RAPPORTS
le produisent tout entier ; qu'ils ne le corruiiipent pas en le divisant et en le mutilant ?
Saint ThomaB, gardons-nous de Toublier, ne se borne pas à défendre la certitude des vérités natureliesy oa plutôt ces vérités ne sont pas le but qu'il poursuit; son prineipal objet» o*est le dogme ca*
tliolique. Nous n'écrivons pas vi\ théolojiicn, et nOUS n avons point ici à discourir sur la vérité révélée; nous sommes dispensé de parcourir tous les détours de ce vaste monumen^t qui s appelle la Somme ih* Théologie \ mais nous devons retenir cet enseignement précieux pour le philosophe» que la science la plus haute ne se suffit pas à elle-même; qu'elle se heurte à des problèmes qui la surpassent ; que si telle est la faiblesse des hommes de génie» le vulgaire a d^autant plus besoin d'un guide et d'un soutien; qu'ainsi la foi est, dans la condition actuelle de l homme, une nécessité ponr lui ; que par delà les vérités rationnelles s'étend la sphère des vérités invisibles à la raison : sphère immense où la foi nous introduit, où Tautonté et la tradition soutiennent notre démarche chancelante.
La question est capitale : sans vouloir en développer tous les aspects, qu'il nous soit permis de la toucher en peu de mots.
L'ordre surnaturel a deux sortes d'adversaires parmi les philosophes.
Les premiers sont ceux qui cherchent dans la sensation l'origine de la connaissance humaine , qui n'assignent à l'homme d'autre fin que les plaisirs des
DË LA FOI £T OE LA RAiSON. ±9i
80Di, et qui^ ne Toolant rien admettre au delà de ce qu'ils touchent et de ce qu'ils voient, se trouvent entraînés par une pente irrésistible à refuser toute adhésion aux vérités inTisiblea de la foi.
A ces partisans d^une philosophie toute sensible, do quelque part qu'ils viennent et à quelque source qu'ils aient puisé leurs opinions^ j'ai nn seul mot à répondre. Comme ils se méprennent de la manière la plus grave, je pourrais dire la plus grossière, sur les caractères et l'origine des notions qui constituent le fonds naturel de Tentendement humain, il n*est pas éUjiHiunt (fu'ils tombent dans une illusion analogue en eequi concerne les vérités de la foi. Quand ils auront rectifié leur doctrine sur la nature des idées et sur les conditions essentielles du dcveîoppenient de rinteiiigence, c'est alors seulement que la controverse pourra s'engager utilement avec eut sur la portée et les limites de cette faculté. Toute discussion jusque-là serait prématurée^ et ne tarderait pas à s'égarer dans des questions accessoires on eliangères.
Les autres adversaires de Tordre surnaturel sont les philosophes qui, tout en reconnaissant des vérités supérieures à Tobservation sensible, croient que les clartés de la raison sul'iisent pour les découvrir totttesi et qui» d'ailléura, craindraient de compro* mettre les intérêts de la philosophie s^ils admettaient à cote et au-dessus d'elle une autorité étrangère^ l'autorité de la foi*
soi HAPFORTS
Qui ue sait combien le cuite de la science offre de fléductiaiiSy et quelles douceurs intimes s*attachent à la possession de la yéniê librement cherchée par les seules forces de l'iatelligeace! Je le demanderai cependant à ceux qui, dans cptte recherche laborieuse^ espèrent pouToir se suffire à eux-mêmes : n*ont-ils donc jamais médité cette pensée de Pascal, que » la dernière démarche de la raison est de connaître qu*il y a une infibité de choses qui la surpassent^ ? »
Pesons la valeur de la science humaine, sans présomption et sans découragement : est-ce que les lueurs qu'elle répand sur la' nature et sur Thomme sonl assez cclatantes pour dissi]j('r toutes les obscurités? E&irce que^ même après quatre mille ans d efforts souvent heureux, le mystère ne nous environne pas do tous coU'S II l'aui le remarquer, cette nuit profonde dans laquelle nous vivons, ne résulte pas de Tabsence de la vérité , mais de notre impuis* sance à la découvrir tout entière. Nous sentons que la vérité est là, devant nous, cachée sous un voile qui paraît aisé à soulever; mais, lorsque nous nous hâtons pour la saisir^ elle échappé à nos regards in* cer tains*
Que de problèmes posés dès Torigine de la philo* Sophie, et controversés' d'âge en âge, sans que les solutions qu'ils ont reçues aient satisfait pleinement Tardente curiosité de rhonmie !