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04 LR PlîlLOSOPHrE DE SCHOPENHAUER
son propre néant. L'idée est un des degrés de ce progrè? vers le néant ; elle est affrancliie à la fois des limites de la représentation et de régoîame de la volonté, elle est bien le véritable symbole de l^art qui, également éloigné de la science et de Tintèrêt, atteint la beauté par ce double renoncement, et acliemine les âmes au renoncement suprême de la morale.
Le premier résultat de la connaissance des idées est îa suppression de Tindividu ; comme, en effet, le sujet individuel est soumis aux formes de la raison suffisante, et que les idées échappent à cette loi, le seul moyen de connaître les idées est de sacrifier son individualité. Dans la nature, dans la vie, dans les sciences, TintelligcncG est au service de la volonté, elle n'est qu'un Instrument aux ordres de la faculté maîtresse. Mais quand rindividualitô est supprimée, comme il arrive dans la connaissance des idées, Tintelligence cesse d'être esclave, elle devient libre, elle est un sujet pur de connaissance, elle est sa iin à elle-même.
L*idée, objet de la contemplation pure, est ainsi comme la messagère entre les deux mondes : et, par ce rôle, elle rappelle l*idôe hégélienne, si dédaignée pourtant de Scbopenhauer, ou encore cette intuition esthétique de Schelling qui a le don de réconcilier le fini et l'infini dans une alliance mystérieuse^ assez voisine de l'extase ; ou même cejugemoat e$tkv.tiqae et téléologique de Kant^ qui, dans Ten semble du système, parait avoir pour nnt'sion d^établir un lien entre la raison théorique^ domaine de la nature, et la raison pratique, domaine de ISr liberté. En tout cas, elle est bien l'image do Fart qui sejoue à la surface de l'intelligence et du monde, et reproduit les différents aspects de Tunivers,
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libre, indépendant, heureux de ses privilèges, faisant choix, pour ses caprices, de toute réalité, sans être soumis lui-même aux lois communes de Texistence. L'idée, en effet, et l'art qui lui sert d'objet sont affranchis : ils échappent à l'égoisme de la volonté et aux limites de Pintelligence. « Dans la contemplation esthétique, d'un seul coup la chose particulière devient l'idée de son espèce et l'individu contemplant un pur sujet de connaissance *. » L'esprit alors participe aux caractères de l'absolu et de l'éternité (mens œterna est quatenus res sub œternitatis specie eoncipit). Il se substitue peu à peu à la volonté dont il corrige les défauts par ses vertus intellectuelles; et son influence est si puissante que, dans une intuition désintéressée, il tend à absorber l'univers. « Le contemplateur attire la nature en lui, si bien qu'il finit par la ressentir comme un accident de sa propre substance. C'est dans ce sens que Byron a dit :
Are DOt the mountains, waves and iikies a part Of me and of my soûl, as I of them ?
A éprouver ce sentiment, pourrait-on, en présence de la nature indestructible, se croire soi-même absolument périssable ? Ne doit-on pas plutôt adopter cette pensée des Vedas : Hœ omnes creaturœ in totum ego sum^ et prœter me aliud cns non est *. » Tel n'est pas sans doute le sentiment qu'éprouvent d'ordinaire les poètes de ce siècle : Shelley, Gœthe, Lamartine, qui loin de ramener la nature à eux-mêmes, préfèrent se perdre et se disperser dans l'univers divin ; et loin de trouver entre eux et la nature cette harmonie exprimée par le philosophe, se plaignent, au contraire, dans leur désespoir et leur mélancolie, d'être si faibles, si mobiles, si périssables, en présence de la création immuable et impassible. Mais ces lamentations dénoncent une tendance égoïste : tandis