lib. I, P. II et Ul
S4 PREIHERS DÉTCLOPPEIBlfTS DE LA DOCTRINE
devoirs de famille, devoirs de 1 époux envers sa femmey du père envers ses enfante, du maître envers ses serviteurs. Enfin, le dernier livre de l'ouvra^ze, également divisé en trois parties, eipose les régies de la conduite des Étate en temps de paix comme en temps de guerre. C'estlà le côté vraiment politique de Touvrage» dont les premiers livres renferment plut6t des conseils et des préceptes de morale que des maximes de gouvernement.
Les biographes de Gilles de Rome lui attribuent des Commentaires snr laiHoroie, la Politique et VÉco^ nomique d'Aristote. il serait difficilede justifier ou de démentir cette vague attribution; mais un indice curieux de Tautorite de ces trois ouvrages^ Yers la fin du XIII* siècle, c'est assurément le traité du (vouveme* ment des princes. Ils y sont cités à chaque page, et quelquefois littéralement transcrite. On dirait un simple extrait des œuvres politiques du précepteur d'Alexandre, oiTertpar Gilles de Rome à Théritier de la couronne de France. Dans les matières que ne traite pas Aristotey comme celles qui touchent à Tart militaire, il est suppléé par Végèce, dont la fin de l'ouvrage de l'archevêque de Bourges contient de nombreuses citotions*
Adopter les opinions du Staairite, ce n'était pas sans doute s'écarter des exemples donnés par saint Thomas, qui les avait lui-même fidèlement suivies. Aussi ne doit-on pas s^étonner de trouver Gilles de Rome en communauté de sentiments avec le docteur
Angélique sur la plupart des points essentiels. Il est, comme lui, partisan de la monarchie, et de la monarehie héréditaire', et, comme lui, il se prononce avec la dernière force contre la tyrannie, qu'il dé*dare être le pire des gouvernements et la plus épouvantable calamité pour un peuple'. Toutefoie, il omet Tun des traita les plus heureux de la politique de saint Tliomas, je veux parler des lempéramentâ qu'apporte à la monarchie, et des garanties que donne k la.société un système d*assemhlée où la noblesse et le peuple sont repréb* iit( s, et partagent avec le monarque le maniement des affaires pubii* • qnes.
Disciple trop fidèle d'Aristote, il érige lesclavage en théorie. 11 y a des hommes dépourvus d'intelligence et incapables de se conduire eux-mêmes, qui sont nés, suivant lui, pour être esclaves, pour uLéir à leurs semblables, et ainsi réaliser cette inégalité des conditions qui est la loi de la société. Il en est d'autres que les justes lois de la guerre ont réduits ea servitude, et qui, vaincus, n'ont obtenu la vie sauve que sous la condition de servir leurs vain-
1. îJb. lîî, P. ÎT. c. m ; « Quod inclins est civitatem et regnum regi uno quam pluribus, et quod regnum est oplimus principatus. » — Cap. V : a Quod melius est regimen regni et principalus ire per baereditalem et succesiionem filiorum quam per ekctioaem aliquam i
2. /6t(i., c. VII : « Quod tyrannis estpessimus principatus et quod summe debent cavere reges et principes no ooram dominiom in tyrannidem oonvertatur. »
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queurs^ Gilles de Rome n'éprouve aacan des scrupu* les qui s élèveront uu Jour dans tous les cœurs généreux contre ces traditions de la société païenne qu*il défend si complaisamment. Saint Thomas» du moins, avait considéré 1 esclavage, saus le condamner d'une manière expresse, comme le triste fruit du péché» et s*il n'impose nulle part aux gouvernements Vobligation de Fabulir, il enseigne partout que les hommes naissent tous égaux en liberté : Pares libertate.
Sur les questions qui se rattachent aux rapports des deux puissances temporelle et spirituelle, il est . assez remarquable que Gilles de Borne ne s'explique pas dans son traité du GouvememerU des princes. Le précepteur de Philippe le Bel, boil conviction raisonnée, soit dévouemeut envers son royal élève, aurait^il donc répudié les maximes de saint Thomas en faveur de la suprématie pontificale? Au premier coup d'œil, la conjecture paraît d'autant mieux justifiée qu'il existe un court écrit attribué à notre philosophe, ott sont débattues les prétentions réciproques du roi de France et do Boni lace Vill, et qui conclut contre le pape« Cet opuscule, recueilli par Goldast*, a été inToqué par Bossuet sous le nom de Gilles de Rome dans sa défense de la décla-
1. Lib. II, P. m, c, XIII : « Quod nliqiii •^unt naturaliter servi el quod expodit aliquibus aliis esse subjectos.... Ostendemus. .. servitutem aliqtiam oaturalem esse, quod luituraliter expedil aliquibug esse subjectos.
2. Monarchia SancU Romani tmperiiy Francofordiae, 161%, iu-fol., t. U, p. 96 et sqq.
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ration de 1682^ Cependant, quand on parcourt les
monuments de l'histoire ecclésiastique de la première partie du xiv' eièelei on voit que Tarchevèque de Bourges a figuré au nombre des prélats qui» bravant le courroux de Philippe le Bel, quittèrent leur siège épiscopal à la voix de Bouiface» et passèrent en Italie pour s'y ranger antour du souverain pontife*. Cette attitude ferme et résolue dans un temps d'épreuves pour i Ëghse, affaiblit singulièrement les inductions qu'on pourrait tirer des anciens rapports de Tarchevêque de Bourges et de Philippe le Bel, et ne permet guère de croire à l'authenticité de Topuscûle publié par Goidast. Mais un indice encore plus certain du caractère apocryphe de la composition et des vrais sentiments de Gilles de Rome en ces matièreSf c'est un traité inédit de \9l Puissance ecclésùuH^ que, de PotesltUê ecclesiastkaf dont il est certainement l'auteur, au témoignage de ses biographes* et des manuscrits. Dans ce curieux ouvrage que nous avons retrouvé à la Bibliothèque impériale\ la prérogative t<'in[ii>relle du pa[ie est di:t'cndue très-habile— ment, avec autant de modération dans les formes du
1. Lib. m, c. XXV, OEuv. comp,, t. XXXI, p. 685 Voy. aussi Raynal, Htstoire du Berrtj, Bourgt s, 18^è6, in-8, t. II, p. 259 et 260; Rohrbacher, Hist. univ. del'Eqlise, 2* é lit , t. XïX, p. 473
2. IIt»lotrt du différend en(re it pape iiuniface Vlil et Vktiippe le Bely Paris, 1655, in-fol., p. 86.
3. Voy. eotr» autrei Fr. Dont. Omdolpho, IHtsertaiio ki$tariea di dnOMlit ceUbmimU AiÊgiÊ$tiitianU Scrtptonbi», p. 33.
ft. Bibl. imp., Hm. lat., km, in*4.
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langage que de décision quant au fond des idées. L*aateur enseigne sans détonr que toute souyeraineté
réside dans le sacerdoce et émane de lui ; que la légitimité du pouvoir des rois résuile de la délégation quHls ont reçue du souverain pontife ; que tout pou-* ' voir qui n*est pas consacré par TÉglise est injuste et tyraunique. La seule concession qui soit faite à 1 autorité séculière» c'est que, dans la pratique, le pape doit laisser le plus de latitude possible aux princes pour l*administration de leurs États, et consacrer luimême tous ses soins à l'intérêt spirituel des peuples chrétiens. A quelques égards, l'ouvrage de rarchevêque de Bourges peut être considère coaiine la préface ou la justilication de la fameuse bulle (Jnam sanctamj comme le manifeste savant du parti qui resta fidèle à Boniface Ylll \
En résumé» la lecture attentive des ouvrages de Gilles de Rome ne laisse apercevoir aucune trace d'une oppusiUon systématique à la doctrine de saint Thomas, aucune intention de la détruire et de la remplacer ; bien au contraire elle décèle une communauté frappante d'opinions entre les deux philosophes sur
1. Nom noQflboniont à ces rapides indicalioDs; peotréCre eerayerons-Dons d'exposer ailleurs avec plus de détails lee opinions poli- Uquee de Gilles de Rome et le rôle peu oodmi qu'il a joué dans la querelle du roi de France et du pape. Au numient où nous mettons tous presse, M. Goordaveaus, professeur de rhétorique au lycée de Th>yes, vieol de soumeUre au jugement de la Faculté des leUres de Paris une intéressante monographie sur le traité du Gouvernement des princes. Voy. ^gidii romani dê Rtgimini$ jyrùictfwm doGtrina, Parisiis, 1857, in-8.
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la plupart des points esseulieis. Sans aucun cloute, la fréquentation de renseignement du docteur Angélique n'avait pas été inutile à Gilles de Rome. S*il n'a pas rapporté de ce commerce la docilité toujours soumise d*un disciple enthousiaste, il y a du moins puisé des directions et des lumières dont il a tiré parti dans ses ouvriiges, et qu'il a transmises à la pieuse congrégation dont il était membre'. Fidèle à son exemple, l'ordre des Ermites de Saint>Augustin passa tout entier, dès la fin du xiu' siècle^ sous la bannière de saint Thomas.
Ghes Henri de Gand, nous allons encore découvrir
(les poilUs (le contact nombreux avec le docteur Angélique; mais déjà de graves dissidences apparaissent. Nous ne sommes plus en présence d'un audi* teur rempli du souvenir de ce qu'il a entendu : nous avons devant nous un émule qui suit sa propre voie,
1. Dèd Tannée 1S87| du vivant même de Gilles de Rome, les AugosUniens, révmh à Florence, en assemblée générale, décidèrent que les membres de la congrégation ne enivraient pas d*atitre docirine que la sienne : c Quia venerabilis maglslrl nostri jBgidii doctrtno mundnm universam illustrât, deffininras et mandamus inviolabititer observari, ut opiniones, positiones, et sentcntias scriptas et scribendas prœdicii magislri oostri, orones ordinis noslri Icclores etstudenles reci|ûant, eisdem praebentes assensum, etejus doctrinac, omni qna polerunt SDllicitudinc, ut et ipsi illuminati alios illuminare possini, sinl seduli defensores. > Voy. Gandolfo, l.l«t p. 21.
M PaEMIËRS DEVELOPPEMENTS D£ LA OOCTRIKE
et qui, jusque dans ses emprunU, s'efforce de la retrouver. En eilet, Henri de Gand, suruommé la docteur Solennel, était du même âg^ à peu prà que saint Thomas; il reçut, douze ans avant lui, le bonnet de docteur eii 1 247. Il enseignait à ses cûtés avec un éclatant succès dans l'université de Paris; il siégea dans les assemblées devant lesquelles les di^ férends soulevés par les ordres mendiants furent portés, Gif bien que sa fonction ecclésiastique la plus importante ait été celle d*arcbidiacre de Tour* liai qu'il occupa peudant les dernières années de sa vie jusqu'à sa mort arrivée en 4293, il figura parmi les personnages les plus considérables de son siècle '.
Les ouvrages de Henri de Gand qui ont vu le jour» sont une Somme de Théologie, des Question$ QuoàHbé"
tiques, et un (.dialogue des écrirai ns eccU'sinslùjueSy souvent réimprimé *• Il avait aussi composé des N< / mans, un traité de la Pénitence , un autre de la Choê-^ teté des filles et des veuves^ un Commentaire sur la
1. Voy. Recherchas historiquis sur hi vie, les ouvrages et la doctrine (Je Henri de Gand, par François liuel, Gaïul. 1838, in-Sj Uistoire littéraire de la France^ t. XX, p. 14^ et guiv.
2. Suinma Vteologi.c, Parisiis. 1520, 2 vol. m-ful.; Ferrririrr. c>\. Hioioumi. ScarpnriiT, \6k6, 3 vol in-fol.; Aurea (Juodhbeta, eU. Vitalis Z.'ircoli, 1608, in-fol.; Vi'i!" !il>, eci. Arcii. Piccion, 1613, S vol. ia fui. iVUb cilaLioiii de la Sumint de Théologie &out enijinmtéfô a 1 ediiion de Scarparia , el i ellci» des (JuodUbetn à i édaïun d'Arch. Piecion. Le Cataiogue des écrivains €ccléiiastiqae$ a été inséré par Fabriciut dans sa BibUotkeea ecdtfMUka ^ Hamhoocgi 171S, io-fol.
yhyùquc d'Aristole^ et quelques aaire» opuscules qui sont restés manuscrits.
Une^des parties les plus curieuses de la doctrine (le Hcuri de dand est la réfutation du scepticisme, qui forme Tintroduction de sa Somme de Théologie. ÀYaot de s'engager dans les détours sinueui^ de la science divine, il veut répondie aux arajunienls de ces philosophes « qui, en avançant que tout est incertain, ont engendré dans beaucoup d'esprits le dé8esj>uir de découvrir la \(rité. « On ne trouve aucune trace d'une pareille entreprise chez saint Thomas , ni chez les autres écrivains du xiii" siècle* Est-ce la prévoyance lointaine des dangers de l'avenir qui inspirait ilenri de Gand? Ou bien le scepticisme commen^it-il à exercer des ravages secrets que sa raison voulait conjurer? Quel que soit le moUf qui Tait poussé, la réfulation qu'il présente est méthodique et détaillée. Après avoir exposé les princi-* pales raisons des sceptiques, il les combat une à une avec beaucoup de force. Il établit la véracité des sens et de nos facultés en général contre les arguties tirées soit de la mobilité de nos impressions et de nos juge* nients, soit de la nature instable et clianucante des objets de la connaissance. Il pose enliu cette règle si juste, déjà énoncée dans Aristote , qu^il n*y a pas à argumenter contre le scepticisme, lorsqu'il nie les principes de la croyance humaine et la philosophie tout entière; que, devant cette audacieuse négation^ le débat est impossible, et qu'il faut passer outre^