Voir ci-ftprès, ch. vi, f
2. Ufiher den Willen in derNatur: Vergleichente An&tomie, Die Weti &U n . a. VI. tom. II, ch. 26.
LA VOLONT* 85
eonceptîon exacte de la vie organique : c*est-à-dire en !< 3 rattachant à la volonté comme cause première... Ii^i, comme partout, l'erreur vient de ce qu'on a mis rintelligence au premier rang, la volonté au second » tandis que le contraire est la vérité. « La finalité évidente qui se rencontre dans toutes les parties de l'organisme animùl, montre clairement qu'il y a là, non pas une force aveuii [f.^, mais une volonté Mais on s'est accoutumé à ne corj revoir l'action d'une volonté que comme conduite par une intelligence. On tient la volonté et l'intelligence pour complètement inséparables et on regarda la volonté comme une pure opération de l'intelligence. Par suiLt^, là où la volonté agit, on dit que l'intelligence doit la conduire. Qu'arrive-t-il? c'est qu'on cherche la finalité où elle n'est pas. On la met à tort hors de l'animal qui devient dès lors le produit d'une volonté étrangère, pkf.'ôy sous la dépendance d'une intelligence qui, elle, a conrti la finalité et la réalise. Par suite l'animal existerait àiins l'intelligence avant d'exister dans la réalité. C'est là le fondement de la preuve physico-théologique. » Mais pour Schopenhauer la finalité dérive essentiellement da la volonté et comme la volonté est le fond de tout éivQ vivant, comme tout corps organisé n'est que la volonté devenue visible, il en résulte que cette finalité est coétendue à l'être lui-même, qu'elle est intérieure, immanente.
• Notre étonnement, dit-il, dans son livre sur la Volonté dans la nature (p. 59), à la vue de la perfection infinie et de la finalité des œuvres de la nature, vient Je ce que nous les considérons comme nous considérons nos propres œuvres. Dans celles-ci la volonté et l'œuv re sont de deux espèces différentes : puis, entre ces deux choses, il y en a encore deux autres: !• rintelligenr-e étrangère à la volonté en elle-même et qui est un minou que celle-ci doit cependant traverser avant de se réalhf^r; 2* une matière étrangère à la volonté et qui doit recevoir d'elle une forme et la recevoir de force; parce que cetto
volonté lutte contre une autre qui est la nature même de cette matière. ^ Il en est tout autrement des œuvres de la nature qui sont une manifestation immédiate, et non médiate de la volonté. Ici la volonté agit dans sa nature primitive, sans connaissance . la volonté et l'œuvre ne sont séparées par aucune représentation intermédiaire , elles ne font qu'un. Et même la matière ne fait qu'un avec elles ; car la matière est simplement la volonté à l'état visible {die blosse Sichtbarkeit des Willens), Aussi trouvons-nous ici la matière complètement pénétrée par
la forme Ici, la matière, quand on la sépare de la
forme, comme dans l'œuvre d'art, est une pure abstraction, un être de raison dont il n'y a aucune expérience possible. La matière de l'œuvre d'art, au contraire , est empirique. L'identité de la matière et de la forme est le caractère du produit naturel ; leur diversité, du produit de l'art. »
Schopenhauer pense qu'en établissant, comme le fait sa philosophie, l'identité de la matière et de la force , l'identité des causes efficientes et des causes finales est^ par là même établie, et que le débat entre le mécanisme et la finalité vient de ce que chacune des écoles s'en tient exclusivement à une des deux expressions d'une seule et même chose. Le matérialiste dit : nous voyons parce que nous avons des yeux, noua pensons parce que nous avons un cerveau. — Le partisan des causes finales dit : c'est afin que nous voyions que nous avons des yeux; afin que nous pensions que nous avons un cerveau. Tous deux ont en partie raison. Le parce que est juste, mais dans l'hypothèse du afin que ; et le afin que est juste en se complétant par le parce que, La vie est le résultat de l'action des forces matérielles ; mais ces forces ne sont que la manifestation de la cause finale de la vie, c'estr-àdire de la volonté de vivre. En un mot : La volonté de vivre produit l'organisme et l'organisme, dans son contact avec le monde extérieur, rend la vie possible. La volonté de connaître façonne le cerveau et le cerveau
dans son contact avec les impressions du monde extérieur rend la connaissance possible.
Ainsi, tandis qu'on admet généralement, au sommet des choses, une intelligence qui conçoit la fin et les moyens et dont la volonté est le pouvoir exécutif qui façonne la matière, Schopenhauer pose la volonté â la fois comme cause et comme matière : les concepts de moyen et de fin n'étant inhérents qu'à la nature de notre raison quand elle réfléchit sur l'organisme *. Ici Schopenhauer parle comme Kant qui considérait la conformité à un but, comme créée par la réflexion de l'esprit, qui admire par conséquent un miracle qu'il a produit luimême.
L'instinct éclaircit la finalité. Il semble qu'en le créant^ la nature ait voulu mettre dans les mains de l'investigateur un commentaire de son mode d'action dans la production des causes finales. Car l'instinct des animaux montre que l'être peut travailler d'une façon parfaitement déterminée, en vue d'une fin qu'il ne connaît pas, dont il n'a même aucune représentation. La cause finale elle aussi est un motif qui agit sans être connu.
On peut dire que la volonté chez les animaux est gouvernée et conduite à l'action de deux manières différentes: par motif ou par instinct ; par une occasion extérieur© ou par une impulsion intérieure. Mais cette opposition du motif et de l'instinct, examinée de plus près, devient moins profonde et n'offre même plus qu'une différence de degré : car le motif, lui aussi, ne peut agir que dans l'hypothèse d'une impulsion intérieure^ c'est-â-dire d'une manière d'être particulière de la volonté que l'on appelle le caractère. En ce sens la différence de l'instinct et du caractère se réduit à ceci : que l'instinct est un caractère qui n'agit que sous l'impulsion d'un motif déterminé d'une manière toute spéciale: et par suite on peut le définir'
l. Ist die Zweckmaessigkeit des Organismus bloss da far die erkennende Vernunft, deren Ueberlegung an die BegrifiFe von Zwetik und Mittel gebunden ist
88 LA PIllLOSOPHIR DK SCHOPENHAUEIt
< un caractère déterminé dans un sens unique avec une force incommensurable. » Le motif, au contraire, suppose une sphère de connaissance plus étendue et par conséquent une intelligence plus développée. — Quant à ces instincts qui supposent chez Tanimal une cnticipation de Tavetiir (le necrophorus vespillo^ etc.) « leur source, dit Schopenbauer n'est pas dans la connaissance ; mais dans la volonté comme chose en soi, laquelle, comme telle, est en deliora des formes de la connaissance : à cet égard donc le temps n'a aucun sens pour elle ; le futur est aussi près d'elle que le présent. »
Cette étude sur la volonté nous a fait pénétrer jusqu'au cœur même de la philosophie de Schopenhauer, puisque la volonté est l'irréductible, l'explication dernière, « la chose en soi h. Mais faut-il croire que nous touchons ici h ce qtie les métaphysiciens appellent l'absolu? Il faut s'expliquer sur ce point.
d Qu'est-ce que la connaissance ? dit Schopenhauer *.
— C'est d'abord et essentiellement une représentation.
— Qu'est-ce qu'une représentation? — Un phénomène cérébral très complexe qui aboutit à la formation d'une image. Ces intuitions qui sont la base et la matière de toute autre connaissance, ne peuvent-elles pas être considérées comme la connaissance de la chose en soi ? Ne peut-on pas dire : l'intuition est produite par quelque chose qui e^t hors de nous, qui agtt^ et par conséquent qui ê£tf Nous avons vu que l'intuition, étant soumise aux formes du temps, de l'espace et de la causalité, ne peut donner par là même la chose en soi; que celle-ci doit être cherchée, non dîios une connaissance, mais dans un acte; qu'il y a une vuie intérieure qui, semblable à un souterrain, à une route secrète, nous introduit d'un seul coup, comme par trahison, dans la forteresse. La chose en soi
1, Diç WiU afâ Wille u. s. w. tome II, ch. xviii.
ne peut être donnée que dans la conscience ; puisqu'il faut qu'elle devienne consciente d'elle-même. Vouloir la saisir objectivement, c'est vouloir réaliser une contradiction. Mais qu'on remarque bien ce qui en résulte.
La perception interne que nous avons de notre propre volonté, ne peut en aucune façon nous donner une connaissance complète, adéquate de la chose en soi. Cela ne pourrait être que si la volonté nous était connue immédiatement. Mais elle a besoin d'un intermédiaire , l'intelligence, qui suppose elle-même un intermédiaire : le corps, le cerveau. La volonté est donc, pour nous, iîée aux formes de la connaissance ; elle est donnée dans la conscience sous la forme d'une perception et, en m me telle, se scinde en sujet et en objet. La conscience se produit sous la forme invariable du temps, de la succession ; chacun ne connaît sa volonté que par des actes sucn cessifs, jamais dans sa totalité. Chaque acte devolor»t.é qui sort des profondeurs obscures de notre intérieur^ jumr arriver à la lumière de la conscience, représente le [)assage de la chose en soi au phénomène. C'est là du muins le point où la chose en soi se donne le plus immèdiaiement comme phénomène, se rapproche le plus du suyA connaissant. Et c'est en ce sens que la volonté est tout ce qu'il y a de plus intime, de plus immédiat, de plus indépendant de la connaissance, qu'elle peut être appelée la chose en soi.
« Mais si on se pose cette question dernière : « Cette volonté qui se manifeste dans le monde et parle mon de ^ qu'est-elle absolument et en elle-même ? » iZ n^y a aucune réponse possible à cette question; puisque être connu est en contradiction avec être en soi, et que tout ce qui est connu est par là même phénomène. » En d'autres termes, la volonté saisie sous la forme de la connaissance est par là même saisie comme conditionnée et cesse d'être la chose en soi.
« Pour conclure, l'essence universelle et fondamentale de tous les phénomènes, nous l'avons appelée tolouté^
d'après la manifestation dans laquelle elle se fait connaître aous la forme la moins voilée ; mais par ce mot nous n'entendons rien autre chose qu^une X inconnue : en revanche, nous la considérons comme étant, au moins d'un cAtè, infiniment plus connue et plus sûre que tout le reste *. »