‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 6 sur 125 · Senlenl., p · texte numérisé non relu

Senlenl., p

iS PREMIERS D^ELOPPSMBNTS DB Lk DOCTRINE

tré€ des grains. J'ciurais pu, si je 1 ;ivais voulu, empêcher ce résultat, et iaire par miracle qu il ne plût pas, tant qoe les grains ne seraient pas à couvert» et pourraient être perdus par la pluie; mais je suis l'agent universel; je n'ai pas voulu suspendre une règle générale qui était bonne, en raison de quelque mal particulier que je prévoyais. Je n'ai pas voulu renverser miraculeusement une loi de la nature, à moins que je n'eusse un motif grave de le faire; j*ai voulu et je veux gouverner le monde, en abandonnant les choses à leur propre cour^ et à leilr mouvement'. H

A ce langage élevé, simple, persuasif, Tesprit se

sent reporté, loin des déserts de la scholahLlque, vers une région moins aride, vers ua âge. où l'art $le penser et Tart d*écrire n'étaient pas encore séparés, et où le cliarmc de réioquence ajoutait à la force de la vérité religieuse : âge immortel dans les fastes de TEglise et de Thumanité, dont les œuvres étaient dignes de servir de modèles aux écoles chrétiennes, et de viviiier par la beauté de leurs formes l'enseignement théologique, si le malheur des temps avait permis que les saint Augustin, les sdnt Ambroise et les saint Jean Chrysostôme eussent alors des successeurs.

Le plus célèbre des ouvrages de Gilles de Rome

1. Sentent., dist. 33, q. i, art. 3, l. Il, p. 508. Cf. De Civitate Dd lib. Vn, c. x\.\ . T Sic itaquo administrât (Deus) omnia quiB ereavit, uL eûam ipâa propnuâ excrciîre et agere moluô âiiial. »

eBt celui qu'il composa sur le Gouvernement det prinees\ et qui renferme le code complet dee devoirs

d'un roi envers lui-même, envers saiamille et envers M8 sujets. L'ouvrage est divisé en trois livres. La première partie du premier livré a pour objet de moiUrer en quoi la félicité consiste, et quelle est la fin dernière qu un souverain doit se proposer. Cette fin B*est ni la volupté^ ni la richesse, ni les honneurs,

ni la puissancti, ]ii la gloire, ui la beauté, ai les autres biens du corps» mais l'amour de Dieu et la sagesse» qui, sur cette terre et au ciel, mériteront au prince une récompense d'autant plus grande, qu'il est plus élevé en dignité, qu*il a plus de tentations à combattre et qu'il peut ûiire plus de bien Nous avons trouvé ehes saint Thomas les mêmes pensées développées dans le même ordre^ mion avec les mêmes formes de style. Mais Gilles de Rome complète et agrandit son modèle par Tétude détaillée des vertus dont la pratique est nécessaire aux princes, des sentiments et des passions qu'ils doivent contenir ou cultiver, et des différences que les caractères et les mœurs des liouimes préseaLenl, selon leur âge, leur naissance^ leur fortune, et en général leur condition*. Le second livre est un traité de morale domestique, qui embrasse en Uois parties tous les

1. D$ ilsgiMM Mie^piMi IM III. Souvent réimprimé. Noos sToiM suivi l'éditioD donnée à Borne, 1607, iQ<^«

% Lib. I, P. I, c. VI et iqq.

Page 1