‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 59 sur 125 · DE LA PHILOSOPHIE SCNOLASTIOLE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE SCNOLASTIOLE

même temps que le saint docteur, malgré sa rectitude ordinaire» n'était pas infailKble, que ses ouvrages n'avaient pas T autorité des livres canoniques, et ' que s'ils renfermaient des erreurs il était sans doute permis de les relever*. Afin de Justifier ces réserves» elle fit prépaer par un de ses l)ieologieii8 les plus autorisés, Pierre d'Ailly, alors grand maître du collège de Navarre, un mémoire qui expliquait la véri* table portée des décisions flu saint-siége en l'honneur de l'Ange de l'École^ et le jusle degré de foi qui pouvait être accordé à ses opinions*. Pierre d'Ailly rajipelaitsa théorie de rindividuation des substances spirituelles^ condamnée dès Torigine par Févêque de Paris, et les autres propositions erronées qu'il avait soutenues, sous une forme en apparence modérée. Ce mémoire, tout hérissé de distinctions, est, dans sa dernière partie surtout, un manifeste en règle contre

1. 1 ProteBiamur quod contra honorem et reverentiaro sancti Thomte de Âquino aut doctrince ipsius nihil omnino proiM>neinu8. Sed sicut dicil Facultas theologiae, salva in omnibus reverentia sancti hujus nec non doctrinfr* hanc caiisam fidei prosequiraur. Nam de hoc sanclo confessore piaîmemorala Facullas asî^erit illud quod de B. Martyre Cypriano ab Augnstino dictiim est : Epo, inquil, IHteras Cyphani, non ut canonicas Imboo, sed cas ex canunici» considerb, et quod in eis divmaruin ijcrij>lurarum auctoriuui lorif^niit cum laude ejus accipio. Nec tamen ij)si injuriosnui aui Lemerariuni arbitratur iliud quod SûquiLur dicere ; Quod aulcm ci non cougruil, cum pace ejus respuo.... Sic igilur hujos doGtoris sanctitalem veneramur, et ejus doctrinam, quantum fldes vel ratio patitur, tenendain eeaaenius. > Du Boulay, IV, p. 6S7; D'ArgeDlré» tdiU, p. 6S.

2. Du BoQlay n'a doDhé que des fragmeDta du Mémoire de Pierre d*Ail]y; O^Argentré l'a publié en entier, d'après un manuscrit de la meieoD de Navarre, t6itf., p. 74 etsuiv.

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le thomisme. Jean de Montsoii îi\ant appelé par-deyftnt le pape des condamnations portées contre iui, une dé* putation, à la tête de laqudie élait Pime d'Ailly, ae rendit à ÀTignon, où Clément Yll tenait sa cour, alin de plaider la cause de l'Université. L'affaire dura près de deux années. Enfin, au mois de îanTÎer 1389, les cardinaux qui avaient été délégués par Clément Vil pour la juger prononcèrent contre le» Dominicains. Ajoutons que les eirconstanees de la cause, la fuite de Jean deMontson, qui abandonna le parti de Clément Vil pour celui de l'antipape Urbain Yl, et principalement sa persistaooe opiniâtre à nier Tlmmaculée Conception, ont eu sans doute plus depai't à sa condamnation que ses propositions équivoques sur les conditions de Texistenoe.

L'adversaire de Jean de Montson, Pierre d*Ailly, qui fut dans la suite chuuceiier de F Université de IVins, évèque de Cambrai et cardinal, appartenait à la iac* tionnominaliste. Il a laissé entre autres ouvrages des Commentaires sur le Maître des SerUences, dans lesquels, à l'exemple d*Occam, il enseigne que la connaissance de Dieu, acquise par les lumières naturelies, n*est pas certaine, mais seulement plus probable que la tbèse opposée \ Le nominalisme comptait dans ses rangs, vers la même époque, tous les principaux maîtres qui ont fait la gloire du rollétre de Navarre, Henri de Hesse, Nicolas de Clémangis et le

1. Dictionn. (le^scienc. phihu., art. Ailly. Ci. Huel, Traite de h fatOlesse de i'esprit humatn, Londres. 1741, p. 277.

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chancelier Gerson, que le dégoût des suittilités de râeok )ela dans le inytiieisiiie* Au delà du Rhin, le BomkialîflnM ébût %i onverteraeiit fetorisé par les pmices, qu'en 1425 l'université de Cologne eut à rédiger on mémoire juatificalif ponr se défendre du reproehe offiml d^avoir été infidèle aux exemples de Buridan et de Marsile dlnghem^ et de s'être rapprochée dea anciens scholastiques, AU)ert le Grand et saint Tbomat* Fait remarquable, bien qnHl ait échappé, je crois, à tous les historiens! les nouveaux nomioalistes accusaient leurs adversaires de compromettre l'orthodoxie par des spéeolatîons au-dessus

de la portée de hi raison, qui n'etaicnL pruprcii qu'à égarer les têtes^ et ils se prévalaient de ces dangers imaginaires pour imposer leur propre système eomme etauLplus simple, facile à entendre, dégagé de toute prétention, et surtout très-apte à réprimer chez les jeunes gens rorgueil de ^esprit^ N aTons-noue pas aussi vu de nos jours les docteurs de la sensation se faire quelquefois un argument de rhumililé même

1. Voici le débat de la défense de l'université de Cologne : ff SencisB et feMs cmtttit Goloniensis fidelu fllis Apostolic» sedis hoBorabilei Domini eziiibuerant aimas uoiveraltatt studii ejusdem dvilaiis lîttenm per serenisBSmos principes Sacri Imperii inclytos BlMitorae ipsis destinatam : qna vigilanter examinata, videtur ejus taiior ad oartos articutoa poaae aemmarie perstringi.

ff Primas est, qaod in eorum zelo est bonuro fidei salvare, procufare et avgmantaro : qaidquid autem tali bono contrariom fuerit, dissonam aut fuspectum, eliminare, extirpare ac relegare.

« Secundus est, qnod in Faculiate Artium praedicta» universitatis per MagiftUos nunc régentes non iegilur docirina quœ in priactpio

de leur doctrine, et engaiicr tous les coeurs sincèremeat religieux à se tenir en garde contre ia téuérité du spiritualisme? Gomme si Lb philosophie pouvait se dispenser de parler aux hommes de la liberté et de la spiritualité de Tâme, de l'existence et de la providence de Dieu, de robligation morale et de la vie future; ou comme si la connaissance de ces saintes vérités par les lumières naturelles ne disposait pas la raison à comprendre» à aimer, à pratiquer les enseignements surnaturels du christianisme!

Au commencement du xv* siècle les deux partis

fundalionis sludii legebatur, quae in aliis quoque universilalibus AlmaniaB legitur. Noque idem modus legeodi observatur qui ab originr sludii inolevil,

« Terlius est quod juvenes ibidem inlroduc unlur in via alleriu* doctrinsD, puta sanrti Tbomae et Âlberti magni, aul talium anliquorumalli semiuius Doclurum.

c Quarlus est , quod elsi doctrina talium Doctorum non sit in se mula, Iranscendil lamun juvenuin i Hpacitalem. Unde evenit quod Juvenes hujos doclrins subtliia dicta et alla principia non intelligentea, et Dibilominus secuodum talem instrocUonem loqui praeso* meDies. inddunt in errores peroicioaos, aut bœreaea, seu variai cOQtroveisias. BieDiplam adest de Pragensibus, qaorom error es tali doctrina eosanavit.

c Quintua est quod Magiatri moderaiores ut Buridanua, Hardliua et eorom oellegaB aive sequaces, hujus moéi periculum praecavenies, doctrinam artium reduxerunl ad aiium slylum humiliorem. et ad alios terminos et modoa loqgendi, ei quibua ottlloai derivari poasit erroris contagium, etc., etc.... » D'ArgenIré qui nous a consen'é ce préci<^ux document, l. I, P. Il, p. 220, a supposé, je ne sais par qui lle méprise, que l'univer^iié de Cologne se défendait de professer le nominalisme. C'est au contraire !e noninaligme que les prmces électeurs de l'Empire, comme on vient de le voir, voulaient lui impo2»er et qu'elle repousse.

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entre lesquels ce grand débat avait lieu se disputaient Tempire des uoiversités, tour à tour victorieux et vainGUS, soivaDi les hommes , les questions, les circonstances^ et surtout suivant les imprudences faites de part ou d'autre. Les écai'td de doctrine dont rÉglise pouvait s'alarmer décriaient aussitôt la faction qui les avait commis, et soulevaient contre elle une inévitable réaction. En 1473, quelques docteurs nomînalistes de l'Université de Paris ayant avancé des propositions équivoques» il s*éieva contre leur secte un véritable orage, même en dehors de l'École. La puissance royale se crut appelée à intervenir pour Juger le différend, et ce fut alors qu'à la suite de plu* sieurs réunions de TUniversilé aux Matliin ins, le roi Louis XI, sollicité, dit-on, par sou confesseur, Jean Bochard, évéque d'Avranches, promulgua la fameuse ordonnance qui défendait d'enseigner le nominallsme, sous peine de bannissement, exigeait de tous les maîtres présents et à venir le serment de respecter à jamais celte interdiction, et, pour surcroît de prévoyance rigoureuse, enjoignait au premier président du parlement de Paris de rechercher tous les livres de la secte et de les fermer avec des chaînes ailn d'en empêcher la lecture*. » Les nominaux, écrit a propos de cette ordonnance un contemporain, les nominaux, comme sMls étaient infectés de lèpre, sont bannis et séquestres de la société des hommes.

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