‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 32 sur 97 · Die Wa't, tom. I, liv. lli · texte numérisé non relu

Die Wa't, tom. I, liv. lli

son propre néant. L'idée est un des degrés de ce progrès vers le néant : elle est affranchie à la l'ois des limites de la représentation et de l'égoisme de la volonté, elle est bien le véritable symbole de l'art qui, également éloigné de la science et de l'intérêt, atteint la beauté par ce double renoncement, et achemine les âmes au reaoxicemenl suprême de la morale.

Le premier résultat de la connaissance des idées est la suppression de l'individu : comme, en elfet, le sujet individuel est soumis aux formes de la raison suffisante, et que les idées échappent à cette loi, le seul moyen de connaître les idées est de sacrifier son individualité. Dans la nature, dans la vie, dans les sciences, l'intelligence est au service de la volonté, elle n'est qu'un instrument aux ordres de la faculté maîtresse. Mais quand l'individualité est supprimée, comme il arrive dans la connaissance des idées, l'intelligence cesse d'être esclave, elle devient libre, elle est un sujet pur de connaissance, elle est sa fin a uile-môme.

L'idée, objet de la contemplation pure, est ainsi comme la messagère entre les deux mondes : et, par ce rôle, elle rappelle l'idée hégélienne, si dédaignée pourtant de Schopenliauer, ou encore cette intuition esthétique de Schelling qui a le don de réconcilier le fini et l'infini dans une alliance mystérieuse, assez voisine de l'extase; ■)u même ce Juge me rit esthétique, et téléologique de Kant^ )ui, dans l'ensemble du système, parait avoir pour mission d'établir un lion entre la raison théorique^ domaine de la nature, et la raison pratique, domaine de la liberté. En tout cas, elle est bien l'image de l'art qui se joue à la surface de l'intelligence et du monde, et reproduit les différents aspects de l'univers,

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libre, indépendant, heureux de ses privilèges, faisant choix, pour ses caprices, de toute réahté, sans être soumis lui-même aux lois communes de l'existence. L'idée, en effet, et l'art qui lui sert d'objet sont affranchis : ils échappent à l'égoisme de la volonté et aux limites de l'intelligence. « Dans la contemplation esthétique, d'un seul coup la chose particulière devient l'idée de son espèce et l'individu contemplant un pur sujet de connaissance *. » L'esprit alors participe aux caractères de l'absolu et de l'éternité (mens œterna est quatenus rcs sub œternitat's spccie concipit). Il se substitue peu à peu à la volonté dont il corrige les défauts par ses vertus intellectuelles; et son inBuence est si puissante que, dans une intuition désintéressée, il tend à absorber l'univers. « Le contemplateur attire la nature en lui, si bien qu'il iinit par la ressentir comme un accident de sa propre substance. C'est dans ce sens que Byron a dit :

Are not the mountains, waves and skies a part Of me and of my soûl, as I of Ihem ?

A éprouver ce sentiment, pourrait-on, en présence de la nature indestructible, se croire soi-même aljsolument périssable ? Ne doit-on pas plutôt adopter cette pensée des Vedas : Hœ ovines creaturœ in totuni ecjo sum, et prceter me aliud ens non est ^. » Tel n'est pas sans doute le sentiment qu'éprouvent d'ordinaire les poètes de ce siècle : Slielley, Gœthe, Lamartine, qui loin de ramener la nature à eux-mêmes, préfèrent se perdre et se disperser dans l'univers divin ; et loin de trouver entre eux et la nature cette harmonie exprimée par le philosophe, se plaignent, au contraire, dans leur désespoir et \e\xf mélancolie, d'être si faibles, si mobiles, si périssablef en présence de la création immuable et impassible. ÎVIais ces lamentations dénoncent une tendance ôgoistc : tandis

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