‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 13 sur 97 · Die Wclt als Wille u. s. w., tonj. Il, cb. 17 ad tinem · texte numérisé non relu

Die Wclt als Wille u. s. w., tonj. Il, cb. 17 ad tinem

llicoT — Schopenhauer 3

soi et du phénomène. Le monde réel, comme nous le verrons, c'est la volonté ; le monde idéal, c'est la représentation, la connaissance *,

Les matérialistes, comme les spiritualistes, dérivent le monde, d'un pur mode de représentation du sujet connaissant : ils sont ainsi les uns et les autres, peut-être sans s'en douter, des réalistes sans critique, puisqu'ils àennent une pure représentation pour une réalité. En fait, il n'y a ni esprit ni matière. Tous deux sont des qualités occultes par lesquelles on n'explique rien. « Dans la mécanique elle-même, dès que nous essayons de dépasseï' ce qui est purement mathématique, pour en venir à l'impénétrabilité, à la pesanteur, à la liuidité, nous sommes en présence de manifestations aussi mystérieuses que la pensée et le vouloir le sont dans l'homme. En quoi consiste donc cette matière que vous connaissez et comprenez si intimement que c'est par elle que vous expliquez tout ; à elle que vous ramenez tout? — Ce qui est matliématique est toujours compréhensible et pénétrable, ayant sa racine dans le sujet, dans notre organe représentatif; mais dès qu'on passe à quelque chose d'objectif, qui ne puisse être déterminé a priori, tout reste finalement inexplicable. Ce que perçoivent les sens et l'intelligence est un phénomène tout superficiel qui laisse intacte l'essence vraie et interne des choses. Placet-on dans la tête humaine un « esprit » à titre de Dcus ex machina ; alors il faudra aussi mettre un « esprit » dans chaque pierre. Si au contraire on admet qu'une matièi^e morte, inerte, peut agir comme pesanteur, comme électricité, on doit admettre tout aussi bien qu'elle peut penser comme masse cérébrale. En un mot, a tout prétendu esprit, on peut attribuer une matière ; à toute matière un esprit : d'où il résulte que l'opposition établie entre les deux est fausse. »

L'antithèse admise entre l'âme et le corps, l'esprit et la

t. Pai-crija und Patalipomena, I, 1-19 II, 89.

matière, est en réalité l'opposition du subjectif et de l'objectif. Schopenhauer poursuit avec animosité les termes •< âme» et « esprit», hypostases vides et factices, qui devraient être bannies de la langue philosophique. Le mot esprit n'offre aucun sens clair; car il n'est pas ré-» ductible à des intuitions, à des faits donnés dans l'expérience. La seule conception vraie de l'esprit, c'est celle d'une intelligence considérée comme fonction du cerveau « car penser sans cerveau est aussi impossible que digérer sans estomac. » On demande avec étonnement : qu'est-ce que ce cerveau dont la fonction est de produire ce phénomène des phénomènes? qu'est-ce donc que cette matière qui peut devenir si raffinée et si puissante que l'excitation de quelques-unes de ses molécules devient le support du monde objectif? Effrayé de cette question, on crée l'hypostase d'une substance simple, d'une âme immatérielle. Cela n'explique rien. Nous verrons que le mot de l'énigme c'est : volonté. — De môme pour le moi — ce que Kant appelle l'unité synthétique de l'aperception : — ce foyer de l'activité cérébrale est un point indivisible, par conséquent simple ; mais il n'est pas pour cela une substance (âme) : il n'est qu'un état. Ce moi connaissant et conscient est par rapport à la volonté, ce que l'image formée au foyer d'un miroir concave est au miroir lui-même, et n'a comme cette image qu'une réalité conditionnée, apparente. Le moi, bien loin d'être primaire, primitif, comme le prétend Fichte, est en réalité tertiaire, puis(|u'ii suppose l'organisme qui suppose la volonté *■,

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Tandis que la philosophie a pour objet la totalité de l'expérience, chaque science particulière a pour objet

1. L'exposé détaillé de la doctrine éclaircira tout ce qu'il peut y avoir d'obscur dans ces gciiûralilèii.

"ïO LA PHILOSOPHIE DE SCHOPENHAUER

une catégorie déterminée d'expériences. Ciiaque science particulière, — la chimie, la botanique, la zoologie — a sa philosophie qui consiste dans les plus hauts résultats de cette science. La philosophie élabore ces derniers résultats, comme chaque science élabore les data qui sont de son domaine : c'est le passage du savoir partiellement unifié au savoir complètement unifié. Les sciences empiriques peuvent être cultivées pour elles-mêmes et sans aucune tendance philosophique. C'est une occupation excellente pour de bons esprits, amoureux du détail et des recherches minutieuses ; elle ne peut suffire aux esprits philosophiques. On peut comparer les premiers à ces ouvriers de Genève qui ne font toujours, l'un que des roues de montre, l'autre que des ressorts, l'autre que les chaînes : le philosophe est l'horloger qui de cela fait un tout qui marche et qui a un sens^.

Schopenhauer n'admet pas qu'on distingue dans la philosophie une partie théorique et une partie pratique. Pour lui cette science est tout entière théorique: elle n'a qu'une seule mission : expliquer ce qui est. Voici comment il entend la division de la philosophie.

D'abord, à titre de préliminaire, une théorie delà connaissance consistant en une critique de la faculté de connaître, comprise à la manière de Kant. Et comme nos connaissances sont de deux espèces : les unes concrètes, intuitives, expérimentales, qui nous sont données par l'entendement ( Fers^a;t(i) ; les autres abstraites, discursives, rationnelles, qui nous sont données par la raison {Vernunft: il y a ainsi une étude des connaissances concrètes ou primaires que Schopenhauer appelle Dianoiolofjie; et une étude des connaissances abstraites ou secondaires qu'il nomme Logique.

Cela fait, l'œuvre propre delà métaphysique commence. Or, comme la totalité de l'expérience, c'est-à-dire des faits qui nous sont donnés, comprend les phénomènes

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