‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 31 sur 97 · Die WeU. tome I, liv. III · texte numérisé non relu

Die WeU. tome I, liv. III

jectif de l'intelligence? Il faut ici poursuivre l'analyse, ei exposer que ces idées, loin d'être intellectuelles, loin de tomber, par conséquent, sous l'empire de la raison sul'lisante, se rapprochent plutôt de la volonté, de cette réalite que Kant appelle la chose en soi. Dans Platon même, les idées ne sont pas aperçues par l'entendement discursif, elles sont saisies par la raison intuitive : et de là résulte entre Platon et Kant une similitude inattendue que Schopenhauer a justement signalée. « Ce que Kant appelle la chose en soi, le noiirnène, et ce que Platon appelle Vidéc^ ce sont deux concepts, non point sans doute identiques, mais voisins et distingués seulement par une nuance. Il est évident que le sens intérieur des deux doctrines est le même que toutes deux ne voient dans le monde visible qu'une apparence, une maija, comme disent les Hindous, qui, en soi est comme un rien, et n'a de signilication et de réalité que par ce qui s'exprime en lui, à savoir: la chose en soi de Kant ou l'idée de Platon; en un mot, le nouméne, auquel les formes universelles et essentielles du phénomène, temps, espace, causalité, restent absolument étrangères. Kant nie immédiatement ces formes de la chose en soi. Platon les nie médiatement des idées, en ce qu'il exclut ce qui n'est possible que par ces formes : à savoir la pluralité, la naissance et la mort *. » Uidée est ainsi rapprochée de la chose en soi que Schopenhauor appelle colonie, et l'on comprend alors comment elle échappe au caractère relatif et subjectif de l'intelligence. Est-ce à dire pourtant que l'idée soit soustraite à toute représentation et se confonde avec la volonté môme ? Schopenhauer ne le pense pas. « L'idée et la chose en soi, dit-il, ne sont pas absolument identiques : l'idée est plutôt l'objectivation immédiate et partant adéquate de la chose en soi qui est la volonté, mais la volonté non encore objectivée, non encore devenue représentative.

1. Die Welt, tome I, liv. III , $ 31. cité par M. Janet. Revu» doê

cours littéraires, 19 décembre 186H.

l'art 93

Car la chose en soi doit, d'après Kant lui-inème, être affranchie des formes imposées à la connaissance, et la faute de Kant est de n'avoir pas compté au nombre de ces formes le sujet comme objet, qui est la première forme et la plus générale de la représentation ; il aurait ainsi enlevé expressément à sa chose en soi l'objectlvitc, ce qui l'aurait préservé de cette grande inconséquence do bonne heure découverte. L'idée platonicienne, au contraire, est nécessaii'cment objet, connaissance, représentation, et par là même, mais par là seulement, elle diffère de la chose en soi. Elle est soustraite aux formes de représentation que nous comprenon.s sous le nom de raison suffisante, ou plutôt elle n'y est pas encore soumise ; mais elle est régie par la première forme de représentation, à savoir l'objectivité du sujet pour luimême. De la sorte, la raison suffisante est la forme à laquelle est soumise l'idée, quand elle tombe dans la connaissance du sujet en tant qu'individu. La chose particulière, représentée en vertu de la raison suffisante, n'est ainsi qu'une objectivation médiate de la chose en soi ou volonté : entre elle et la chose en soi, se tient l'idée qui est la seule objectivation immédiate de la volonté et ne connaît d'autre forme de représentation que la forme générale de l'objectivité du sujet. Par conséquent elle est l'objectivation la plus adéquate possible de la chose en soi ou volonté : elle est même toute la chose en soi, mais soumise à la forme de la représentation : et là est la raison du profond accord enti'e Kant et Platon, bien que, au jugement du grand nombre, co dont tous deux parlent ne soit pas la même chose '. .. L'idée est ainsi l'intermédiaire entre le monde de la représentation phénoménale et le monde de la volonté, c'est la volonté do la nature aveugle et mauvaise, qui, peu à peu, s'amende et se corrige par l'oubli d'ellemême et de ses besoins, c'est rimpcrfectif)n qui trav^iifleà

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