‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 73 sur 125 · DEPUIS LA PIN DU W SIÈCLE · texte numérisé non relu

DEPUIS LA PIN DU W SIÈCLE

Brucker, si rigoureux pour tout ce qui a précédé le XTii* siècle y convient que TouTrage n'est pas sans prix, et qu'il a pu fournir d'utiles matérianx» même a Urolius\ Vittoria eut pour disciples les plus grands Ihéologiens de i'Ëspagne, Melchior Cano et Dominique Soto. Le premier, mort en 1 560, a laisaé sous le titre de Lieuœ théoioyiques un ouvnige eu douze livres, que le clergé de nos Jours rechercha encore à cause de la solidité judicieuse des décisions et la facile clarté du style. On y retrouve la pure doctHoe de saint Thomas; mais elle est exposée avec une élégance que les scbolastiques ne connaissaient pas et qui annonce un conlenipuiam de Léon X. Dominique Soto qui mourut la même année que Cano, assista au concile de Trente et fut le confesseur de

Cliarlcs-Quint. Mais peu touché des honneurs, il quitta la cour et vint terminer sa carrière comme il l'avait commencée, en enseignant ht théologie dans

une chaire de Tuniversité de Salamanque. On lui doit

àistinctx. Voici les bujeU qui y sont traités : 1" De polesiate ecclesis; 2* De ewiU potestate; 3" De potestate pontifîcis et coneilii; 4« De JMUt et jure belii, 5* De mairimomo; 6* De augmentùeÊtmi^ taOt; 7* ne Wnpenmiia; S* De hmnicidiù, 9* Deeoad qnod Éenelur pervenieni ad usum rationie; 10* De arte magiea; II* De einunia; 1^ De eikiuii ù^igatmê, Lueduni, 15&7, in-S; Salmantics, 1565; lagoistadn, 15S0.

!• Hiet, Cfit. Pftt'tof., t. IV, p* 125 : c In hissciiptis suis juris gentium prœcepta passim tradens, minus quam cœteri desipaisae vinii esl, soDtque qui suspicwitur do Groliuoi in multii fniaie oniiD» quanquam raro illi ollcgetur. »

2. Dp loris Theologicis libri duodeeim, SalmaDtÎGS, 1563, in-fol. Cf. Script, Ord. Pfsdioat., U, 177.

S5i LK THOMISME

des (Commentaires sur Aiistule, sur Pierre Lombard et âur saint Thomas; mais son principal titre philosophique est un traité du DroU et de la Justice divisé en dix livres'. Il s'écarte moins que Vittoria et Câno de la méthode scholastique. Son guide habituel, comme ou le pense bien, est le docteur Angélique, et pour découvrir l'origine des sages théories qu'il développe sur le droit social, il n'est pas nécessaire de remonter bien haut; îl suffit d'ouyhr la seconde partie de la Somme de Théologie.

Ces nombreux écrits publies d'un bout à l'autre de l'Europe, que remplissait la pensée de saint Thomas, ne pouYaient pas sans doute ajouter à sa renommée, mais ils étendaient son influence; ils accoutumaient le clergé à la subir, et ils la rendaient prépondérante dans les conseils de TÉglise. L'autorité dogmatique de TAnge de l'École atteint au xvi" siècle son apogée. Ce qu'ii perd en ascendant comme philosophe auprès des savants, des lettrés et des gens du inuiide, il le regagne auprès des iLeulogiens. Plus la société civile montre de penchant à s'éloigner de sa doctrine , plus cette doctrine rallie d'éclatants suffrages dans les rangs les plus élevés de la société religieuse. Au concile de Trente, on vit la Somme de Théologie^ placée sur la même table à côté des saintes Écritures pour servir d'explication et de commentaire au texte sacré. Ce fut un disciple de saint

I. De jusiitia et jure libri decem ad Carolum Hispamaruni />rfnc»pmn. Satmantics, 1556, in-fol. Cf. »impt. Ord. Prmdécat.^ li, p. 171

mms LA FIN DU %y siêglb. tss

Thomas, €6 fut Dominique Soto que l'assemblée chargea de rédiger les décrets les plus importants»

et le catcchisnie du concile {mblio jiar les ordres de Pie V n'est souveut que l'extrait des propres ouvrages du saint docteur. Sur les rapports de la foi et de la raison, par exemple, n'est-ce pas lui-même qu'on croirait entendre dicter la delinition que voici : ce En aucun temps » Dieu n'a laissé Thomme sans témoignage de lui-même; il a rempli le monde de biens, dit 1 apôtre ; il a donne au ciel sa rosée, à la terre sa fécondité, à tout ce qui vit sa nourriture, au cœur de Thomme sa joie. Et c*est là cé qni apprit aux philosophes à ne rien attribuer de bas à la majesté de Dieu ; à éloigner de son idée toute matière, tout mélange grossier, à lui attribuer tout bien et toute vertu en un degré parfait, à le concevoir comme la source vive et inépuisable de toute bonté, de toute qualité, d'où découle sur les créatures toute perfection, à rajipeler sage, ami de la vérité, priiicjpe de vérité, et autres uoms qui supposent U souveraine et absolue perfection; enfin à le dire inmiense, infini dans sa force, (iaiis sa grandeur, «lana sa puissance et dans son action. Tels sont les grands traits de la connaissance de Dieu, vraiment conformes à la natUH' de Dieu et à 1 autorité des saints livres, que la philosophie a découverts dauâ la contemplation de la nature. Et toutefois sur ce point même, on connaît aussitôt la nécessité de renseignement divin, si Ton rmuarque que la loi, non-seulement donne aui plus

Èbk tB TlOiUm

simples et aux plus ignorants, de suite et clairement, les coonaissaaces que les sages n'obtieuneut qu'à force de tempe et d'efforts; mais encore qu'elle imprime dans Fàme une connaissance plus certaine et plus pure que si T intelligence y parvenait par le travail de la pensée humaine; outre que la lumière de la foi ouvre aux croyants un centre de connaissances divines que ne saurait donner le spectacle de la nature » Sur bien d'autres points^ comme sur les matières si délicates de la liberté et de la grâce, le catéchisme du concile de Trente ne fait ici que consacrer les décisions de saint Thomas; l'histoire ecclésiastique n'offre pas un second exemple d'une doctrine aussi soienneliement approuvée par l'Église.

Cependant la chrétienté voyait s'élever un ordre

puissant qui p ru mettait au thomisme de nouveaux et térvents disciples, même en philosophie. Ën iô34> Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus, approuvée quatre ans après jjar le pape Paul lil, et parmi les règles du nouvel institut, il inscrit 1 obligation de suivre en théologie la doctrine de TAnge de l'École Cet ordre de leur fondateur fut pour les

1. Passage cité par le R. P.Gratr\ De la connaiuanct de Dieu, t. Il, p. 222 et suiv., dont nous avons - mprimté la traduction, â. Voy. les GonatituUoiui donuéts pat* saioi Igoace à la Gompa-

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Jésuites une loi inflexible qui décida leur direction philo80{Àique. Dans tous leurs collèges fréquentés par une nombreuse jeunesse, le thomisme fut seul enseigné» et chacun regarda comme un devoir de conscience d'en propager les principes. Les écrivains de la Société renseignèrent dans leurs ouvrages , et si quelque dispute s éleva entre eux et les Dominicains, elle ne porta que sur Tinterprétation la plus exacte de la pensée du docteur Angélique.

Au premier rang des ouvrages qui furent composée par les Jésuites sous Tinspiration dç saint ThcMnas,

il faut placer d'importants Gummenlaires sur Aristote. Le plus grand nombre ont été écrits par des membres de la Société qui enseignaient soit au collège de Coniibre, rival ilo l'université de cette ville, soit à Tuniversité naissante d^Évora, Pierre Fonseca, Emmanuel Goez, etc. Ces Commentaires embrassent toutes les j>ai lies de Tœuvre du Stagirite. VOrganon, la Physique, la Mélapkystque , l Histoire naturelle f la Morale \ La constante préoccupation des nouveaux interprètes est de montrer le parlait accord de la

goie de iétn», P. IV, c. xiv, g 9 : c Id theologia legetur vetos et Novum TestameDlum et doctrina BcbolasUca U. Thomn. » Cette règle obligatoire fut oonûrmée et développée par le g^oéral Claude Aquaviva, dans une lettre circulaire i la date de ISIS, ({ui ebt citée par le P. Touron, dan» sa Vie de fatnl Thoma$ d^Jquin, p. 657 et suiv.

l. Voy. l'arliclo que M. Barthélémy Saiut-Uilaire a consacré aux Ccffmbrois dans le ûiùtiammrê dm ictfnesf pAttoM^pMfues.

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doctnue péripatéticienne avec le christianisme. A Tappoi des sentiments d'Aristote, ils n'hésitent pas à inYO(]uer les décisions de TÉglise, et par eiemple pour mieux justifier la définition de Tàme, ils en appdlent à l'autorité de trois conciles qui ont menacé d*anathème quiconque soutiendrait que I*ftme n'est pas la forme du corps. Leur méthode calquée sur la méthode des scholastiques consiste à diviser chaque sujet en un certain nombre de questions qui se présentent chacune accompaf^née de toutes les solutions quelle a reçues; mais ils pratiquent cet art difficile avec une habileté supérieure , et si on est en droit de regretter la nioiiotouit' un pi u fiitiirante de leur exposition, on doit avouer cependant que leurs décisions portent pour la plupart le cachet du

buu sens et du Texactitude.

D'autres ouvrages d'un intérêt plus générai ont dessiné le rôle des Jésuites en philosophie. Nous von* Ions parler de ces traités nombreux sur la morale et sur les lois qui furent publiés au xvi*" siècle par les écrivains de la Compagnie et qui ont. contribué certainement à fonder dans les temps modernes la science du droit public. La seconde partie de la Summ de Théologie présentait sous ce rapport des germes précieux ou plutôt un système achevé dont les belles proportions pouvaient se trouver altérées par des développements excessifs. Les Jésuites ne furent pas assez pénétrés du danger qu'il y aura en tout temps à subtiliser sans ûn sur les actions humaines.

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