G PROCÉDÉS PARTICULIERS DE LA MAÏEUTIQUE. — DIVISION
(i à propos toutes ces choses et de s'en abstenir à « temps, il possédera parfaitement l'art de la pa- « rôle; jusque-là, non*. »
Platon n'a fait que systématiser la méthode analytique de son maître. C'est ce qu'avaient déjà commencé, avant lui, les Mégariques, disciples de Socrate et de Zenon, c'est-à-dire des deux fondateurs de la dialectique. L'étranger d'Élée,dans le Sophiste et le Politique^ applique jusqu'à l'excès les procédés socratiques et éléatiques de division et de subdivision par genres ou espèces; et c'est toujours la division à deux membres qui reparaît. Les philosophes qui ont précédé Socrate, principalement les Éléates et Zenon, connaissaient bien et employaient cette opération logique; mais, comme dit Platon dans le Philèbe, la plupart de ces sages faisaient à'un plusieurs à l'aventure; Socrate et Platon s'attachèrent à employer régulièrement et méthodiquement l'analyse ; ils s'efforcèrent d'établir une gradation continue et un ordre naturel dans les genres et les espèces : là est leur originalité.
Brandis* et Heyder* soutiennent cependant qu'on ne doit pas considérer le procédé logique appelé division comme ayant été employé par Socrate en même temps que la définition, mais qu'il commence avec Platon. Pour principale preuve, ils font
* Voy. le Phèdre, ibid.
' Brandis, loc. cit.
' Heyder, Kritischc Vorslcîlung und Vergleichung der Aristotelischen und HegeUchcu Dialeclik, part. I, p. 85, 129. •
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remarquer que, dans le Sophiste et le Politique où œ procédé est très-abondamment employé, Socrate ne dirige pas la conversation. Il ne faut pas, à notre aWsi attacher autant de valeur à cette circonstance.; d'ailleurs, l'étranger d'Élée ne représente pas Platon, mais l'école mégarique, qui tenait tout à la fois de Zenon et de Socrate un goût extrême pour la division. De plus, Platon semble compter luimême ce procédé parmi ceux qu'il faut attribuer à Socrate : nous venons de le voir dans le Phèdre^ que Brandis oublie et qu'on peut opposer au Sophiste. Enfin, ce qui est décisif, c'est le témoignage de Xénophon, qui nous a montré l'emploi fréquent et méthodique du même procédé. Le diaUyeiv xarà yévn implique la division comme l'induction ; il n'était guère possible de séparer ces deux choses avec un causeur aussi abondant que Socrate, qui montait et redescendait sans cesse l'échelle des genres.
Socrate a aussi connu et pratiqué une autre sorte d'analyse, non-seulement pour la réfutation de l'erreur*, mais pour la recherche delà vérité: c'est la déduction, qui divise le principe en ses conséquences nécessaires. Déjà Zenon s'était rendu illustre par la vigueur de ses raisonnements déductifs. Les pythagoriciens, en leur qualité de géomètres, ne pouvaient, eux aussi, être étrangers à ce procédé. Dans les Mémorables, Socrate donne ordir
* V. plus haut, p. 49.
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nairement à la déduction la forme du sorite, qui est en effet la plus naturelle : — c< Lorsqueron connait « les lois relatives au culte, on rend aux dieux un a culte légitime? — Assurément. — Et lorsqu'on c< leur rend un culte légitime, on les honore comme c< il faut? — Je n'en doute pas. — Et celui qui les « honore comme il faut est un homme pieux? — Sans « doute. » — Au reste, les déductions socratiques ne sont pas toujours exactes, et le passage qui précède en est un exemple. Les majeures des syllogismes étant sous-entendues, la chaîne du sorite présente parfois une solution de continuité; comme ici où Socrate sous-entend cette majeure : c< On ne fait jamais que ce qu'on croit être son devoir. »
La méthode de déduction est un moven de vérifier la valeur de nos conceptions indépendamment de leurs objets mêmes ; car nos conceptions sont nécessairement fausses, si leurs conséquences se contredisent entre elles, et ce vice intime suffit pour réfuter un système, sans même qu'on ait besoin de consulter la réalité. Ce moyen de réfutation, nous l'avons vu, était constamment employé par Socrate.
Mais, si la méthode analytique a une valeur absolue comme moyen de réfutation, elle ne peut avoir qu'une valeur relative comme moyen d'établir des doctrines ; car elle en prouve seulement la possibilité^ non la réalité. Ce qui est impossible ne peut être réel; mais ce qui est possible n'est pas pour cela réel. La déduction, qui montre que nos
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eoiiceptions s'accordent entre elles, n'indique donc pas leur conformité nécessaire avec la réalité actoelle des choses, mais révèle du moins la vérité éternelle qui les rend possibles. Ce résultat suffisait très-souvent à Socrate, peu porté aux affirmations dogmatiques.
Si Socrate ne semble pas avoir bien connu la portée et les limites exactes de la déduction, Platon, au contraire, a mesuré avec précision la valeur de ce procédé. « Dans le cas où on attaqueen rait, dit-il, le principe que tu as posé, ne laisse- « rais-tu pas cette attaque sans réponse, jusqu'à ce « que tu eusses examiné toutes les èonséquences « qui dérivent de ce principe, et reconnu toi-même « si elles s'accordent ou ne s'accordent pas entre a elles*? » — C'est là une première espèce de vérification qui, à elle seule, serait insuffisante pour démontrer une doctrine. Platon a parfaitement compris ce caractère hypothétique de la division et de la déduction : il appelle lui-même hypothèses (ÙTro6e<jeiç) les notions et les propositions qui servent de point de départ à l'analyse ; il reproche aux géomètres et aux mathématiciens de s'appuyer sur des principes qu'ils admettent sans les avoir vérifiés, et d'être incapables de prouver Texistence de la plus simple des figures *. De là, la nécessité d'une méthode qui n'atteigne pas seulement les notions, mais les êtres eux-mêmes. La division et la déduction, absolues
« République, VH.
« ïhid.