PROCÉDÉS PARTICULIERS DE L.V MAÏEDTIQUB. - INDUCTION
une méthode nouvelle, qui n'est ni la déduction ni Texpérience immédiate, mais Vindui:tion. L'induction consiste à renverser Tordre du syllogisme et à déduire la majeure de la conclusion : La justice est une vertu; la justice, la piété, etc., sont aimables, donc toute vertu est aimable. Cette conséquence, illégitime en elle-même, ne peut devenir légitime qu'à une seule condition : savoir, que le petit terme [juUicey piélé^ etc.) soit équivalent au moyen {vertu)j et qu'on puisse les substituer Pun à l'autre. Pour établir cette équation, il n'y a qu'une voie; c'est de prendre pour petit terme toutes les idées particulières contenues dans le moyen terme {vertu). ?jàr exemple : La justice, la prudence, le courage et la tempérance sont aimables; or elles sont toute la vertu; donc la vertu est aimable. Souvent cette énumération est impossible ou superflue *; elle n'est pas moins la condition rigoureuse de la légitimité logique de l'induction'; si elle n'est pas remplie, on a plutôt un discours inductif que l'induction complète. La déduction et l'induction sont donc, pour Aristote comme pour Platon et Socrate, les deux méthodes opposées qui vont, l'une des premiers principes aux dernières conséquences, l'autre . des dernières conséquences aux premiers principes. Le point de départ de la première est le genre, et le terme auquel elle arrive, à travers toute la suite des espèces, l'individu ; l'individu est le point de départ
* De part, anim.f III, 2.
* Analyt. pr., Il, xv.
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de la seconde, et le genre, son point d'arrivée. L'induction, dit en propres termes Aristote, est la régression du particulier au général : ÈTraywyyj $ï -h ino
ràv xaOexaora ettc rà xaSdXou ê(foâog^.
Dans Socrate, l'induction prend diverses formes plus ou moins élémentaires ou rigoureuses. Tantôt ce sont de simples exemples dont Socrate éclaircit son discours, et où s'entrevoit déjà l'ébauche d'une induction; tantôt ce sont des preuves par analogie^ tantôt enfin des inductions proprement dites
On sait combien Socrate aimait les exemples, qui ont l'avantage de particulariser et de préciser au début les idées, sauf à éliminer ensuite l'accidentel pour retenir l'essentiel. « Rencontrait-il de ces jeu- « nés gens qui, se croyant favorisés de la nature, «méprisent toute instruction, il leur prouvait que « les naturels qui semblent les plus heureux ont le « plus besoin d'être cultivés. Il donnait en exemple «ces généreux coursiers qui, nés vifs, impétueux, «deviennent précieux et rendent de grands servi- « ces, s'ils sont domptés dans leur jeunesse ; les a- « t-on négligés, ils sont rétifs et inutiles. Un chien «de bonne race, ardent, qui s'élance à la poursuite « des animaux, deviendra sans doute un excellent « chien de chasse, si on a soin de l'instruire ; mais « qu^on l'abandonne à lui-même, il est slupide, ob- « sliné, furieux. Ainsi les hommes les plus favorisés « de la nature, nés avec de l'ardeur pour tout ce
> Top., I, 12. Cf. Anal, post, I, xtiii.
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<c qu'ils entreprennent, se distingueront par leurs « vertus, et deviendront très-utiles, s'ils ont appris a à connaître leurs devoirs, car ils feront de grandes « choses ; mais si la culture leur manque, et qu'ils c( restent dans l'ignorance, ils seront aussi méchants a que nuisibles ^ » On voit qu'ici l'exemple devient une véritable preuve par analogie, et l'analogie n'est autre chose qu'une induction plus ou moins incomplète. Des faits particuliers, éparsçà et là, ri Ttoklayjfi (Jte(7irapfxev«', Socrate forme la vérité générale. c( Dites-moi, Euthydème, dans quelle partie vous « proposez-vous de vous distinguer, en rassemblant a tant de livres?... N'est-ce pas pour devenir méde- « cin ? Il y a, en effet, beaucoup de livres de méde- « cine. — Euthydème répondit : Non, en vérité. — « Quoi donc ? Architecte? Car cet art exige un grand c< jugement. — Ce n'est pas mon dessein. — Vous « voulez donc devenir un grand géomètre comme «Théodore? — Pas plus'. » — Par ces énumérations d'exemples, Socrate amène l'auditeur à la détermination précise du sujet, à la différence propre. Même emploi des exemples et des analogies dans Platon. « Si Gorgias était habile dans le même art « que son frère Hérodicus, quel nom aurions-nous « raison de lui donner? Le même qu 'Hérodicus, « n'est-ce pas? — Sans doute. — Nous aurions donc « raison de l'appeler médecin. — Oui. — Et s'il était
^ Mém.,\S, i.
• Phèdre y \oc. cil.
* Mcm,, IV, 2.
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« ?ersé dans le même art qu'Aristophane,. . . de quel tnom conviendrait-il de l'appeler? — Du nom de « peintre. »
Dans le passage suivant de Xénophon, l'analogie acquiert une portée inductive des plus remarquables : « Répondez, Aristodème, y a-t-il quelques «hommes dont vous admiriez le talent? — Sans «doute. — Nommez-les. — J'admire surtout Homère « dans la poésie épique, Ménalippide dans le dithy- « rambe, Sophocle dans la tragédie, Polyclètc dans la «statuaire, Zeuxis dans la peinture. — Mais quels «artistes trouvez-vous les plus admirables, de ceux « qui font les figures dénuées de pensées et de mou- «veraent, ou de ceux qui produisent des êtres ani- « mes et doués de la faculté de penser et d'agir ^ ?. . . » ElSocrate arrive à démontrer l'existence de Dieu par l'analogie des œuvres de la nature avec les œuvres de l'art.
Ainsi, depuis la forme rudimentaire de l'exemple jusqu'aux analogies et inductions régulières, le procédé synthétique de la généralisation se retrouve continuellement dans la méthode de Socralc, à côté de la division et de l'analyse. La logique étaiit, pour Socrate, une maïeutique, la division et la généralisation devenaient des instruments nécessaires de l'enfantement intellectuel. La division, pourraiton dire, fait passer à l'état explicite ce qu'une notion ou une proposition contenait implicitement;
« Mém., I, 4.
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c'est reiifantement des idées particulières par l'idée générale. L'induction, procédé inverse, met l'esprit en possession des genres, le féconde par conséquent et le rend capable de produire : car le genre est un germe d'idées ou, comme le dira Aristote, fidèle à l'esprit socratique, une puissance enveloppant l'acte, une virtualité grosse de la réalité.
Le résultat de ces analyses et de ces synthèses, que Socrate appliquait à toutes choses , il l'exprimait et le fixait dans la définition. Ici va se révéler de plus en plus, même chezXénophôn, la tendance métaphysique contenue dans la logique de Socrate.