cultivé et laborieux dont noua possédons un commentaire sur les deux premiers livres du Maiire des Sentences^ avec quelques autres ouvrages de inéta|)liysique et de morale, et qui, au témoignante des historiens, avait aussi composé des poésies en italien et en latin*.

Mais de tous les disciples d'Occam, le plus célèbre,

1. c SI tamen alicpii Chrifliam oCGldcniDt •! in hoe beoefecare el Deo plaoere credideronl, si sola ilta iotentiona focerutit ut Deo pla^ cerent, tonc dico quod ez illo facto pi^ise culpam mortalem non incurrerunt , nec peccaverunt niai venialiter. » Uolcoih, Ap. D'Ar-

^ntré, ibid., p. 341.

2. Trilhèm(>, De Script, Eeclei,^ c. Msavii; FabHcius, Bibl, med, ét inf. UL, l. VI, p. 24^1.

3. Trilhème, i&iti., c. dcxix; Fabricius, t6td., t. III, p. 97.

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vers le milieu du xiv' siècle^ est sans contredit Jean BuridaD,. natif de Béthune en Artois ^ qui enseigna longtemps avec snceès dans TUniversité de Pàris et y remplit des cliarges iiiiporlaiites. Bayle, Fabricius et quelques autres racontent, sur ia foi de Tannaliste de Bavière, Ayentîn, que vers la fin de ses jours, banni de France à cause de ses opinions, il alla chercher un asile en Autriche et y fonda l'université de Vienne. Mais eette tradition n'est pas suffisamment justifiée* Les docunieats relatifs à rétahlisst'iîKînt dr 1 université de Vienue ont été publiés depuis peu, et ie nom de Buridan ne 8*y trouve mentionné nulle part à côté de ceux des tbndaleius ci des premiers maîtres des nouvelles écoles*. La persécution contre le nomioalisme qui aurait motivé son exil volontaire remonte d'ailleurs à Tannée 1339, et il a certainement continué de vivre et d'enseigner à Paris au moins jusqu'en ^358, année où il léguait à la nation de Picardie une maison que, du temps de Du Boulay , on appelait encore la maison de Buridan. Cet habile défenseur du nominalisme ne paraît avoir écrit que des Commentaires sur Aristote. On a souvent réimprimé au xvi* et au xv!!*" siècle ceux qu'il avait composes sur la Poliliquef la MoraUj la Métaphysique ^ ÏOrganon et les petits traités de philosophie naturelle. Il a attaché son nom à l'argument célèbre contre la liberté qui nous représente un àne mourant de faim entre deux

1. Voy. (ieschichte ikr hatserliclicn Universitiii in Vien, Vieo, 1854, /.weiler band. Slaluten bucb der UaiversîUit.

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mesures d'avoine également éloignées de lut et qui ne Taltirenl pas Tune plus que l'autre ; mais cette eom-

paraison ne se trouve nulle part dans ses ouvrages, et Tennemann suppose, non sans vraisemblance, que ses adversaires l'ont imaginée afin de tourner sa doctrine en ridicule. Ce qui paraiL constant, c'est qu'il inclinait vers ce genre de fatalisme qui subordonne la volonté aux motifs > et qui ne reconnaît pas la possibilité d'une délerrainaliou en dehors de leur iniluenco'.

Parmi les champions du nominalisme, citons encore

après Buridan , Marsile d'Iniihem, mort en 1896, à qui par conséquent son âge ne permit pas d'entendre Occam, ainsi que quelques historiens Toni prétendu à tort, mais qui se prononça pour ses doctrines, qui les enseigna non sans éclat dans rUniversite de \\m^^ ^ et qui, lors de l'établissement du collège de Ueidelberg, appelé en Allemagne pa^ le due de Bavière Rupert, fut Tua des fondateurs de cette université naissante où sa parole sema des germes féconds'.

Voilà quelques exemples des conquêtes que faisait le nominalisme parmi les maîtres que leurs talents ou leurs fonctions appelaient à exercer une influence sérieuse sur la direction des études et sur le progrès des idées. Quels défenseurs l'École dominicaine fidèle

1. Du Boulay, Hitt, Aead. Part*., t. IV, p. 996; Bayle, Dîcl.lfifL, art. Bwidan; Pabrtciiis, Bibt, med, 0I tn/l IjaHmU, t. I, p. 306; Grévier, Hhtamdê rVnivmité Paris, t. II, p. 367; Dktiotmairé des teimotÊpkitotttphiquest art. Buridan.

, 2. Fabricius, ifrid., t. V, p. 33.

fSS DERNIÈRE P&RIORE

à saint Thomas opposait-elle à ces nouveaux adversaires da docteur Angélique? Les créations du génie

(le riioiiime ont leurs vicissitudes; elles ne se soutiennent pas sans interruption au même degré de force, d'éclat et de fécondité. A la période glorieuse des triomphes succé<]ail pour le thomisme une ère moins brillante qui n était pas encore la décadence, mais dans laquelle les disciples, déjà plus éloignés du maître, moins directement pénétrés de sa pensée, plus attachés a la lettre de ses doctrines que capables de les bien comprendre et surtout de les développer, offraient cet exemple, si fréquent dans l'histoire, d'une École qui se complaît dans une stérile admiration d'elle-même, tandis que ses rivaux gagnent du terrain et menacent de la surprendre. Quand on parcourt le . catalogue des écrivains de Tordre des Frères prêcheurs pendant la seconde partie du xrv* siècle , on s'étonne qu'ayant été si nombreux , ils aient si peu produit d œuvres considérables, et que pas un seul ne se soit fait un nom à côté des maîtres nomi* nalistes qui, bien inférieurs par la doctrine, ont jeté un tout autre éclat. Commenter saint Thomas, lever les contradictions apparentes où il a pu tomber, dresser des tables pour faciliter Tétude de ' ses ouvrages, expliquer Aristole et Pierre Lombarde c'est à quoi se réduit en général le rôle philosophique des dominicains en présence des redoutables entreprises d'Ocedm et de Buridan. Le soufOe viviûant qui avait inspiré U Somme de Théohgie se retirait de

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rËoole, et il passait dans quelques âmes Baintemeut méditatives qui, loin des agitations du monde, loin du

tumuite sierile des universités, se contiaieiit dans la vertu de la prière, du silence et de Textase poureonnattre Dieu en esprit et en vérité. Les noms les plus lH>pulaires de l'ordre de Saint-Dominique à l'époque où nous sommes parvenus, ce sont les mystiques: ' c*est maître Eckard, Jean Tauler et Henri Suzo.

Entre la tliéologie de saint Tliomas. dont les dogmes sont déliais avec une si exacte précision, et les rêves désordonnés on les formules indécises de m, litre Eekard, le contraste est si frappant (ju'il exclut d'abord toute idée de ressemblance et de rapprochement possible. Cependant allez au fond de ce mysticisme, étudiez ses origines, vous découvrirez en beaucoup de points sa iiliation évidente avec le thomisme. Il ne faut pas oublier que maître Eekard appartenait à Tordre de Saint-Dominique, qu'il était nourri, comme tous les dominicains, de la lecture de saint Thomas, qu'il ne possédait pas moins à fond Aristole, et qu'il est même cité par ses biographes coiiime nn des meilleurs pcnpatéticieos de bon temps^. Lorsque ensuite on l'entend déclarer que

I. TritbèiDe l'appelle t c Vtr in diviDis scripturis oraditos et in pliilosophia Aristotelica omnium suo lemporo doctissimu». » De Script, fcci»., c. Diixvii. Pour bien lionnallre la doctrine de mattre

SS4 DBRNIËRK PÉRIODE

Dieu est riolelligence qui se comprend eiie-niême, et qu'ainsi la pensée en Dieu est identique à l'être, peut-on oublier que ces formules, qui sont la base de sîi ihéodicée, sont aussi la plus haute expression de la métaphysique d*Aristote et de saint Thomas, et n*e8t-on pas en droit de supposer qu'elles ont été puisées dans leurs ouvrages par le philosophe qui les a si vaillammeot soutenues? La partie morale du système de maître Eckard présente aussi des points de ressemblance nutablch avec le Ihoiiiisme'. Ainsi il subordonne la volonté à 1 entendement, ia pratique à la spéculation ; il fait consister la béatitude dans la pure vision Dieu'. N'est-ce pas l'enseignement de saint Thomas, et, si nous losuns dire,. la propre doctrine d'Âristote qui ne conçoit pas une existence plus parfailo el plus heureuse que celle (|ui se passe tout entière dans sa contemplation de la vérité?

Lorsqu'on passe de maître Eckard à son disciple, Jean Taulm*. les vestiges de la doctrine lliomiste, loin de s'eiVacer, deviennent plus nombreux, plus profonds. D'abordy Tauler échappe aux illusions du panthéisme^ il ne dit pas, comme maître Eckart, que Dieu est tout et que tout est Dieu, mais il enseigne bien au contraire que si Dieu est en toutes

£cluird, il faut lire dans les Mémoires de l'Académie des sciertces moraies, Savants Etrangers, t. Il, TexceUent travail de M. Scbmidt, Études sur le Mysticisme alUmand au xiv iiécle. Nous y avona

pu'éé toutes nos citations.

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