Ibid., tom, I, livre III
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le spectacle des arbres inclinés par le veut, jusqu^aux héros des romans modernes, tous les cœurs blessés, éprouvés par les passions, ont eu recours au remède souverain rappelé dans cette phrase du philosophe. Mais, seules, les âmes d*élite, agrandies par la douleur, peuvent en comprendre la vertu : quant aux hommes asservis à la volonté, et qui ne s'élèvent point à l'objectivité, « ils ne peuvent rester en tète à tôte avec la nature, ils ont besoin de société, au moins d'un livre. » Il y a peu d'élus, capables de dominer leurs sentiments et leurs intérêts : pour la plupart des hommes, la vie est un combat, un conflit d'égoismes, quelque chose d'analogue à l'état de guerre dépeint par Hobbes; ils sont rares les esprits désintéressés qui, jetant un regard rétrospectif sur le chemin parcouru, ne retrouvent dans leurs souvenirs que la contemplation pure et l'objectivité, cet état enfin « où le monde comme volonté est évanoui, où le monde comme représentation reste seul. « En cela, comme le disait Aristote, l'art est une purification, il a pour symbole la lumière, ce vêtement des bienheureux; si, en effet, la lumière nous réjouit, c'est qu'elle est la corrélation et la condition de la connaissance contemplative accomplie, la seule qui n'affecte pas immédiatement la volonté. C'est ce que les religions ont bien compris en faisant de la lumière le séjour de la béatitude éternelle : « Ormuz réside dans la pure lumière, Ahriman dans la nuit sans fin. De même dans le paradis dantesque les âmes brillent, points lumineux, groupés selon des formes régulières, à peu près comme au Vauxhall à Londres *. » La beauté est comme un premier rayon de cette lumière céleste: elle est l'initiation à ce monde supérieur de l'objectivité et de la vie contemplative dont Aristote faisait l'idéal de la morale humaine.
Le beau n'est pas toutefois le seul sentiment qu'éveillent le spectacle de la nature et les chefs-d'œuvre des