‹ La philosophie de saint Thomas d'AquinChapitre 95 sur 125 · INS LA MÉTHOMS · texte numérisé non relu

INS LA MÉTHOMS

ihode sévère, industrieuse, (^piuiâtre, qui permît de poursuivre l'erreur dans ses derniers retranchements , de disoBrner la vérité f de la définir, et d*aflsurer bou empire sur les esprits à force de précision et d'évidence. L'argumentation scholastique a été cette méthode. Ses formes nettes et rigoureuses^ son aridité inrine, ont servi à calmer le désordre involontaire des intelligences. Elle a aidé la théologie catholique à frayer sa route entre les hérésies manicbéenn^BS et gnosttques, le panthéisme oriental, le mabométisnie et les monstrueuses rêveries des Cathares et des Albigeois. Supposes au contraire une méthode moins austère, plus élégante, mais plus relâchée, la coufusion des doctrines aurait continué; à la faveur de l'obscurité dans les idées et de l'indécision dans le langage , les erreurs se seraient perpétuées ; tout serait reste plus incertain dans les convictions et dans les caractères ; la société chrétienne se serait moins so^ lidement assise, et les merveilleuses créations que la foi à des dogmes rigoureusement définis pouvait seule enfanter, n'auraient pas ravi Tadmiration du monde.

Avec les circonstances que nous venons de rappeler , r utilité de la iiiétliode syllogistique devait en partie s'évanouir; cependant, même de nos jours^ cette méthode conserve encore asses d'importance pour n*être pas entièrement négligée.

N*avons-nous pas y même au siècle où nous som* mes, bien des idées flottantes à fixer, des erreurs à corriger, des sophismes à résoudre? Les doctrines

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sociales sont-elles si bien enracinées dans les esprits qu'il soil désormais superflu de prétendre les confirmer? Une plainte retentit de tous côtés ; on signale comme un des traits et un des malheurs de notre temps , le désordre et Tineoliérenoe des opinions. Je n'ai pas la naïveté de croire que la méthode scholastique nous donnerait ce qui nous manque sous ce rapport; me trompé -Je toutefois en estimant que la manière un peu lâche de penser et de parler sur toute matière a pu contribuer au vague des idées et à la mollesse des convictions, et que nons corrigerions une partie du mal, si nous pratiquions davantage cette méthode qui ne sacrifie pas la pensée et la vérité aux ornements du langage, qui veut des notions précises et des termes bien définis , qui écarte sans pitié ce qui est superflu, obscur ou vague, et qui, rapprochant nos idées dans uu ordre invariable, sans intermédiaire inutile, nous accoutume , que dis-je? nous oblige à saisir leurs caractères vrais et. leurs rapports légitimes ' ?

1. C est le jugemeiil que M. Cousin a porté sur l'argument syllogistique , Hiêi, âê la fhilosophiê au xviir Hietê^ 6* leçon : c l\ est impossible que la forme de la pensée n'influe paa sur la pensée elle-méine, et que la décomposition do raisonnement dans les trois termes qui le constituent ne rende pas plus distincte et plus sûre la perception des rapports de convenanoe et de diseonve" nanoe qui les unissent et les séparent. Amenées ainsi foce à fisce, la majeure, la mineure et la conséquence manifestent d'elles-mêmes leurs vrais rapports, et ta seule vertu de leur énuméralion précise et de leur disposition régulière s*oppose à l'introduction de rapporls trop chimériques, et dissipe les à peu prés et les fantômes dont l'imaginaiion remplit les intervalles du raisonnement, tà rigueur de

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Indépendaroment de cet avantage , l'argumeutatioft sehokiflliqQe est énia^mment propke au dé- Ttloppemnt da certaines «juafitéa de Tesprit que

no» pèr^ estimaient être du plus haut prix et qu'une édueatkni bieu réglée ne saurait négliger. U est iia* possible de s^ètre babitné à dégager la térilé dee artî* fîces du langage, à la vcm lace à face», à coordonner ses idées et à en suivre reochaînemeut, saus que Fesprit y gagoe en eiactitnde, en péaétmlieB, en agilité. Quel autre exercice pourrait remplacer eette puissante gymnastique intellectuelle et donner les mêmes résultats? Sous ee rapport, l'argumentation seholastique est d'une menreilleuse utilité pour renseignement. Quand bien même le maître ne 1 emploierait pas dans Teiposition de la vérité ^ il devrait y avoir recours comme moyen d'assouplir et de fortilier la raison des élèves. Je sais que malgré les recommandations réitérées V aujourd'hui tombées en désuétude, cet exercice est abandonné dans la plupart des établissements de TÉtat; mais je sais aussi qu'il continue d'être pratiqué dans les séminaires. Le pou**

la forme se réfléchit lur l'opéraftion qu'elle eiprime; elle se communique à la langue du raisonnement, et bientôt à la langue générale elle-même. De 11^, peu à peu des habitudes de sévérité et de préd- ' sion qui passent dans tous les ouvrages d'eeprii, et influent puissam-

»nt?nt sur le développement do rinleiligence. »

1. Voy. notamment une rirculiiire de M. Cousin, alors ministre de l'in!«lruct)on publique, en dale du 17 i>eptembie 18^0. La dernière Itiitruction g^èrale pour l'erécufion dit plan d'ètadt": de': hjcèef! est moins favorable à rarpimenlatjoii sciiolasiique. Voy. page 133 de l editiuii ïn-^if Pans, imprira^ie imp^ialOt 185%.

voir ^ççlé|i^U^v^^. ^'a voj^i^ rçnooceir à ce n?,ayçj^

contre l'erreur, et de faycorisfir eux Téveil des (a-

cultés qui, à défaut d'une imagination riche, leurse- TOï\\ le plus pré.ciçuae0., çA^m^ defeor^ c|« r«xerqÇ!9 saint ministère. Il y a quelques amiées, dami uiift réunion académique, le punce de Talleyraud n'hésitait pas à déclarer que c'étaient les fiaesses de l'étude de la théologie qui fuyaient le plus contribué à développer cht'z tant d'hommes d Étal illustres, sortis d^ ratm;^ (^^(gé ^ \^ qualités émiu^ntes qn'ils avaient su tourner ^ 1% gloire de l^ur pay^ \ Le {pud n\ forage de la théologie u*ayant varié çlep.wi^ saij^t

1. Eloge fie M. h comte Beinhart y prononcé à l'Académie des science moraies ei puliUquos dans ta séance du 3 mars 1838, in-8, p. 7 et 8 : ï L'étude de la théologie surtout,, ou M. Hcinhart ï»e (tt romarquet dans le séminaire de Denkendorf dyns celui de la Faculté protestante de Tubingue, lui avait donné une force et en méoie lempi une souplesse de nleanneiiienc, que Ton mroaye dîne Mmtes Uj^ pièces qui sont 8ortif»i)e «a plun^. Bt pour | même ta crainte de me laisser aller i une idée ^ui ipoiura^t paraître paradoxale, Je me sens obligé de rappeler ici les noms de plusieurs 4i Bos 9Wiéi aégociateuiB, toiw ihéologiena, el tous remarquée P^r rhistoire com^e fiyi|nt conduit les alfoi^ poUtiqqea les plus importantes de leur tëmpe : le cardinal chancelier Duprat, aussi versé dans le droit canon que dans le droit civil, et qui fixa avec les basai çoncordat dont plusiei^rs (U&posiliQos suhaistenti encore aujourd'hui . le cardinal (i'0.>-<at qui, malgré les efforts de plusieurs trrandes puissances, parvint a réconcilier Henri IV avec la cour d« Rome; le recueil de lettre? qu'il à laissé est encore prescrit aujourd'hui aux jeunes pens qm se cie.stinent à la carrière politique : le cardinal de Poliguac, théolo<jien poêle el négociateur, qui, après tant de guerres malheureusei», »uk conserver à la France, par le irailé d. Ulrecht, les conquêtes de Louis XIV. >

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Thomas , l'éloge doit remonter au docteur Angélique et à la seholastique tout entière. Ce témoignaf^e

iiiaUen<iii , donné de si haut, par un jult^ si désintéresséy doit achever de nous convaincre que la méthode pratiquée au moyen âge n'était pas sans valeur, et qu*elle peut encore rendre d'utiles services, ne fûtce que pour Téducation des esprits.

Après avoir lu les observationB qai précèdent , personne, nous le pensons, ne nous aecusera de nous mon-

trt'i les adversaires de la niclliode syllogislique; nous paraîtrions plutôt prévenus en sa faveur. Toutefois en nous efforçant de faire comprendre Tutilité et les bienfaits de cette méthode, nous ne nous dissimulons pas les défauts qu'elle présente, môme chez saint Thomas.

Quel est le vice le plus général de la méthode syllogistique? C'est de subordonner tout au raisonnement, et d'étoufier sous des liens artificiels le mouvement spontané de 1 intelligence et de la sensibilité. Un prélat que nous aimons à citer reprochait, il y a quelques années, à la philosophie moderne, de mutiler rhonune, de séparer arbitrairement ses fa* cultésy comme si tous les pouvoirs réunis de l'âme n'étaient pas uu jeu dans la recherche de la vérité

1. Voy. le Mémoire mr VmâêigimnmU pkUiMophique adressé à la Chambre dw Psira par Hgr rard^véque de Paria. Fana, 1S44, mm, p. 31.

DE LA METHODE

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner jusqu'à quel point le reproche était fondé ; mais on doit convenir quMI s'applique avec uDe pai laite exactitude aux pliilosophes scholastiques. Ce sont eux surtout qui ont fait deux parts dans la nature de Thomme, qui ont isolé le rai* sonnement de nos autres puissances, ( L qui lui onl légué la tâche impossible de découvrir le vrai et de combattre le faux par ses seules forces.

La science du Mai peuL-ellc ôlrc ainsi ramenée à une sorte de géométrie? L*âme hujuaiue, danslacon-

templation des objets qui l'intéressent le plus, peut*

eUese séparer d'elle-même, s'abdiquer et se soustraire aux aspirations des liaules tacultés, qu'elle a reçues de la Providence ? N'est-il pas une lumière du cœur^ lumière féconde et vivifiante, dont les rayons peuvent être rares, mais projettent des clartés sublimes que les lueurs trop souyent Tacillantes de l'esprit ne sau- ' raient suppléer? k Le cœur a ses raisons, dit Pascal, que la raison ne connaît point \ » « Les grandes pensées, a dit à son tour Yauvenargues , les grandes pensées viennent du cœur. » I^e cœur a donc son rAle en pbilosopbie. Qu li soit surveillé et au besoin contenu par la raison ; que ses élans soient ménagés babilement ; que Tâme ne s*y abandonne pas avec une aveugle conllance, à la bonne heure ; mais n'étouffons pas cet essor généreux; gardons-nous de dessécher cette forte sève sans laquelle les œuvres les ploa ré-

|. Pmuémt etc., édit. de U, Faugère^ t. II, p. 173,

gulières jentearent froides et ioanimées. C'est la leçon et 1 exemple que le3 plus sages d, entre leai ptùio^|»Ju.e4 noua oQi légats. Je ne parle pas de ?laton ^ e^ tyjf^ accompli de l*alliaDoe d'une raison sévère et de la plus bniiaQte imagination ; mais Aristote lui-i^éj^e t ce génie ai aijgitère, ne s'est pas. d^fe^u d$ T^pjt^r e( de Tenthousiasme du traL Quand il parle de Dîev ^ quand il décrit la béatitude de Tètre iiiii\Hii §vu style s'émeut; ii ; circule je dç sais qwellç ardepir secrète allumée par le sentiinent de^ perfectiou.s ^i* vines.

Quel a été le résultat de, cette prépoi^déra^nce. exclusive que le moyen âge accordait çn philosophie au

raisonnenieiU.' Tue sécheresse extrême d'exposition qui devait elle-même produire en peu de ^i^ps le dégoût et le discrédit des études philosophiques. Confidérezlesouvrafi^esdes derniers docteurs scliolastiques; quelle çiuuutunie , quelle aridité 1 La question pa^^ Ta^iteur énumère (es raisons pour l'affirmative e^ * celles pour la négative; puis il propose 1^ solution et la prouve au moyeu d'uu syllogisme; si la majeure qi^ la mineure présente de l'obscurité, il distingqç, eif appuyant au besoin chaque distinction par un syllogisme nouveau ; arrivé aux objectious ^ il les résqqt de U même manière. \ peine un mot qui 8'a((re§f^ à râme, qui repose Tesprit, qui le charme et qui rémeuve. Le langage populaire, celui que tout le monde parle et entend, ne pouvait pas convenir pour eiprimer ces raffinements de la pensée. En effet, il

est calqué sur la nature de 1 hoiome; U dépeint ù la bis Wa notions loo tenfeLOMaU» êijs^mt 4 C4»4W double propriété <|tt*il doit d*6tse* con^prU pu fe vulgaire comme par les savauU. La méthode suivie dans rÉcolo no o'odroue au eontrairo qu'à uo/a partie de la nature kitmaine, la raison; il a done fallu créer à 6un image une langue étruile, spéciale, étrangère au commun des hommes^ iutelligihle pour lea senk f^loaophea» Un moralitte de nos jours, qui peut viiù comparé à V au ve narguer pour la délicatesse des pensées, Joubcrt, écrivait* ; € J)éfiea-Tooa dans les livres métaphysiques des mots qui n*ont pas pu être introduits dans le monde et qui ne sont propres qu'à former une langue à part. » La schoiastique s^est précipitée vers cet écueil , loin de réviter. Elle a eu son idiome psrtîculier qui ne pouvait être entendu que des initiés, parce qu'il répondait à des idées qui ne trouvaient pas leur expression dans la langue vulgaire. Un des mérites de saint Thomas est d'avoir sucriiié niuiiis qu'aucun autre à ce goût barbare de son temps. 11 a des pages simplement écrites, et qui ne sont même pas entièrement dépourvues de celte éloquence calme et sobre qui convient à la philosophie; mais combien elles sont rares ! Le plus souvent son style est technique, sec,

1. Pensées f essais, maximes et correspondance d« J. Joubert, 2*édit., Paris, 1850, t. 1, p. 318. Je trouve cher. Jouberl une autre pensée qui nie p.-inilt égalemecil précieuse à renicHIir, ibid., p 313: « Souvenez- uHiï. (juc !a philus tpliio a uoc mu^, et ne doit pas être une ftimple officiue à l âiâonnemeat. »

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aride. Or, la première loi pour une philoBophie qui aspire au gouvememeot des iotelUgences, c'est d'être aecesslble' à tons les genres d'esprits : à cette eoodi*

tioa seulement , elle pénètre au fond même de la société et parvient à la gouverner *• Le Jour facile à prévoir dès le siècle d'Albert le Grand et de saint Thomas, - où le divorce eut été consommé entre la langue du peuple et la langue de TÉcole, TÉ* cole fut jugée ; son discrédit commença. L^abns du syllogisme entraîna donc pour conséquence, d abord un langage particulier à l'usage de la philosophie scholastique, et plus tard, la ruine de cette philosophie, l a clmte fut si profonde que tout le génie de saint Thomas put à p( ine préserver sa gloire, et que ses disciples, très-inférieurs, il est vrai, par le talent, ne se sont jamais relevés de TarreL porté contre eux par les écrivains de la Renaissance. Et de nos Jours même, de combien de préventions ne sontils pas l'objet ! Nous ne sommes pas certain que cet ouvrage où nous essayons de faire apprécier la valeur philosophique des travaux de saint Thomas, ne soit

1. Dani un écrit d« Schettiiig sur li phiiCM|)liie de K. GooiiD, publié à It suite de la Induction du SffUém d$ VMUi$m Inmisc9ndêHtali par 11. Grimblot, Paris» 1S43, io-S, p. 379, on Ut celte phrase remarquable : c Le but de toute pliiloBophie, but bien sou* vent manqué, mais qu'il ne faut Jamais perdre de vue, eit d'obtenir l'assentiment universel en se rendant universellement întelligibte. > A tous les reproches encourus par les modernes schoIaâUques de rAllemagne, il Taut joindre celui de ne s*ètre pas pénétrés davantage de Timportance de cette règle, dont Schelling lui-même, qui l'avait si fermement énoncée, s'est tant de fois écarté!

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pas regardé par plusieurs comme ua pajudoxe non moias slériie que laborieux.

Nous Tenons de signaler un des vices de la méthode scholastique; elle a un autre défaut capital que saint Thomas n'a pas non plus entièrement évitée elle ne ^ fait pas une assez forte part à robserration.

Les philosophes scholastiques n observent pas; ils argumentent. Telle est leur confiance dans la vertu de Targiiinentation que y lorsqu'ils traitent des matières où il suffit de regarder pour Toir, ils trouvent encore le secret de substituer les tonnes du syllogisme il kt description fidèle des objets. S'agit-il^ par exem* pie, de l'étude des passions? Saint Thomas, comme nous l'avons remarqué, réduit cette étude, expérimentale s'il en fut, à un certain nombre de ques< fions» absolument comme s'il s'agissait des problèmes les plus abstrus de la méta|»liysLque.

Et cependant, la révélation mise à part, avonsnous une autre voie que l'observation pour acquérir des notions certaines sur l'univers et sur son auteur? N'est-ce pas en s'étudiant soi-même, en méditant les faits du monde moral et ceux de la nature physique, que la raison peut s'élever aux conceptions qui dépassent la portée même de l'expérience? 11 seiubie que cette vérité n'avait point échappé à saint Thomas, et qu*il était plutôt enclin à l'exagérer, puisqu'il regardait les données sensibles non-seulement comme le point de départ, mais comme le principe de la connaissance humaine. Nous sommes donc en droit

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de nous étonner que le saint docteur n'ait pas pratiqué plus cousUmmeat cette méthode dont^ si je l'ose dire, le foodement métaphysique est posé dans sa philosophie. N'y recourir que rarement, au hasard, eu la dissitnulaut sous les formes de largumeutation syllogtstique, h'était-ce pas mécoDintta^, après les avoir énoncées, les lois do Tespril humain et les conditions du progrès scicntilique?

Pour justifier la méthode de saint Thomas on peut dh*e, il est vrai, que nous nous méprenons sur le rôle de la philosophie; que son ohjet propre n'est pag^ comme nous paraissons )e croire, la recherclie de ta vérité; qu'elle diffère, sous ce rapport, des Sciences physiques et naturelles qui s© proposent des vérités nouvelles à découvrir, tandis qu'elle a seulement pour objet la démonstration des véritiés déjà connues; qu'en un mol, elle est démonstrative et non inqamixoe. Telle eit l'opinion qui a été soutenue . dl9 nos jours par un célèbm théologien, thomiste zélé, qui l'avait enseic^née dans ses livres avant de la proclamer du haut de la chaire chrétienne V Le P. Ventura ajoute que cette doetrine est précisément celle de saint Thomas, et que, faute de l'avoir suivie, la philosophie moderne est tombée dans les plus déplorables erreurs sur la question de la méthode.

1. Yoy. l ouvrage du P. Ventura, DenMhodo phibsophandi^ Rome, 1828, ia-8. La doctrine est la même que l'illustre Ih^oIoi^Mcn a enseignée dans les conférences préchées' à Pirâ depuis 1851 et publiées sous ce titre : La raison p^iioNfAîfflif êl la mi$m' calho' lique. Pari», 185^1853, 2 vol. ia-8.

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Que saint Thomas ait considéré la philosophie comme une science purement démonstrative^ c'est ^

une allégation qu'on aurait peine, je crois, à concilier avec Tensemble de sa doctrine et avec les passages de ses ouvrages que nous avons plusieurs fois cités. Lorsque, sans cesse, en parlant des vérités divines, oo le volt se servir du mot invesligaliof quand on Tentend déclarer que cette recherche est accessible ii riTi([nir^ilion de la raison, inquisïtwni rationis pcrvia^ comment admettre que, selon le docteur Angélique, la recherche de la vérité n'entrait pas dans le domaine de la philosophie, et surpassait abt>olument les forces de Tesprit humain? Mais nous avons étahli ce point trop fortement dans les chapitres précédents pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. Contentons-nous pour le moment d'examiner d^une manière générale la question posée par le P. Ventura, à savoir, si la philosophie serait effectivement une science de pure démonstration^ a qui les procédés * de la méthode syllogistique sui&raiMit» et qui n'aurait que faire de l'expérience.

Nous ne songeons nullement à contester un point que nos efforts tendraient, s'il le fallait, à mettre en lumière; c*est quelles vérités qui sont la règle de nos act«8, et d'où dépendent tout à la fois notre moralité et notre bonheur, nous sont données primitive* ment ,par une sorte de révélation originelle qui témoigne de la sagesse et de la bonté de la Providence. Quand la lumière buruatureiie n'a pas encore éclairé

3iO l»Ë LA MI^THODE.

l'homme, ces vérités sont le flambeau qui le dirige pendant sa course à travers cette vie. Dieu n'a pas

voulu qu^aucune intelligence les ignorât, et il a pris soin de les imprimer lui-même au fond des âmes. L*idée de TÉtre suprême et de ses perfections infinies, le sentiment moral, la notion de la liberté et de la responsabilité humaine, Tespérauce de la vie future» sont des notions que chacun trouve en lui*même et dans la tradition du ji^cnre hiiniain, avant de les avoir étudiées dans les livres des philosophes. Quel est le rôle de la philosophie à Tégard de ces vérités fonda* mentales? C'est de les confirmer; c'est d'en affermir l'autorité sur le cœur et sur l'esprit de l'homme. Bien qu'elle ne les ait pas inventées, bien qu*elles ne soient pas la découverte personnelle de quelque génie sublime, elle a le pouvoir de les faire paraître plus lumineuses» plus aimables, et c'est en cela que consiste précisément Tutilité jde sa mission Quand,

1 Stir ia mission de !;i [ihilosopliu'. nous avons exposé lo mémo sentiment dans l'avanl-{)iopos dos .Vo/jo»> de logique^ Paris, 1856. in-l2. Nous demandons la permission de reproduire ici ce court passage : « La métaphysique et la morale ne sonlpa^ aussi élrangèresau commun des hommes qu'ils paraissent enclins à le penser. Sur les questions qui intéressent leur moralité et leur bonheur, comme la spiritoalité, le libre arbitre, le devoir et ia destinée, Dieu leur a ménagé dea lumières inlérieures que la paresse d'esprit et les dèré* glements de la volonté ne parviennent pas à éteindre entièrement. C'est à dégager ces lueurs divines, si fortement imprimées dans la conscience humaine, c'est à nous les rendre pins présentes et en quelque sorte plus sensibles, que doit s'appliquer l'énseignenent, et que consiste, selon nous, toute la mission de la iriillosopbie. Car il ne faut pas croire qu'ail existe, à l'usage de la jeuneasoi une certaine

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sur quelque point elle est parvenue à des détinilions plus eiactes, à des preuves plus évidentes et

plus certaines, elle a rendu au genre humain le service le plus grand qu'il puisse attendre des métaphysiciens et des moralistes. Sous ce ra])porty et dans cette mesari , la philosophie est veritablemeut une science démonstrative.

Mais examinez à quelles conditions la philosophie peut accomplir son œuvre. Il iaut d'abord qu'elle soit en possession de priucipea certains ([ui lui ser* ^nt de base, et sans lesquels tout l'édifice s'écroule* rait. Ne sait-on pas en effet que tout syllogisme renferme une majeure et une mineure qui engendrent la conclusion et d'où dépend révidence du raisonne^ ment ? Or ces prémisses nécessaires , qui les fournira au philosophe ? Ce n'est pas apparemment le syllogisme^ puisqu'il les présuppose, et qu'elles sont ' le nerf de la démonstration. Donc la méthode dé-

piiil(i< i[)liie superficielle, 6troile et incomplète, et à l'usage des esprits uiùiis par la mcuitalioii, uno auUe philosophie tout aulreiiieiil profonde que la première, el capable de nous en apprendre bien davantage mir les mystères de rexistence. Ces bumi>fes notions, écho de la sagesse vulgaire, que les professenra de noe lycées enseignent à leurs élèveSi c*est le Tond nécessaire et rimmuable condition de la science. On réossit plus ou moins à les expliquer» mais nnile intelligeiice d^bomine n'a encore eu la puissance de les déraciner ni de les dépasser. Tous ceux qui I*ont entrepris se sont égarés dans leurs propres inventions; et do quelques facultés brillantes que la nature les eût doués, l'histoire témoigne qu'ils ont stérilement agité le monde, sans avoir levé aucun des voiles, ni {){>n«>tré \m seul des mystères dont s irritait leur indiscrète el pré* somptueuse curiosité. »

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iHoustrativc en implique une autre par laquelle la raison dccouYie les vérités qui sont le toudemeut de tout le reste. Faute d'avoir déûoi exactement cette seconde méthode, le philosophe est exposé à recueillir les majeures doot il a besoin partout où il croit les trouver, et à les accepter pour ainsi dire de toutes mains, sans les avoir suffisamment vérifiées.

Mais il y a plus. Quand ou essaye de remonter par ranalyse aux principes généraux de la démonstration^ on arrive à des axiomes et à des définitions» comme ceux qui, en géométrie, servent à enchaîner les théorèmes. Dans taules les branches des counaissancea humaines , les axiomes et les définitions jouent un rôle essentiel, et dans les ^lalhé^lali(^ues ils suffisciU à fouder la science qui n'est que le développement régulier d'un certain nombre de notions abstraites. Mais comme la mctaph}sique a sua objet propre, elle a aussi ses conditions particulières. Lorsque le philosophe entreprend la démonstration des dogmes qui sont la foi commune Je rhumanité, n^a-t il rîea de mieux à faire que de poser des principes abstraits et d'en suivre pas à pAs les conséquences? Je ne prétends pas condamner absolument cette marche; mais il y a une autre voie qui consiste à descendre dans les profondeurs de la oooseienoer à ehercber en nous-mdmes la trace Ineffaçable des vérités morales, à les prouver dircctemeut par Tétude réfléchie de notre ftme» à peu près comme le physicien demande à l'expérience sensible la connaissance des lois de 1»

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nature matérielle. C'est la voie que Deseartes a iuau* guiée avec tant d*éclat an xvii* siècle» et dans laquelle

plus d'une école contemporaine, on France et dans d'autres pays, se fait gloire de marcher. La philosophie qui préfère suivre cette directîOD, ne cesse pas d'être, comme on dit, démonstradvr ; aussi bien la démonstration de la vérité n'est-elie pas le but suprême de la science? mais pour atteindre plus sûrement ce but , elle est d'abord inquisitive : elle commeuce par recueillir à la lumière de la conscience, les preuves vivantes des vérités qu^elle se propose d établir.

Or, coatestera-t-on au philosophe le droit d étudier son àme avant tout autre objet, et de professer, que la connaissance de soi-même est, avec la crainte de Dieu, le vrai commencement de la sagesse? L'injuste analhôme-qui serait lancé contre l'observation psychologique n'irait pas à moins qu*à rayer d'un trait de plume le travail de la science moderne depuis trois sièples. Le P. Ventura ne reculerait peut-être pas devant cette conséquence; mais arrivé au xvi' siècle, la logique ue permet pas de s'y arrêter : il faut remonter plus haut jusqu'à saint Anselme et saint Augustin , et condamner aussi ces pieux et savants génies qui, avant Descartes et Vlalebrauche , avant Fénelon et Bossue t, ont osé chercher au de ! an s d'euxmêmes la raison des sublimes vérités que leur cœur adorait. Et dans quel but cette universelle et rigoureuse exclusion d'une méthode consacrée par d'illus-

-m DE LA MÉTHODE.

très exemples ? Sans doute pour substituer ia méthode syllogistique de démonstration aux procédé! plus simples de Texpérience psychologique. Mais, je le demande de nouveau, à quelle fin?

fc La manière de démontrer, disait excellemment Descaries V ost double; Tune se fait par l'analyse ou résolution I et l'autre par la synthèse ou composition.

« L'analyse montre ta vraie voie par laquelle une

chose a été méthodiquement inventée, et fait voir comment les effets dépendent des causes^ en sorte que si le lecteur veut la suivre et jeter les yeux soigneusement sur tout ce qu'elle contient, il n'entendra pas moins pariaitement la chose ainsi démontrée et ne la rendra pas moins sienne que si lui-même Favait inventée....

« La synthèse, au contraire , par une voie toute différente, et comme en examinant les causes par leurs effets, bien que la preuve qu*eUe contient soit souvent aussi des effets par les causes, démontre à la vérité clairement ce qui est contenu en ses conclusionsi et se sert d*une longue suite de définitions, de demandes, d'axiomes, de théorèmes et de problèmes, afin que si on lui nie quelques conséquences, elle fasse voir comment elles sont contenues dans les antécédents, et qu'elle arrache le consentement du lecteur tout obstiné et opiniâtre qu'il puisse être ;

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