Dui Weit tom. I, Uv. lil, f 3a
nous mènent tout directement au sentiment du joli, que Schopeniiauer définit de la manière suivante : « J'entends par joli ce qui anime la volonté en lui présentant une satisfaction immédiate. » Cette formule semble indiquer peu d'estime pour le joli et le gracieux, de la part d'un auteur qui considère l'art comme la suppression même de la volonté : dès lors, en effet, le joli n'est qu'une altération de la beauté, un retour hypocrite à cette volonté qu'il s'agissait de détruire, et on pourrait l'appeler un traître qui, à la faveur du déguisement esthétique, introduit l'ennemi dans la place. Quoi qu'il en soit, Schopenhauer distingue dans le joli, le joli positif et le joli négatif; au premier appartiennent ces intérieurs hollandais, et ces nudités de la peinture et de la statuaire qui compromettent peut-être la beauté en la revêtant d'une forme trop flatteuse pour les sens et l'égoïsme de l'homme ; quant au second, il est banni du domaine artistique, la négation du joli ne peut être en effet que le grotesque ou le repoussant.
Tels sont les éléments subjectifs do la connaissance esthétique : certaines doctrines n'en admettent pas d'autres et bornent la science du beau à l'analyse des sentiments qu'il inspire; Kant lui-môme ne paraît pas comprendre que la beauté ait une existence hors de l'âme humaine; pour lui, à cet égard, le spectacle du monde est uniquement l'œuvre du juijement. Mais, sur ce point capital, Schopenhauer se sépare de son maître ; il estime que le beau ne saurait être renfermé dans l'âme de l'homme, puisque les Idées, sur qui repose la beauté, président à la nature tout entière ; et loin de confiner l'esthétique dans la conscience, il lui assigne pour premier caractère l'affranchissement de l'égoïsme personnel et l'objectivité.
A l'élément subjectif, au sujet pur de la connaissance, répond, en effet, par une corrélation rigoureuse, l'élément objectif, la connaissance des idées. Les deux termes ne sauraient se séparer, et il ne faut pas que la différence des nums dissimule la similitude prufijnJo des réalités :
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les idées et le sujet qui les connaît participent à la même nature et atteignent également cet état d'objectivité où la volonté n'apparait plus. Ici même les dénominations de sujet et d'objet cessent d'être limitatives, et Schopenhauer, comme Schelling, semble les ramener à l'identité, par le mystère de l'intuition esthétique : dans les deux systèmes, l'art est l'intermédiaire grâce auquel se fait la réconciliation. N'y a-t-il pas, d'ailleurs, enti'e les idées et le sujet une analogie merveilleuse qui explique la connaissance; les idées ne sont-elles pas, comme le sujet lui-même, dispersées dans la nature,, et le sujet n'est-il pas comme le foyer où les idées se concentrent? Selon l'explication profonde de Schopenhauer, « l'artiste est lui-même l'essence de la nature, la volonté s'objectivant. Comme dit EinpédocIe,le semblable ne peut-être connu que par le semblable; seule la nature peut se comprendre elle-même, l'esprit n'est compris que par l'esprit, ou pour emprunter un mot d'Helvétius, il n'y a que l'esprit qui sente l'esprit *. » Une sorte d'homœomérie intellectuelle préside ainsi aux rapports du sujet avec les idées, la même beauté se révèle dans les idées et dans le sujet, puisque les deux termes sont de même nature, l'élément subjectif etrélomentobjectifsepénètrent. Aussi n'ont-ils pas de peine à se reconnaître, et l'artiste en voyant les merveilles du cosmos, admire une image dont il portait le modèle dans son intelligence. C'est l'artiste en outre qui complète la nature en s'ajoutant à elle (ans est liomo additus natarœ, 'Qncon); « il l'entend à demimot, il exprime clairement ce qu'elle ne fait que bégayer, et lui crie : Voilà ce que tu voulais dire » '. On pourrait dire en ce sens: le mojide est une esthétique qui s'ignore et que le sujet pur amène à la conscience d'elle-même, l'univers est le lieu où se fait le progrès qui, peu à peu, par le privilège de l'art, rapproche et confond la nature