PROCÉDÉS PARTICULIERS DE LA MAÏEUTIQUE. - DÉFINITION
c( pensée sensible par la voix au moyen des mots..» c< Si Ton nous demandait ce que c'est qu'un char^ « nous croirions avoir beaucoup fait de répondre qu& ce ce sont des roues, un essieu, des ailes, des jantes^ c< un timon. » C'est la définition vulgaire qui résout un mot inconnu dans d'autres mots plus connUs, et donne de l'objet une idée superficielle.
La deuxième espèce de définition est l'énuméralion complète des parties, ou description, a Nous « portons, à la vérité, un jugement droit' touchant c< le char (en citant quelques-unes de ses parties); « mais celui qui peut en décrire la nature, en par- « courant l'une après l'autre toutes ses cent pièces, c< et qui joint cette connaissance au reste, outre c( qu'il juge vrai sur le char, en possède encore la « noimi ^oyo^^ et au lieu d'un simple jugement « arbitraire, il parle en artiste et en homme qui « sait sur la nature du char, parce qu'il peut faire « la description du tout par ses éléments. » — Bien que cette espèce de définition soit supérieure à la précédente, Socrate n'a pas de peine à démontrer qu'elle ne fait point encore connaître véritablement l'objet : la première sorte de définition n'était qu'une qualification vraie ; la seconde n'est qu'une suite de qualifications vraies.
/< Quelle est la troisième espèce de définition? — c< Celle que beaucoup d'autres attacheraient comme (c moi au mot de définition, savoir, de pouvoir dire c( en quoi la chose sur laquelle on nous interroge « diffère de toutes les autres... Le soleil, par exem-
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I cple, est le plus brillant de tous les corps cé- I «lestes qui tournent autour de la terre... Selon «quelques-uns, si tu saisis dans chaque objet sa «différence d'avec tous les autres, tu en auras «la notion; au lieu que, si tu en saisis une qua- «lité commune, tu auras la notion des objets à «qui cette qualité est commune. — Je comprends ; «et il me paraît qu'on fait bien d'appeler cela défi- «nition. »
Malgré les avantages de la définition spécifique, Platon ne croit pourtant pas qu'elle soit par ellemême et en elle-même l'origine de la science. Elle ne fait que la résumer ou la formuler, et elle la présuppose. En effet, dit-il, pour assigner la différence d'un objet par rapport aux autres, il faut déjà connaître cet objet eu lui-même dans ce qu'il a d'essentiel. Il faut donc connaître l'objet dans son Idée. Mais ce qui exprime l'Idée, dans la définition, ce n'est ni la qualification incomplète, ni Ténumération complète des qualités, ni la différence de l'objet par rapport aux autres; c'est le genre. Platon n'admet pas l'objection qui ne voit dans le genre que la chose commune à plusieurs objets ; le genre, pour lui, constitue l'objet même, parce qu'il manifeste Hdée. — Socrate ne s'est pas élevé au point de vue transcendant de l'Idée, mais on va voir qu'il est d'accord avec Platon pour donner au genre une valeur essentielle.
Aristote ne parle pas une seule fois des définitions socratiques sans ajouter qu'elles étaient w/ii- L . 8
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verselleSy rb opit^eaQai ^.aOolov^ et c'est là pour lui leur caractère sailtant. Socrate, dit- il, jusque dans la morale, recherchait l'universel. Xénophon lui-même parle des genres^ sur lesquels roulait la dialectique. Analysons plusieurs des définitions qu'il nous a conservées, et nous verrons, malgré le terre-à-terre du récit, combien l'élément universel et idéaliste tend déjà à dominer dans Socrate.
On se rappelle la conversation avec Euthydème sur la piété. c< Dis-moi, Euthydème, qtielle chose {izoîovn)
« crois-tu qu'est la piété? » — Est-ce à dessein que Xé-. nophon emploie le terme ttoZov, indiquant la qualité, plutôt que le terme rt, indiquant la nature essentielle, comme s'il soupçonnait la distinction de ces deux choses? Toujours est-il qu'Euthydème répond d*abord par une simple qualification : « C'est la plus belle chose du monde, par Jupiter. » Socrate, alors, voyant que le terme général de piété donne prétexte aux réponses vagues, passe de \di piété à V homme pieux^ chose plus concrète, sur laquelle peut s'exercer plus aisément l'analyse. « Saurais-tu me dire quelle sorte « d'homme [bnoioq nç) est l'homme pieux? — Celui c( qui honore les dieux^ à ce qu'il me semble. »Mais ce n'est là encore qu'une définition verbale et tout extérieure. C'est le premier degré de la définition dont parle le Théétète : la pensée peinte dans les mots, qui la réfléchissent comme on un miroir, mais sans en donner la vraie notion ou connaissance (Xoyoç). Connaître, au contraire, c'est connaître la raison
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de la chose * ; aussi, dans le Théétète , Socrate refose le nom de science à tout ce qui ne contient pas cette raison.
D est très-remarquable que Xénophon est ici d'accord avec Platon. Socrate va forcer Euthydème, par des modifications successives de sa définition première, à pénétrer jusqu'à la raison intime de la pété, et il importe de savoir s'il placera cette raison dans la différence ou dans le genre.
— « Est-il donc permis à chacun d'honorer les t dieux à sa fantaisie? » — C'est-à-dire : — Tout homme qui honore les dieux, n'importe de quelle manière, fût-ce d'une manière déraisonnable, est-il donc pieux? — Il devrait l'être, d'après la précédente définition d'Euthydème. Par conséquent, celle définition a un premier défaut, qui est d'être vague et indistincte : la différence logique y manque. Il faut donc passer à un degré supérieur de la définition, à celle qui contient la différence. C'est ce que fait Euthydème : «Il y a, dit-il, des lois selon lesquelles il faut honorer les dieux. » Nous avons ainsi la définition spécifique de la piété : L'homme pieux est celui qui honore les dieux selon les règles. Socrate sera-t-il satisfait? Est-ce là tout à la fois la notion et la raison de la piété. — Non, ce n'est encore qu'une définition propre à distinguer un objet des autres, comme cette définition du Théétèle : Le soleil est le plus brillant des corps
1 Le mot même de Xo-pç a en grec tous ces sens : parole, notion ou définition, et raison.