‹ La philosophie de SchopenhauerChapitre 40 sur 56 · Die Welt, tom. I, liv. IH f · texte numérisé non relu

Die Welt, tom. I, liv. IH f

dôla volonté; Fart est presque soustrait à toute limite, et affranchi du joug de la volonté.

Schopenhauer, on se le rappelle, distingue deux sources de jouissance esthétique, selon qu'il considère ridée qui est saisie, ou la félicité, le repos qui en résultent dans le sujet- il ajoute que ces deux plaisirs de nuance diverse, ne sont pas excités indifféremment par .-e même genre de beauté, mais qu'ils se succèdent Tun a l'autre, d'après une loi déterminée, à savoir le degré d'objectivation de la volonté. « Dans la beauté de la nature inorganique et des végétaux ou dans les œuvre* d'architecture, la jouissance du sujet pur doit l'emporter; car ici les idées ne sont que d'humbles degrés de l'objectivité. Si au contraire ce sont les animaux et les hommes que l'art considère ou représente, la jouissance doit être plutôt dans la contemplation objective des idées où là volonté se manifeste par l'expression la plus significative *-. L'intelligence ainsi, par l'intermédiaire de l'art, se répand à tous les degrés dans le monde. Il en résulte que si les beaux-arts, pour employer la terminologie de Kant, se distinguent les uns des autres par la matière^ du moins ils se ressemblent et se confondent presque par la forme : il n'y a en réalité, qu'un seul art, celui de Yintuition pure, qu'un seul genre d'artistes, les contem- TDlatifs ; il n'y a qu'une seule méthode pour traduire la nature en représentation esthétique. Mais la natura ellemême manifeste à des degrés très différents l'objectivation de la volonté et c'est de l'inégalité de ces degrés qu'on tient compte dans la classification des beauxarts, qui devrait plutôt se nommer la classification des idées.

Les premières idées qui aident la volonté à se manifester Jans l'univers sont les idées de la matière inorganique. Ici toutefois une objection se présente : La matière, comme telle, ne peut pas être la représentation

l. Die Welt, tom. I. liv. III « 42

l'aïit j)"2

d^uEc 'déô, car elle n'existe q^ue par la causalité el îa causalité est une forme delà raison suffisante à laquelio Vidée n'est pas soumise, » Schopenhauer n'a pas de tJeine à. résoudre la difficulté ea disant que si la matière ells-TTOême est irreprésentable, du moins « chacune des qualités de la matière est toujours Tapparence d'une idée, et, comme telle, est capable d'une considération esthétique. Cela est vrai roéme des qualités les plus générales sans lesquelles la matière n'existerait pas, et dont les idées sont la plus faible objectivité de la volonté, à savoir; la pesanteur, la cohésion, la fixité, la fluidité, la réaction contre la lumière, ^i Or c'est précisément sur ces qualités que repose rarchitecture; cet art ne manifeste par conséquent que les faibles degrés d'objectivation de la volonté^ aussi le plaisir qu'il excite a-t-il rapport surtout au sujet pur de connaissance ; mais par la même raison, il peut élever les sentiments de l'artiste et du connaisseur jusqu'au sublime, puisqu'il est le résultat d'une conquête pèiiible que l'intelligence fait sur la volonté. L'architecture est une lutte entre la pesanteur et la fixité qui se combattent, et se réconcilient par rintermédiaire des colonnes, des piliers, des chapiteaux; cet art d'ailleurs « n*agitpas seulement dans l'ordre mathématique, maisaussidans l'ordre dynamique, etce qui nous jjarle par sa voix,ce n'est pas seulement la forme pure et la symétrie, mais plutôt les forces fondamentales de la nature^ les premières idées, les plus humbles degrés d'objectivation de la volonté 't. La lumière intervient enfin pour mieux accuser les proportions de l'ensemble et la finesse des détails ; elle apparaît également comme le symbole de la joie que dorme la contemplation pure, et les Grecs savaient quel prix ses jeux et ses caprices ajoutent à la perfection des monuments. L'architecte toutefois n'est pas libre dans son art, il est contraint d'ailier en ses œuvres Futilité à la beauté même et l'esthé-

i. Dim WoUt tc^m. 1, llv. lU, i 42.

I [que pourrait souffrir de ce mélange, si en même temps l'artiste ne trouvait une excuse dans la nécessité qui lui est imposée. N'est-ce pas, au reste, une originalité spéciale que de réunir en un même objet les caractères opposés du beau et de Futile?

Le premier degré franchi, le monde végétal apparaît, et, avec lui. Part des jardins et le paysage qui trouve oricore sa place dans le monde animal ; ici se manifestent deux nouveaux progrès: les degrés d'objectivation deviennent plus élevés et partant Télément objectif du plaisir esthétique l'emporte peu à peu sur l'élément subjectif. Déjà même commence à se montrer l'idée d'espèce, et la caractéristique des genres: un dernier progrès reste à réaliser, il s'accomplit dans l'homme. ■ La beauté humaine est une expression objective qui montre Tobjectivation la plus parfaite de la volonté, au plus haut degré de connaissance, exprimée absolument dans une forme intuitive. » L'idée en même temps, ne représente plus seulement le genre et l'espèce, elle manifeste l'individu lui-même : « Il est à remarquer que dans les degrés intermédiaires de l'objectivité, le caractéristique se confond absolument avec le beau : le lion, le loup, le cheval le plus caractéristique est en même temps le plus beau. La raison en est que les animaux n'ont qu'un caractère d'espèce, sans caractère individuel. Dans l'homme, au contraire, le caractère d'espèce se sépare du caractère individuel; celui-là prend le nom de beauté, celui-ci le nom de caractère et d'expression. » On voit combien Schopenhauer se tient éloigné d'une esthétique générale, abstraite, où les représentations n'auraient qu'une valeur de symbole. De peur qu'on se méprenne Eui^ ses intentions, il a soin de dire que l'idée se spécialise en quelque sorte dans chaque homme, et que l'idéal reste individuel. Si dans les règnes inférieurs, l'idée se confond avec le caractère spécifique, c'est qu'en réalité, malgré les principes Leibniziens, les êtres ne forment pas de véritables individus, du moins au sens esthétique, et

Page 1