‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 14 sur 97 · I. Die WcU als Wille und Vorst., t. II · texte numérisé non relu

I. Die WcU als Wille und Vorst., t. II

naturels, la production esthétique, les actes moraux, nous aurons

Une métaphysique delà nature;

Une métaphysique du beau ;

Une métaphysique des mœurs.

Tel est l'ordre suivi par Schopenhaner dans son grand ouvrage et qui servira de cadre à notre exposition. Quelques mots cependant sur des sciences qui peuvent sembler omises dans cette division

En ce qui concerne la psi/cholofjie, Schopenhauer dit avec raison que s'il s'agit de psychologie rationnelle, Kant a montré que l'hypothèse transcendante d'une âme est indémontrable ; par suite il faut laisser l'antithèse de l'esprit et de la nature aux hégéliens et aux philistins. Ce 4u'il y a de permanent dans l'homme ne peut s'expliquer séparément et indépendamment des autres choses de la nature ; car il est une portion de la nature. La chose en soi doit être trouvée et déterminée sous une forme générale; non sous la forme humaine. — S'agit-il de l'anthropologie, c'est-à-dire de la connaissance expérimentale de l'homme ? cette étude appartient en partie à l'anatomie, en partie à la physiologie, en partie à la psychologie empirique, c'est-à-dire « à cette science d'observation qui s'occupe des phénomènes moraux et intellectuels, des qualités de l'espèce humaine et des variétés individuelles. » Ce qu'il y a de plus important dans ces faits est nécessairement prélevé et traité par avance dans les trois parties de la métaphysique. La psychologie n'aurait le droit de former une quatrième partie que si l'âme était un être à part.

Schopenhauer a sur l'histoire des vues originales*. Toutes les sciences forment un concert dont la philosophie fait l'unité. Toutes en commun ont cette fonction de ramener à des lois et des concepts la multiplicité des phénomènes. A ce titre l'histoire ne peut prendre place

i Die Welt als WiUe und Yoratelltmg, tom. II, chap 38.

dans le concert ; car il lui manque le caractère fondamental de la science : la subordination des faits et des choses. Elle ne peut les présenter que sous la forme d'une coordination. Aussi l'histoire ne peut se mettre sous forme systématique, comme les sciences. Cellesci sont un système de concepts, elles ne parlent que d'espèces ; l'histoire ne parle qued'individus. Elle seiait donc une science des individus ; ce qui est une contradiction dans les termes. — Soutenir que les grandes périodes de temps, les révolutions, les grands faits historiques sont du général, c'est abuser des mots : car tout cela est encore du particulier. En géométrie, de la définition du triangle, je puis déduii'e ses propriétés. En zoologie, je puis connaître des caractères généraux applicables à tous les vertébrés ou à tous les mammifères. En histoire, des déductions de cette espèce, quand elles sont possibles, ne donnent que des connaissances superficielles.— En réalité, ce qu'il y a d'essentiel dans la vie de l'homme, comme dans la vie de la nature, est toujours contenu dans le présent , seulement pour le trouver, il faut creuser et approfondir. L'histoire espère remplacer la profondeur par la longueur et la largeur. Le présent n'est pour elle qu'un fragment, qui doit être complété parle passé dont la longour est infinie et auquel s'ajoute un avenir sans fin. De là la différence des esprits philosophiques et des esprits historiques: ceux-là veulent approfondir; ceux-ci compter sans fin. L'histoii'o no montre toujours que la môme chose sous des formes autres. Les chapitres de l'histoire des peuples ne diffèrent que par les noms et le nombre des années ; mais ce qu'il y a d'essentiel est toujours le même.

Les hégéliens qui considèrent la philosophie de l'hi?;toire comme le but suprême de leur philosophie n'ont pas compris cette vérité capitale, plus vieille encore que la doctrine de Platon : l'essentiel est ce qui dure, non ce qui devient toujours. Guidés parleur plat optimisme, et considérant le monde comme réel, ils placent leur but

ilaus un misérable bonheur terrestre qui, même quand il est favorisé des hommes et du destin, est une chose si vide, si trompeuse, si fragile, si attristante, que ni les constitutions, ni les lois, ni les machines à vapeur, ni les télégraphes ne le rendront jamais foncièrement meilleur. Ces optimistes sont, malgré leurs prétentions, de pitoyables chrétiens. Car l'esprit véritable du christianisme, comme du brahraamisme et du bouddhisme, c'est de reconnaître le néant du bonheur terrestre et de le mépriser. Je le répète : c'est là le but et le cœur même du chi'istianisme et non, comme on se l'imagine, le monothéisme. Aussi le bouddhisme athée est en réalité bien plus près du christianisme que le judaïsme optimiste et l'islam, sa variété.

La vraie philosophie consiste à rechercher, dans l'histoire comme partout, ce qui est immuable. Elle consiste à reconnaître que dans ces changements embrouillés et sans fin, il y a un fond qui reste invariablement le même, qui agit aujourd'hui, comme hier, comme toujours ; que dans les temps anciens et modernes de l'Orient comme de l'Occident, malgré les différences de circonstances, de costumes, de mœurs, il y a quelque chose d'identique, et qu'on retrouve partout la même humanité. Ce fond identique, immuable au milieu de tous les changements, dans les qualités du cœur et de la tête, chez l'homme, le voici: beaucoup de méchants, peu de bons. La devise de l'histoire devrait être : Eadem .<<(>d aliter. Quand on a lu Hérodote avec un esprit vraiment philosophique, on .1 assez étudié l'histoire ; car on trouve là tout ce qui constitue le reste de la vie de l'humanité : les efforts, les actes, les douleurs, les destinées de l'espèce humaine, tels qu'ils résultent de ses qualités physiques et morales. Ce que l'histoire raconte n'est au fond que le rêve long, pesant et confus de l'humanité.

Telles sont les idées générales qui peuvent servir d'introduction à la doctrine que nous allons mamtenant étudier.

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