‹ La philosophie de SchopenhauerChapitre 44 sur 56 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

est Fobjectivation de la volonté qui, elle, n'est pas un phénomène, ni une idée, ni un objet, mais une chose en soi, non soumise au principe de raison suffisante, forme de tout objet, non soumise au rapport de conséquence à principe ; comme telle elle ne connaît aucune nécessité, c'est-à-dire qu^elle est libre. Le concept de liberté est ainsi à proprement parler purement négatif, puisqu'il ne contient que la négation de la nécessité, c'est-à-dire d'un rapport de principe à conséquence suivant l'axiome de raison suffisante ». — Mais la volonté comme phénomène, comme objet, est nécessairement et invariablement prise dans la chaîne des principes et des conséquences, des effets et des causes, laquelle ne souffre aucune interruption. La loi de la nature, c'est le déterminisme absolu. L'homme est, comme toute autre partie de la nature une objectivation de la volonté ; par conséquent il est soumis à cette loi, « De même que toute chose dans la nature a ses propriétés et qualités qui, sous une action déterminée, donnent une réaction déterminée et font connaître son caractère ; de môme l'homme a son caractère^ dont les motifs provoquent ses actes avec nécessité. »

Maintenant la formule de Scbopenhauer peut être comprise. L'homme n'est pas seulement un groupe d'apparences liées dans le temps et l'espace par la causalité ; il est une manifestation de la chose en soi, de l'être, et comme tel il a en elle sa réalité. En tant qu'il agit [operari) il n'est qu'un phénomène comme les autres et comme eux nécessité. En tant qu'il est {esse) il est en dehors du temps, de l'espace, de la causalité, de toutes les formes de la nécessité. Donc il est libre. Donc imesse nieht im operari liegt die Freiheiu Ainsi se réconcilient la liberté et la nécessité. L'homme -est absolument libre comme chose en soi, dans son caractère intelligible ; absolument nécessité comme phénomène, dans son caractère empirique. « La liberté morale ne doit pas être cherchée dans la nature, mais hors de la nature. Elle est mé-

ISO LA PHILOSOPHIE DE SCHOPBNHAUER

taphysîque, mais impossible dans le^ monde physique. Par suite nos actes ne sont pas libres ; tandis qu'il faut regarder le caractère de chacun comme son acte libre. Il est tel parce que, une fois pour toutes, il veut être tel. Car la volonté en elle-même et en tant que se manifestant dans un individu et constituant son vouloir primitif et fondamental, est indépendante de toute connaissancêf puisqu'elle lui est antérieure. Elle ne tient de la connaissance que les motifs suivant lesquels elle développe successivement son essence et se fait connaître ou se i^nd sensible ; en elle-même, comme située en dehors du temps, elle est immuable '. » Mais alors si les actes dépendent du caractère qui est fixé une fois pour toutes, à quoi serviront Téducation et les préceptes? Schopenhauer reprend la question posée par Platon : si la vertu peut s^apprendre ; il la résout négativement ; et il se plaît à répéter avec Sénèque qu'on n'apprend pas à vouloir: Velle non discitur.

Son étude sur le caractère nous permet de pénétrer encore mieux dans sa doctrine. Quoique métaphysicien, Schopenhauer nous paraît ici montrer la voie à la psychologie expérimentale qui a beaucoup à faire dans ce sens» tt Un botaniste, dit-il, sur une seule feuille reconnaît toute la plante ; Cuvier avec un seul os reconstruit ranimai entier; on peut de même avec un seul acte caractéristique, obtenir la connaissance exacte du caractère d'un homme. »

Il distingue dans tout homme le caractère intelligible, Ï0 caractère empirique, et le caractère acquis. La distinction des deux premiers est, comme on le sait, due à Kant,

Le caractère intelligible, c'est l'individu dans son es$e^ comme chose en soi, en dehors des formes de l'intuition. Le curieux, c'est que Schopenhauer admet aans l'expli-

f . Pa.rerQSL und Paralipomenaf II, § 117.

quer que l'individualité est supérieure aux phénomènes et peut exister sans eux ; « L'individualité ne repose pas seulement sur le principe d'individuation ;etpar suite elle n'est pas entièrement un pur phénomène ; mais elle a sa racine dans la chose en soi, dans la volonté de l'individu; car son caractère même est individuel. Jusqu'à quelle profondeur va cette racine ? Cela appartient à un ordre de questions auxquelles je n'entreprends pas de répondre *. »

Le caractère empirique est la manifestation du caractère intelligible. C'est au sens ordinaire du mot, la marque propre à chaque individu. Quoique supérieur à l'intelligence, il n'arrive que par elle à la conscience. « L'influence que la connaissance, comme médium des motifs a, non sur la volonté elle-même, mais sur sa manifestation par des actes, est la principale base des différences entre les actes de l'animal et ceux de l'homme: le mode de la connaissance diffère dans les deux cas; l'animal n'ayant que des intuitions ; l'homme, grâce à la raison, ayant des concepts abstraits. Quoique l'homme et l'animal soient déterminés par les motifs avec une égale nécessité, l'homme a sur l'animal la supériorité de pouvoir délibérer : ce qui dans des actes individuels a été souvent pris pour un libre arbitre de la volonté ; quoique ce ne soit qu'un conflit entre plusieurs motifs, dont le plus fort cause une détermination nécessaire.*»

Le caractère acquis est « celui qui s'obtient ans le cours de la vie, par le commerce du monde et dont on veut parler, quand on loue un homme d'avoir du caractère, quand on blâme un homme de n'en pas avoir. A la vérité, on pourrait penser que le caractère empirique comme manifestation du caractère intelligible est \m^ muable et, comme tout phénomène de la nature, conséquent avec lui-même ; que l'homme aussi doit paraître

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