‹ La philosophie de Schopenhauer (volume 2)Chapitre 43 sur 97 · DiêWelt, tom. I, liv. 111, S · texte numérisé non relu

DiêWelt, tom. I, liv. 111, S

^^^^ ^A PHILOSOPHIE DE SCHOl'KXHAUER

tiquepoiirrait souffrir de ce mélange, si en même temps l'artiste ne trouvait une excuse dans la nécessité qui Im est imposée. N'est-ce pas, au reste, une orignialité spéciale que de réunir en un même objet les caractères apposés du beau et de l'utile?

Le premier degré franchi, le monde végétal apparair, et, avec lui, l'art des jardins et le paysage qui trouve encore sa place dans le monde animal ; ici se manifestent deux nouveaux progrès: les degrés d'objectivatinn deviennent plus élevés et partant l'élément objectif du olaisir esthétique l'emporte peu à peu sur l'élémenl subj.'cuf. Déjà même commence à se montrer l'idée d'espèce, et la caractéristique des gciu-es: un dernier progrés reste à réaliser, il s'accomplit dans l'homme. « La beauté humaine est une expression objective qui montre l'objectivation la plus parfaite de la volonté, au plus haut degié de connaissance, exprimée absolument dans une forme intuitive. » L'idée en même temps, ne représente plus seulement le genre et l'espèce, elle manifeste l'individu lui-même: « Il est à remarquer (jue dans les degrés intermédiaires de l'objectivité, le caractéristique se confond absolument avec le beau : le lion, le loup, le cheval le plus caractéristique est en iiicme temps le plus beau. La raison en est que les animaux n'ont qu'un caractère d'espèce, sans caractère individuel. Dans l'homme, au contraire, le caractère d'espèce se sépaie du caractère individuel; celui-là prend le nom de beauté, celui-ci le iioin de caractère et d'expression. » On voit combien Schopenhauer se tient éloigné d'une esthétique générale, abstraite, où les représentations n'auraient qu'une valeur rîe symbole. De peur qu'on se méprenne sur ses intentions, il a soin de dire que l'idôc se spécialise en quelque sorte dans chaque homme, et que l'idèd reste individuel. Si dans les régnes inférieurs, l'idée se confond avec le caraclère spéciti(]ue, c'est qu'en réalité, malgré ics principes Lcibni/iens, les êtres ne formciH pas do vontables individus, du moins au sens estheiiiiue, ei

L'ART lOy

qu'ils ne d6rogeiit pas au type commun: dans le momie humain au contraire, il n'y a que des individus, la personne est son type à elle-même, elle a la valeur d'une idée, et comme dit Winckelmann, <- le porti'ait même doit être l'idéal de l'individu. » <. En sculpture, le principal est encore la beauté, c'est-à-dire l'objectivation de la volonté dans l'espace, et la grâce, c'est-à-dire l'oltjectivation de la volonté dans le temps : cet art d'ailleurs a des limites, comme le prouve la discussion de Lessing sur leLaocoon, et il convient mieux à un peuple jeune, tel qu'était le peuple grec, voisin de la nature, éti-anger aux raffinements dont les civilisations corrompues ressentent le besoin. En peinture, au contraire, le principal est le caractère et l'expression: Schopenliauer se rencontre sur ce point avec la plupart des philosophes et des critiques modernes, et particulieroii-en: en Allemagne avec Schelling, Hegel, Jean-Paul Richtcr, ipii font de la sculpture un art classiqut, de la peinture un art romantique. Toutefois la beauté et l'expression ou le caractère ne sauraient se nuire l'une à l'autre : « car la suppression du caractère d'esiièce par le caractèi'o individuel, ce serait la caricature, et lasupjjiussion du caraci<'.re individuel par le caractère d'espèce l'insigniliance. ■• La peinture est donc l'union de la beauté et du caractère: elle doit rester idéale et caractéristique, fuir également les pai'ticularités individuelles, empiriques de l'histoire, et les généralités symboliques de l'allégorie, que Winckelmann pourtant honorait d'une singulière estima Elle est la traduction de l'idée humaine, où se mêlent à proportion égale l'idéal et l'individue.' • aussi atteint-elle la perfection, lorsqu'elle essaie d'interpréter la vie, comme (uit tenté de le faire certaines œuvres religieuse? de l'école italierme. Schoj)enhauer regrette sans doute (|ue les peintres de la Renaissance aient emprunté tous leurs sujets au cycle étroii. de l'Ancien et du Nouveau Testament : mais il fait exception pour certains tableaux île R.ipliaël et du Corrége, où • nous voyons ^expl•o^:..i^Jn

IliBOT — Schopenhauo»' 7

de la connaissance accomplie, de celle qui, loin de s'appliquer aux choses particulières, embrasse les idées, la nature essentielle du monde et de la vie ; et cette connaissance amène la résignaticui qui est l'esprit intime de la sagesse chrétienne. » Quand la peinture arrive à exprimer ces effets et ces sentiments, elle a épuisé ses pouvoirs; il ne reste plus après elle que la poésie et la musique. Dans la poésie, c'est encore l'idée objective qu'il s'agit d'exprimer ; mais ici la langue est abstraite, il faut que la poésie se rapproche de l'intuition par les images et les métaphores, en appelant à son aide le rythme et parfois la rime. Son grand et principal objet, c'est l'homme, dont elle fait la psychologie idéale à plus juste titre que ne pourraient le faire la biographie et l'histoire : « La poésie objective l'idée de l'homme, à laquelle il appartient de se représenter dans les caractères le plus hautement individuels. » Quant à ses différents genres, il se classent selon les progrès de la transition qui fait succéder l'objectivité à la subjectivité: à savoir la chanson, la romance, l'idylle, le roman, le poème épique, le drame; <• l'extrême opposé de l'architecture dans la série des beaux-arts est le drame, qui apporte à la connaissance les idées les plus significatives, et dans la jouissance esthétique duquel par conséquent domino le côté objectif ». Dans la poésie dramatique, chaque individu est une idée par le caractère et l'expression, et cette idée se manifeste par le choix des situations : mais le faite de la poésie elle-même, c'est la tragédie, cet interprète lidèle de la douleur humaine. <- 11 est significatif, en effet, que le but de la haute poésie soit la représentation du côté effrayant de la vie, et que là nous soient montrés la douleur sans nom, le soupir de l'humanité, le triomphe de la méchanceté, la domination railleuse du hasard, la ruine coupable des innocents: n'est-ce pas une présomption significative sur la nature du monde et de l'existence? C'est la lutte do la volonté avec elle-même qui là, au plus haut degré do son objcctivalion, se présonic effrayante. Elle se traljit

Page 1